Les réactions mondiales à la mort de Khamenei révèlent un séisme diplomatique sans précédent. L’Iran crie vengeance. Washington et Tel-Aviv saluent la chute d’un ennemi. L’Europe s’alarme. La Russie et la Chine condamnent. En quelques heures, la mort du guide suprême iranien, tué dans l’opération militaire américano-israélienne du samedi, redessine l’ordre régional et mondial.
Téhéran crie vengeance : « un droit et un devoir légitime »
L’Iran confirme la mort de son guide suprême dimanche. Ali Khamenei a succombé à l’opération militaire américano-israélienne lancée la veille. La réaction de Téhéran est immédiate et sans ambiguïté. Le président iranien Massoud Pezeshkian monte au front. Il qualifie la vengeance de « droit et devoir légitime » pour la République islamique. Il va plus loin dans un communiqué diffusé par la télévision d’État. La mort de Khamenei constitue selon lui une « déclaration de guerre contre les musulmans, et en particulier contre les chiites, partout dans le monde ».
Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique du régime, emboîtent le pas. Ils condamnent « les actes criminels et terroristes commis par les gouvernements malfaisants des États-Unis et du régime sioniste ». Le ton est martial. La machine de guerre iranienne s’emballe. Pezeshkian annonce en parallèle que le conseil chargé d’assurer la transition a commencé à travailler. Le régime vacille mais tient debout. Du moins pour l’instant.
La mort du guide suprême ouvre une séquence politique inédite pour la République islamique. Khamenei dirigeait l’Iran depuis 1989. Son départ brutal laisse un vide au sommet du pouvoir. La transition s’annonce périlleuse, dans un pays sous pression militaire extérieure et en proie à une instabilité intérieure croissante.
Washington jubile, Israël parle de justice
À Washington, Donald Trump ne cache pas sa satisfaction. Sur son réseau Truth Social, Trump publie un message sans détour. Il décrit Khamenei comme « l’une des personnes les plus diaboliques de l’histoire » et ajoute : « Ce n’est que justice pour les Iraniens, mais aussi pour tous les grands Américains, et les gens de nombreux pays à travers le monde, qui ont été tués ou mutilés par Khamenei et son gang de voyous assoiffés de sang. »Le ton est triomphal. Il tranche avec la prudence habituelle des déclarations diplomatiques en temps de crise.
Israël adopte une posture similaire. Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, déclare : « Justice a été rendue, et l’axe du mal a subi un revers cuisant. » Il promet de continuer à « agir avec fermeté pour protéger l’État d’Israël ». Tel-Aviv revendique ainsi ouvertement sa part dans l’opération. Elle assume la responsabilité d’un acte que ses adversaires qualifient d’assassinat d’État.
De l’autre côté de la fracture géopolitique, une voix inattendue se fait entendre. Reza Pahlavi, fils du défunt chah d’Iran renversé en 1979, s’exprime sur X. « Avec sa mort, la République islamique a effectivement pris fin et sera bientôt renvoyée dans les poubelles de l’histoire », écrit-il. Il s’adresse directement aux forces armées iraniennes : « Toute tentative de soutenir un régime en train de s’effondrer est vouée à l’échec. » Une invitation à la désertion, lancée depuis l’exil.
L’Europe entre soulagement et alarme
En Europe, les réactions oscillent entre satisfaction contenue et inquiétude profonde. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, juge la mort du guide suprême un « moment décisif dans l’histoire de l’Iran ». La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, y voit un « nouvel espoir pour le peuple iranien ». Mais elle ajoute aussitôt un avertissement sévère : la situation représente aussi un « risque réel d’instabilité susceptible de plonger la région dans une spirale de violence ».
Le pape Léon XIV appelle à mettre fin à la « spirale de la violence » au Moyen-Orient. Son message est bref, universel, urgent. Il résume à lui seul l’inquiétude qui traverse les chancelleries occidentales.
