Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, déclaré vainqueur de l’élection présidentielle de décembre, a été investi en grande pompe lundi à Bangui pour un troisième mandat, avec pour priorité « la paix, la sécurité et l’unité nationale ».
Dans cet Etat enclavé frontalier notamment du Soudan et de la République démocratique du Congo (RDC), la situation sécuritaire s’est quelque peu apaisée après la sanglante guerre civile des années 2010, même si cet acquis reste « fragile », de l’aveu même du président réélu, qui a fait de la stabilisation du pays son principal défi.
A 68 ans, le président Touadéra est décrit par ses partisans comme « le bâtisseur de la paix » tandis que ses détracteurs le surnomment parfois « président Wagner », du nom de la société militaire privée russe qui assure sa sécurité et soutient son armée face aux groupes rebelles. Chef de l’Etat depuis 2016, M. Touadéra a été réélu avec 77,90% des voix à la tête de la Centrafrique lors d’un scrutin contesté par l’opposition, notamment par son principal opposant Anicet George Dologuélé qui a dénoncé une « fraude massive ».
La cérémonie d’investiture a eu lieu devant quelque 20.000 spectateurs dans un stade de Bangui, en présence du président du Burundi, Évariste Ndayishimiye, qui occupe actuellement la présidence tournante de l’Union Africaine (UA), et des présidents du Congo-Brazzaville, du Gabon et des Comores.
La nouvelle Constitution votée par référendum en juillet 2023 lui a permis de se représenter pour effectuer un troisième mandat consécutif à la tête de l’un des pays les plus pauvres du monde, sous perfusion de l’aide internationale et dont les sols riches en uranium, lithium, diamant, bois et or sont particulièrement convoités.
Centrafrique: Le président Touadéra réélu avec 76,15% des voix
– Coup de propre –
En amont de la cérémonie, la ville de Bangui a reçu un grand coup de propre. Le stade qui accueille la cérémonie a été entièrement rénové, de nombreux bâtiments ont été repeints, plusieurs axes routiers ont été réhabilités et des feux tricolores ont été installés sur plusieurs grands carrefours.
« Je suis très fière de voir cette investiture, ça montre que notre pays avance malgré les difficultés« , a assuré à l’AFP Marie Solange Nadjikouma, une Banguissoise venue assister à la cérémonie. Certains aménagements n’ont toutefois pas fait l’unanimité, à l’instar de la statue à l’effigie du président érigée sur la place dite « Touadéra Merci« , inaugurée samedi, finalement recouverte après avoir été vivement critiquée sur les réseaux sociaux.
« On apprécie les efforts qui ont été faits, mais maintenant, on attend du concret. Il faut que les routes soient vraiment améliorées partout, pas seulement au centre-ville, qu’il y ait de l’électricité, de l’eau, et surtout des emplois pour les jeunes« , a commenté Blaise Constant Yakité, un badaud en marge de la cérémonie. « Les gens veulent voir des changements dans leur quotidien, pas seulement pendant les grandes cérémonies« , a-t-il poursuivi.
La vie des 5,5 millions de Centrafricains, dont 71% vivent toujours sous le seuil de pauvreté, reste précaire, avec un manque des services de base, de routes carrossables, un chômage endémique, un taux de formation faible et un coût de la vie de plus en plus élevé.
– Stabilisation sécuritaire –
« L’un des grands enjeux de ce troisième mandat sera sa capacité à conserver des forces de sécurité intérieures stabilisées« , observe Mathilde Tarif, chercheuse à l’université de Gand (Belgique). Le succès de ce mandat « va beaucoup dépendre de la réussite des partenariats qu’il a mis en place avec le Rwanda, les Emirats arabes unis ou la Russie », dont « il est tributaire pour poursuivre la stabilisation de son régime », analyse la chercheuse.
Les mercenaires russes de Wagner, dont le nombre dans le pays est estimé entre 1.500 et 2.000, ont été déployés dès 2017 à la demande du président Touadéra, pour soutenir l’armée face aux groupes rebelles. Aujourd’hui, près de 90% du territoire sont sous l’autorité du gouvernement, contre 80% tenus par les groupes armés en 2021, selon divers analystes.
© Agence France-Presse
















