Attaque de drones à Kisangani : le M23 récidive. Dimanche, le groupe armé lance une nouvelle frappe de drones kamikazes contre l’aéroport stratégique de la ville, dans le nord-est de la RDC. Un mois après une première attaque similaire, la guerre des drones s’étend. Elle atteint désormais le cœur du pays.
Kisangani visée. Les drones kamikazes frappent encore.
Dimanche après-midi, les sirènes résonnent au-dessus de l’aéroport de Bangboka, à Kisangani. Le M23 frappe. Le groupe armé antigouvernemental, soutenu par le Rwanda et son armée, lance une série de drones kamikazes chargés de sous-munitions contre l’aérodrome civil de la ville.
Le gouvernement local de la province de la Tshopo documente l’attaque avec précision. Quatre drones sont interceptés et abattus en l’espace de quatre heures. Le premier tombe à 15h48. Le deuxième à 17h30. Le troisième à 19h30. Le quatrième à 19h48 — alors qu’un appareil civil de la Compagnie africaine d’aviation amorce son atterrissage depuis 19h45. La collision est évitée de justesse. Aucune victime n’est signalée.
Mais le message est clair. Le M23 ne frappe plus seulement l’est du pays. Il atteint Kisangani — ville de plus de 1,5 million d’habitants, située à plus de 800 km de Goma, fief du groupe armé depuis janvier 2025. Une distance symbolique franchie. Une ligne tacite effacée.
Un aéroport stratégique. Une cible délibérée.
L’aéroport de Bangboka n’est pas un simple aérodrome civil. Il joue un rôle militaire central. L’armée congolaise l’utilise comme base de départ pour ses drones d’attaque et ses avions de chasse. C’est depuis cette piste que les forces de Kinshasa lancent régulièrement des frappes sur les positions du M23 et de l’armée rwandaise en RDC.
Frapper Kisangani, c’est frapper la capacité offensive de l’armée congolaise. C’est neutraliser une infrastructure qui menace directement les positions du groupe armé. Le M23 le dit lui-même dans un communiqué publié lundi soir : « Nos forces déployées à proximité de la ville de Kisangani ont mené une opération ciblée visant à neutraliser et à détruire des drones qui s’apprêtaient à être lancés pour massacrer des civils et attaquer nos positions. »
Une justification offensive présentée comme défensive. Un récit que Kinshasa conteste. Mais une réalité militaire qui s’impose : la guerre des drones est désormais totale. Et Kisangani en est le nouveau théâtre.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois. L’aéroport avait déjà été visé les 31 janvier et 1er février derniers. Le M23 avait revendiqué cette attaque inédite, affirmant avoir procédé « à la destruction du centre de commandement des drones militaires installés à l’aéroport de Kisangani ». Dimanche, le groupe récidive. Avec la même détermination.
Le drone, arme centrale d’un conflit qui s’étend
Le drone est devenu le symbole de cette guerre. Les deux camps l’utilisent. Les deux camps s’en accusent. Et les deux camps frappent des zones densément peuplées.
Depuis sa réapparition fin 2021, le M23 s’est emparé de vastes territoires dans l’est de la RDC — région riche en ressources minières, dévastée depuis plus de trente ans par des conflits successifs. Le groupe avance. Et avec lui, la technologie des drones kamikazes, importée des zones de guerre modernes, s’installe durablement dans ce conflit africain.
La mort de Willy Ngoma illustre cette réalité. Samedi, le porte-parole militaire du M23 a été tué dans une frappe de drones des forces congolaises dans la région minière de Rubaya, au Nord-Kivu — zone occupée par le groupe armé depuis 2024. Une frappe chirurgicale. Un symbole fort.
Le M23 ne l’oublie pas. «Son sang ne sera ni oublié ni passé sous silence », promet le mouvement rebelle dans son communiqué. Une déclaration qui sonne comme un serment de vengeance.
«Les opérations se poursuivront avec détermination »
Le M23 ne cache pas ses intentions. Le groupe armé prévient : «Les opérations destinées à éliminer cette menace se poursuivront avec détermination » tant que Kinshasa « ne mettra pas un terme définitif » à ses offensives.
Un ultimatum posé en plein conflit. Une condition que Kinshasa ne peut accepter sans renoncer à sa souveraineté. L’impasse est totale.
Pendant ce temps, Kisangani retient son souffle. La ville de l’intérieur, longtemps épargnée par les combats qui ravagent l’est du pays, découvre la réalité de la guerre moderne. Les drones kamikazes ne connaissent pas de frontières. Ils ne respectent pas les distances. Et ils frappent là où on ne les attendait pas.
La RDC entre dans une nouvelle phase du conflit. Plus étendue. Plus technologique. Et plus dangereuse pour les civils.
Source: Agence France-Presse — Dépêche AFP du 2 mars 2026, 22h13 (UTC+1)
















