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Sassou Nguesso au pouvoir : l’Empereur du Congo-Brazzaville refuse de passer la main

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Sassou Nguesso au pouvoir : Denis Sassou Nguesso a été désigné vainqueur de la présidentielle au Congo-Brazzaville le 17 mars 2026, après plus de 40 années cumulées à la tête de l’État. À 82 ans, le militaire de carrière dirige ce pays pétrolier d’Afrique centrale d’une main de fer. Sur le continent, seuls Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale et Paul Biya au Cameroun le devancent en longévité au pouvoir.

Sassou Nguesso au pouvoir : une victoire sans surprise à 82 ans

Le résultat était attendu. Tenue dimanche 15 mars, la présidentielle congolaise a livré son verdict mardi 17 mars 2026 : Denis Sassou Nguesso déclaré vainqueur. À 82 ans, cet ancien militaire de carrière s’offre un nouveau mandat à la tête d’un pays riche en pétrole.

Rares sont les dirigeants africains qui affichent une telle longévité. Seuls Teodoro Obiang Nguema, en Guinée équatoriale, et Paul Biya, au Cameroun, cumulent davantage d’années à la tête de leur État. La comparaison dit l’essentiel sur la nature du régime congolais.

Pour ses soutiens, sa résistance politique force l’admiration. « C’est un militaire », résume sobrement un de ses proches. Pour ses adversaires, c’est un autocrate usé par le temps, mais toujours en selle.

Certains l’ont surnommé « l’Empereur ». Denis Sassou Nguesso arbore volontiers le symbole de l’éléphant sur ses vêtements de campagne. Malgré le risque d’une forte abstention et malgré son âge, il a multiplié les meetings électoraux tout au long de la campagne.

Sassou Nguesso au pouvoir depuis 1979 : retour par les armes après l’exil

Denis Sassou Nguesso accède à la tête de l’État congolais en 1979, à l’époque du parti unique. Pendant treize ans, il concentre tous les pouvoirs entre ses mains.

En 1992, le retour au multipartisme le contraint à la sortie. Battu par Pascal Lissouba lors de la présidentielle, il part pour un court exil en France. Son éviction semble définitive. Elle ne durera pas.

Dès 1997, il est de retour au Congo. Le pays sombre alors dans la guerre civile, ravagé par les violences des milices politiques. Ses propres miliciens, surnommés « cobras », appuyés par des troupes militaires angolaises, l’emportent après quatre mois de combats dans les rues de Brazzaville. Des milliers de personnes perdent la vie dans ce conflit.

Depuis cette reconquête par les armes, Denis Sassou Nguesso n’a plus quitté le palais. Ses réélections successives se sont soldées par des scores triomphaux. Une réforme constitutionnelle lui a permis de prolonger son règne au-delà des limites initialement prévues.

Un parcours forgé dans l’armée, une idéologie née du marxisme-léninisme

Denis Sassou Nguesso est né en novembre 1943 à Edou, bourgade située à plus de 400 kilomètres au nord de Brazzaville. Sa carrière militaire prend forme dès l’indépendance du Congo en 1960. Entre 1961 et 1963, il se forme à l’école des officiers de réserve de Cherchell, dans une Algérie encore française, puis à l’école d’application de l’infanterie à Saint-Maixent, dans l’ouest de la France.

Jeune officier, il prend part en 1968 au mouvement qui écarte le président Alphonse Massamba-Débat au profit du commandant Marien Ngouabi. Ce dernier entend bâtir une société « socialiste » sous les tropiques. L’année suivante, en 1969, Sassou Nguesso participe à la fondation du Parti congolais du Travail, le PCT, parti unique marxiste-léniniste.

Élément clef de l’appareil sécuritaire d’un régime aligné sur le bloc soviétique, il accède à la présidence en 1979, deux ans après l’assassinat du président Ngouabi. De l’école militaire au palais, la trajectoire est tracée.

Sur la scène internationale, Denis Sassou Nguesso est un allié traditionnel de la France, ancienne puissance coloniale dont l’influence recule en Afrique. En parallèle, il entretient des liens étroits avec la Russie et la Chine. Cette diplomatie à plusieurs vitesses lui assure une marge de manœuvre confortable face aux pressions extérieures.

« La Constitution, il marche dessus » : les voix de l’opposition

Interrogé par l’AFP début mars 2026 dans l’une de ses résidences à Dolisie, dans le sud du pays, Denis Sassou Nguesso répond sans ciller aux critiques. Il rappelle l’état du Congo au moment de l’indépendance.

« Avant de nous reprocher (…) un manque de progrès dans le développement du pays, il faut d’abord dire qu’à l’indépendance, en 1960, le Congo n’avait pas un seul kilomètre de route bitumée en dehors des villes », affirme-t-il.

Sur la gestion pétrolière, il est tout aussi ferme. Le président assure que la manne profite aux populations et a conduit le pays « à son niveau actuel ». Les générations futures « trouveront des routes, des chemins de fer, de l’électricité, des ports », ainsi que des universités et des écoles, promet-il.

Clément Mierassa, opposant historique et ancien ministre, dresse un tableau radicalement différent. Deux « piliers » assurent, selon lui, la longévité du président : le contrôle de l’armée et du Trésor public. Ces instruments ont permis, après la guerre civile, d’instaurer un « climat de terreur » tout en achetant la fidélité des caciques du parti. « C’est lui qui fixe les règles du jeu. La Constitution, il marche dessus », s’insurge-t-il.

Les opposants malheureux de 2016 illustrent cette réalité brutale. Le général Jean-Marie Michel Mokoko et l’ex-ministre André Okombi Salissa avaient refusé de reconnaître la victoire de Sassou Nguesso lors de cette présidentielle. Condamnés pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État », ils purgent depuis une peine de 20 ans de travaux forcés.

Sassou Nguesso au pouvoir : un empire contesté, un successeur toujours absent

Sassou Nguesso au pouvoir, c’est aussi une fortune familiale contestée sur plusieurs continents. En France, la fortune familiale se trouve au cœur de l’affaire des « biens mal acquis ».

Des procédures judiciaires visent également la famille aux États-Unis. En Norvège, la justice a récemment inculpé deux personnes et une entreprise. Ces trois acteurs sont soupçonnés d’avoir versé 25 millions de dollars au président congolais et à ses proches.

L’ONG britannique Global Witness a accusé un de ses fils, Denis Christel Sassou Nguesso, d’avoir détourné plusieurs dizaines de millions de dollars. Ces accusations, le président les rejette. Il nie que les ressources du pays soient « gaspillées ».

Ses détracteurs dénoncent par ailleurs la corruption omniprésente, l’emprise de sa famille et de son ethnie mbochi sur les rouages de l’État. Selon la Banque mondiale, la moitié de la population congolaise vit dans la pauvreté.

Denis Sassou Nguesso refuse toujours de désigner un successeur. Il assure seulement qu’il ne restera « pas une éternité au pouvoir ». Une formule sans calendrier. Au Congo-Brazzaville, le règne de l' »Empereur » se prolonge sans horizon visible.

Source : Agence France-Presse

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