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Guerre Iran Golfe Persique : l’escalade atteint les infrastructures énergétiques mondiales

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La guerre Iran Golfe Persique a franchi un nouveau seuil cette semaine. Les frappes ne ciblent plus seulement les navires : elles visent désormais les sites de production d’hydrocarbures qui alimentent l’économie mondiale. Trois semaines après le début du conflit, aucune voie de sortie ne se dessine pour aucun des belligérants.

 – Guerre Iran Golfe Persique : les frappes atteignent le cœur énergétique mondial

La troisième semaine du conflit a marqué un tournant brutal. Israël a frappé les infrastructures gazières iraniennes de South Pars, un complexe vital pour l’économie de la République islamique. L’Iran a répondu en bombardant plusieurs installations critiques des pétromonarchies du Golfe, alliées de Washington.

Parmi les cibles : Ras Laffan, au Qatar, le plus grand site de production de GNL au monde. La frappe a déclenché une onde de choc immédiate sur les marchés internationaux. Depuis le début du conflit, le cours du pétrole a bondi de près de 50%.

Vendredi, l’Agence internationale de l’énergie a publié des recommandations pour réduire la consommation mondiale de pétrole. Capitales et marchés financiers restent tétanisés par la perspective d’un choc pétrolier de grande ampleur.

La dimension géographique du conflit s’est elle aussi élargie. Jeudi puis vendredi, des frappes israéliennes ont visé des navires iraniens en mer Caspienne — un théâtre jusqu’alors épargné. C’est une première depuis le déclenchement de la guerre.

 – Une double escalade verticale et horizontale

Martin Sampson, ancien général britannique désormais rattaché à l’IISS, analyse ce mouvement sans ambiguïté : « Les actions des États-Unis, d’Israël et de l’Iran impliquent désormais un réexamen des stratégies et une gestion active de la campagne, au lieu d’une simple planification préalable. »

La semaine a combiné deux dynamiques simultanées. Sur le plan vertical, l’intensité des frappes s’est amplifiée. Les deux camps ne ciblent plus seulement des convois ou des navires : ils s’en prennent désormais aux sites de production industrielle et aux flux énergétiques essentiels à l’économie mondiale.

Sur le plan horizontal, le conflit s’étend géographiquement. La mer Caspienne est touchée pour la première fois. Les monarchies du Golfe encaissent des frappes à répétition, même si leur volume diminue statistiquement.

Le ministère émirien de la Défense a chiffré cette évolution. Mercredi, l’Iran a tiré 27 drones et 13 missiles contre les Émirats arabes unis, pays du Golfe le plus frappé. Dix jours plus tôt, ce volume atteignait 117 drones et 17 missiles.

Cette baisse ne doit pas être mal interprétée. Kelly Grieco, chercheuse au Stimson Center, met en garde dans War on the Rocks : la diminution des tirs « est un indicateur comportemental » et ne permet pas de conclure que l’Iran a épuisé ses arsenaux.

Sa lecture est plus stratégique. Téhéran a peut-être « simplement conclu qu’un rythme de lancement plus faible mais constant suffit à maintenir une pression coercitive sur les États du Golfe tout en préservant ses stocks pour un conflit qui pourrait durer des mois. » Elle conclut : « Une stratégie d’usure ne requiert pas un effort maximal au quotidien. »

 – Guerre Iran Golfe Persique : aucune porte de sortie pour les belligérants

Pour chacun des acteurs du conflit, une solution diplomatique paraît hors de portée à court terme.

Les États-Unis et Israël poursuivent une campagne de décapitation des autorités iraniennes. Plusieurs hauts responsables ont été éliminés depuis le début du conflit, y compris de potentiels interlocuteurs. Cette stratégie ferme mécaniquement les canaux de négociation.

Le professeur Robert Pape l’avait formulé récemment dans Foreign Affairs : « Lorsqu’un régime survit à la perte de son dirigeant, il doit rapidement faire preuve de résilience en élargissant le conflit. »

L’Iran se considère en état de survie. La République islamique a délibérément étendu la guerre à l’ensemble de la région, s’aliénant au passage les monarchies du Golfe qui auraient pu jouer un rôle de médiateurs. Israël, de son côté, voit en l’Iran une menace existentielle. Son objectif apparent est le changement de régime à Téhéran.