En France, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon ne mâche pas ses mots. Elle décrit Khamenei comme « un dictateur sanguinaire qui a opprimé son peuple, avili les femmes, les jeunes, les minorités ». Elle ajoute qu’il « est encore récemment responsable de la mort de milliers de civils dans son pays et dans la région ». Sa conclusion est tranchante : « On ne peut donc que se satisfaire de sa disparition. »
France, Allemagne, Royaume-Uni : l’Europe soulagée mais inquiète
Dans le nord de la France, le neveu de Khamenei et opposant Mahmoud Moradkhani réagit depuis son exil. Médecin installé en France, fils de la sœur de l’ayatollah, il a rompu avec le régime après la révolution islamique. Il confie au téléphone : « Je suis content, comme la plupart des Iraniens. Je suis très content de la mort d’Ali Khamenei. Je pense que c’est un pas en avant, c’est un espoir. » Sa mort « facilitera », selon lui, la suite du processus politique.
En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz déclare que la mort de Khamenei signifie que « le seuil vers un avenir incertain a été franchi ». Il partage néanmoins le « soulagement » des Iraniens « de voir le régime des mollahs arriver à sa fin ». Au Royaume-Uni, le secrétaire à la Défense John Healey est lapidaire : « Peu de gens pleureront » la mort d’Ali Khamenei. Il juge que « l’Iran et le régime qu’il a dirigé pendant si longtemps constituent une source de mal ». Mais il formule une mise en garde : « L’inquiétude désormais, bien sûr, est que ce régime riposte de manière de plus en plus indiscriminée et étendue. »
Moscou et Pékin condamnent, le monde chiite se mobilise
La Russie et la Chine adoptent une position diamétralement opposée à celle de l’Occident. Vladimir Poutine adresse une lettre à son homologue iranien. Il présente ses « plus sincères condoléances pour l’assassinat » de Khamenei. Il dénonce un acte « perpétré dans une violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international ». Moscou choisit le mot « assassinat ». Il n’emploie pas celui de « mort ». Le choix sémantique est délibéré.
Pékin suit la même ligne. La Chine « condamne fermement » la mort de Khamenei. Son ministère des Affaires étrangères dénonce une « violation grave de la souveraineté et de la sécurité de l’Iran » et un « piétinement des objectifs et principes de la Charte des Nations Unies ». La condamnation est totale, juridique, solennelle. Elle isole encore davantage Washington et Tel-Aviv sur la scène internationale.
Dans le monde chiite, la mobilisation est immédiate. En Irak, l’influent chef chiite Moqtada Sadr annonce trois jours de deuil. Il adresse ses condoléances « à l’ensemble du monde islamique pour le martyre du leader de la révolution islamique ». À Bagdad, des manifestants tentent de prendre d’assaut la zone hébergeant l’ambassade américaine. La police les en empêche. La tension est palpable dans les rues de la capitale irakienne.
Hamas, Hezbollah, Pakistan : le monde musulman en deuil
Le Hamas condamne un « crime abominable ». Il tient les États-Unis et Israël pour responsables de « cette agression flagrante et de ce crime odieux contre la souveraineté de la République islamique d’Iran ». Le Hezbollah libanais, allié historique de Téhéran, parle du « summum du crime ». Son chef, Naïm Qassem, appelle les mosquées à réciter le Coran et à organiser des cérémonies de condoléances. Le Pakistan, par la voix de son Premier ministre Shehbaz Sharif, présente ses « condoléances les plus sincères » et dénonce une « violation des règles du droit international ».
La Conférence des rabbins européens offre, elle, le contrepoint le plus radical. Son président Pinchas Goldschmidt se réjouit ouvertement. Il décrit Khamenei comme « un antisémite de premier plan, qui prêchait l’éradication et exportait la terreur ». Il conclut : « C’est le moment que le peuple iranien attend depuis un demi-siècle. »
En quelques heures, la mort d’Ali Khamenei trace une ligne de fracture nette à travers le monde. D’un côté, ceux qui voient dans sa disparition une opportunité historique. De l’autre, ceux qui redoutent le chaos qui suit. Entre les deux, une région en feu et une communauté internationale incapable de parler d’une seule voix.
Avec l’AFP, Paris, 1er mars 2026
















