Demba Traoré maire de Blanc-Mesnil — ce résultat a transformé dimanche soir le conseil municipal en scène de liesse. Élu avec 51,49 % des voix face au sénateur LR Thierry Meignen, le candidat de la gauche met fin à douze années consécutives de gestion par la droite. La Seine-Saint-Denis enregistre un nouveau basculement politique.
– Une soirée électorale sous le signe du contraste
Le dimanche 29 mars 2026, la salle du conseil municipal du Blanc-Mesnil a vécu deux atmosphères radicalement différentes en l’espace d’une semaine. Sept jours plus tôt, des huées avaient ponctué le départ de Thierry Meignen. La police municipale l’avait escorté hors des lieux.
Cette fois, des applaudissements nourris et une Marseillaise reprise en chœur ont accueilli l’annonce du résultat. La scène a été rapportée par une journaliste de l’AFP présente dans la salle. Elle illustre la rupture profonde que ce scrutin représente dans l’histoire récente de la commune.
Ce contraste ne s’est pas arrêté aux murs du conseil. Il reflète une campagne tendue, des camps divisés et des mois d’affrontements politiques intenses. L’ambiance du soir de l’élection en a porté toutes les traces.
– Demba Traoré maire de Blanc-Mesnil : 51,49 % et une coalition bâtie entre les deux tours
Le résultat est serré, mais il est net. Demba Traoré a rassemblé 51,49 % des suffrages exprimés. Son adversaire, le sénateur LR Thierry Meignen, en a obtenu 48,51 %. Moins de trois points séparent les deux candidats.
Cette victoire s’est construite entre les deux tours grâce à des alliances décisives. Didier Mignot, à la tête de la liste d’union de la gauche à tendance communiste, a apporté son soutien au candidat DVG. Mohamed Chérif, représentant centriste, a fait le même choix. Cette coalition a pesé lourd dans une élection aussi disputée.
La droite dirigeait la commune depuis 2014. Douze années consécutives de gouvernance à droite prennent fin avec cette élection. Le Blanc-Mesnil bascule à nouveau vers la gauche.
– Un candidat ancré dans la ville, une commune au carrefour de l’Île-de-France
Demba Traoré, 40 ans, connaît cette ville de l’intérieur. Il a grandi dans le quartier populaire Saint-Just, l’un des secteurs les plus denses du Blanc-Mesnil. Ce lien avec le terrain a structuré son engagement politique avant même sa candidature.
Son parcours professionnel est pluriel. Il a exercé comme cadre dans le secteur bancaire, acquérant une expertise économique et financière. Il a également entraîné l’équipe de football de la ville, maintenant des liens étroits avec le tissu associatif local. Cette double trajectoire lui a permis de combiner crédibilité gestionnaire et proximité avec les habitants.
La commune qu’il dirige désormais est loin d’être ordinaire. Le Blanc-Mesnil compte 62 000 habitants. Sa situation géographique est stratégique : la ville se trouve à mi-chemin entre l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle au nord et le Stade de France au sud.
Son histoire politique est marquée par une longue séquence communiste. Des élus du Parti communiste ont administré la commune pendant plus de 80 ans. Cette période a pris fin en 2014 lorsque Thierry Meignen a remporté la mairie. La parenthèse de droite, ouverte il y a douze ans, se referme aujourd’hui.
– Réactions et citations : fierté collective et appel au rassemblement
Demba Traoré maire Blanc-Mesnil a pris la parole dès le résultat annoncé. « Le potentiel du Blanc-Mesnil est immense. Nous pouvons pleinement devenir un moteur dans notre département. À nous maintenant d’être à la hauteur », a-t-il déclaré selon l’AFP.
Son discours ne s’adressait pas seulement à ses partisans. Il a explicitement tendu la main aux habitants qui n’avaient pas voté pour lui. « Je serai le maire pour l’ensemble des Blancs-Mesnilois. Notre projet n’est pas d’opposer ni de casser ce qui fonctionne. Notre ambition est de faire progresser toute la ville », a-t-il affirmé.
Dans la salle, les réactions ont dépassé le cadre du seul résultat électoral. Kadji Gueye, 62 ans, d’origine sénégalaise comme le nouveau maire, a partagé sa joie avec l’AFP. « On est très contentes ! On est très fières aussi de nos enfants », a-t-elle confié.
Son propos a pris une dimension plus large. « On est de l’immigration, on pensait en arrivant ici qu’on ne pourrait faire que des ménages ou travailler dans le bâtiment. Mais nos enfants ils ont étudié, ils y sont arrivés ! La prochaine fois c’est l’Élysée ! », a-t-elle poursuivi dans un sourire.
Ces mots résument l’une des dimensions symboliques de ce scrutin. Pour une partie des habitants, l’élection d’un enfant de l’immigration aux fonctions de maire représente bien plus qu’un résultat politique.
– Demba Traoré maire de Blanc-Mesnil face aux recours et aux affaires en suspens
La victoire s’inscrit dans un contexte judiciaire et institutionnel chargé. Thierry Meignen a annoncé, dès la semaine précédente, un recours en annulation du scrutin. Il a dénoncé des irrégularités dans le déroulement des opérations électorales. Ce recours reste ouvert et en attente de traitement.
L’ancien maire fait également face à une plainte pénale. La journaliste Nassira El Moaddem l’a mis en cause pour menaces de mort. Ces menaces auraient été formulées en réaction à ses enquêtes sur les pratiques de la municipalité Meignen. Les révélations portaient sur plusieurs domaines : l’attribution de marchés publics dans des conditions jugées douteuses, la mise à l’écart de l’ancienne équipe municipale, et des rapprochements présumés avec des milieux d’extrême droite.
Sur le plan institutionnel, Gérard Larcher, président du Sénat et membre du même parti que Meignen, a demandé une saisine du comité de déontologie de la chambre haute visant le sénateur. Cette procédure ajoute une pression supplémentaire sur l’élu mis en cause.
Demba Traoré prend donc les rênes d’une ville traversée par des tensions durables. Son appel au calme et à l’unité, formulé dès le soir de son élection, visait autant ses nouveaux administrés qu’un paysage politique local profondément fracturé.
Source : Agence France-Presse
