Donald Trump, lui, entretient le flou sur ses buts de guerre. S’agit-il de renverser la République islamique ? De détruire les capacités balistiques iraniennes et leur programme nucléaire ? Sa définition d’une victoire semble dépendre, en grande partie, de la pression politique intérieure américaine.

 – Réactions et citations : Netanyahu face aux Gardiens de la Révolution

Jeudi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que l’Iran n’avait « plus la capacité de produire des missiles balistiques », ni « celle d’enrichir de l’uranium. »

La réponse de Téhéran a été immédiate. Vendredi, le porte-parole des Gardiens de la Révolution, Ali-Mohammad Naïni, a démenti directement : « Il n’y a aucune inquiétude à ce sujet car même en temps de guerre, nous continuons à fabriquer des missiles. » Quelques heures plus tard, il était éliminé.

Cet enchaînement illustre la logique du conflit. Jour après jour, la puissance aérienne américaine et israélienne frappe les sites militaires iraniens — lanceurs de missiles, capacités de production, stocks. Téhéran cherche à résister plus longtemps que ses adversaires ne pourront frapper.

 – Ormuz, Marines et facteur houthi : les enjeux des prochains jours

La priorité stratégique est désormais posée : rouvrir le détroit d’Ormuz pour permettre la reprise du transit d’hydrocarbures. Mais y parvenir par la force comporte des risques considérables.

« Des opérations dans le détroit d’Ormuz obligeront les États-Unis à concentrer leurs forces dans une zone relativement réduite. Cela rendra les États-Unis prévisibles et, pour l’Iran, ce sera un environnement riche en cibles », prévient Martin Sampson.

La sécurisation du trafic maritime implique aussi le contrôle de quatre îlots stratégiques — Siri, la Petite Tombe, la Grande Tombe, Abou Moussa. Pierre Razoux, de la Fondation Méditerranée pour les études stratégiques, les décrit comme « bunkerisés, transformés en mini-forteresses, avec des missiles antinavires. »

Depuis Okinawa, un groupe amphibie centré sur l’USS Tripoli a été déployé avec 2 500 Marines, selon la presse américaine. Ce dispositif « peut clairement servir à débarquer sur ces îlots » pour « sécuriser le rail de navigation », estime Pierre Razoux.

D’autres scénarios circulent. Daniel Schneiderman, spécialiste du Moyen-Orient à l’université Penn, évoque la prise des îles de Lavan et de Kharg — essentielles à l’exportation du pétrole iranien — ou l’établissement d' »une tête de pont sur la côte iranienne. » Son avertissement est direct : « N’importe laquelle de ces missions se fera certainement au prix de pertes importantes en soldats et en matériels. »

Un second groupe amphibie autour de l’USS Boxer, avec près de 4 000 Marines à bord, a quitté San Diego mercredi en direction du Moyen-Orient, selon plusieurs responsables américains cités par les médias.

 – Le facteur houthi, l’inconnue qui fait basculer la région

Reste une variable que la docteure Betul Dogan Akkas, de l’université d’Ankara, pour le Gulf International Forum, résume sobrement : « le facteur X houthi. »

Les rebelles yéménites « ne sont pas encore entrés dans la guerre régionale qui s’étend, mais leur capacité à perturber le transport maritime, à frapper les infrastructures énergétiques du Golfe et à faire pression sur leurs rivaux régionaux fait d’eux l’acteur le plus imprévisible du conflit. »

Les Houthis sont des obligés de Téhéran, une relation cultivée pendant des années. Leurs calculs demeurent complexes, selon les analystes. Pour l’instant, ils n’ont pas agi.

Mais si les rebelles yéménites perturbaient le trafic en mer Rouge, le périmètre de la guerre Iran Golfe Persique s’élargirait encore davantage. Chaque semaine qui passe réduit les marges. Chaque frappe repousse un peu plus loin la perspective d’une issue.

Source : Agence France-Presse

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