Au 26e jour d’une guerre qui embrase le Moyen-Orient, le plan de paix en Iran porté par Washington prend forme. Donald Trump a fait passer une liste de 15 points à Téhéran par l’intermédiaire du Pakistan. Dans le même temps, l’Iran a annoncé autoriser les navires non hostiles à franchir le détroit d’Ormuz, premier geste concret depuis le début du conflit.
Trump soumet un plan de paix en Iran en 15 points
Plusieurs médias ont révélé mardi l’existence de ce document diplomatique. Le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12 ont tous deux rapporté que l’administration Trump avait transmis à Téhéran un plan de paix Iran structuré en 15 points. Le Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties, a servi d’intermédiaire.
Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, Washington propose d’abord un cessez-le-feu d’un mois. Ce délai laisserait aux autorités iraniennes le temps d’examiner l’ensemble des conditions américaines et de formuler une réponse formelle.
Parmi les 15 points, cinq portent directement sur le programme nucléaire iranien. D’autres imposent l’abandon du soutien aux groupes armés de la région : le Hezbollah au Liban et le Hamas figurent explicitement parmi les « proxys » visés. Un point distinct exige que le détroit d’Ormuz reste ouvert à la navigation internationale.
En contrepartie, l’Iran obtiendrait une levée des sanctions internationales qui pèsent sur son économie. Washington proposerait également un soutien au développement de son programme nucléaire civil.
Des négociations actives, des interlocuteurs contestés
Donald Trump a confirmé mardi que des discussions se tenaient « en ce moment » avec Téhéran. Côté américain, son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio y participent, a-t-il précisé.
Le président avait retardé « de cinq jours » sa menace de frapper le réseau électrique iranien, invoquant l’avancement des pourparlers. Il s’était ensuite félicité que Washington et Téhéran avaient trouvé des « points d’accord majeurs » avec un « haut dirigeant » iranien dont il n’a pas révélé l’identité.
Qui est cet interlocuteur ? Le site Axios avait présenté Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, comme l’homme de contact de Washington. Ghalibaf a démenti catégoriquement. La diplomatie iranienne s’est contentée de reconnaître avoir reçu, via des « pays amis », des « messages transmettant une demande américaine de négociations ».
Le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, reste absent de la scène publique depuis sa désignation après la mort de son père, le 28 février — premier jour du conflit. Aucune apparition officielle n’a été enregistrée depuis lors.
Le détroit d’Ormuz, levier central du plan de paix en Iran
L’annonce iranienne sur Ormuz constitue le signal concret le plus significatif de la journée. Téhéran a déclaré que les « navires non hostiles » pouvaient « bénéficier d’un passage sûr par le détroit d’Ormuz en coordination avec les autorités compétentes ».
Ce passage stratégique représente un enjeu économique mondial de premier ordre. Près de 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures y transitent quotidiennement. Son blocage de fait par l’Iran ces dernières semaines avait provoqué une flambée des prix du pétrole sur les marchés internationaux.
Donald Trump a évoqué mardi « un très gros cadeau » lié aux hydrocarbures, sans en préciser la nature. Cette formule fait directement écho à la réouverture partielle annoncée par Téhéran. Le plan de paix Iran soumis aux autorités iraniennes comporte d’ailleurs un point explicite sur le maintien de la liberté de navigation dans ce détroit.
Les combats se poursuivent malgré les signaux diplomatiques
La diplomatie n’a pas mis fin aux opérations militaires. Trump lui-même a précisé que les frappes américaines contre l’Iran continuaient « sans relâche ». L’armée israélienne a confirmé agir « selon un plan inchangé » en Iran et au Liban.
En soirée, une frappe israélo-américaine a touché la centrale nucléaire de Bouchehr, sans provoquer de dégâts selon l’organisation iranienne de l’énergie atomique. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a réclamé une « retenue maximale afin d’éviter tout risque pour la sûreté nucléaire en période de conflit ».
Près de Tel-Aviv, 12 personnes ont été blessées en soirée par un ou plusieurs missiles iraniens, selon les secours israéliens. Téhéran a de son côté lancé de nouveaux projectiles en direction d’Israël.
Une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran, a témoigné par téléphone auprès de l’AFP. « Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne », a-t-elle confié.
Une escalade régionale qui déborde les frontières
Le conflit s’étend bien au-delà du face-à-face israélo-iranien. Au Liban, des frappes israéliennes ont tué cinq personnes dans le sud du pays à l’aube. Trois autres ont péri dans une zone résidentielle proche de Beyrouth. Dans le nord d’Israël, des dizaines de roquettes tirées depuis le Liban ont tué une femme.
En matinée, le ministre israélien de la Défense Israël Katz a déclaré que ses forces « manœuvraient à l’intérieur du territoire libanais pour s’emparer d’une ligne de défense avancée » jusqu’au fleuve Litani. Ce front se situe à une trentaine de kilomètres de la frontière israélienne.
Katz a ensuite fixé une condition publique. « Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d’Israël) ne sera pas assurée », a-t-il averti.
Les autorités libanaises ont ouvert une procédure d’expulsion contre l’ambassadeur d’Iran. Elles invoquent une ingérence dans les affaires internes du pays. Ce geste est sans précédent dans l’histoire des relations entre Beyrouth et Téhéran. Cette décision a immédiatement déclenché la colère du Hezbollah pro-iranien.
En Irak, les autorités ont accordé un « droit de riposte et d’autodéfense » aux forces de sécurité et aux ex-paramilitaires du Hachd al-Chaabi. Cette coalition est intégrée aux forces régulières irakiennes, mais regroupe plusieurs factions pro-iraniennes. La mesure répond aux « attaques militaires » signalées contre leurs bases.
Dans le Golfe, Bahreïn, l’Arabie saoudite et le Koweït ont signalé des attaques de drones et de missiles iraniens. La presse américaine rapporte l’envoi de 3 000 soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient. Washington renforce ainsi sa présence militaire sur le terrain, tout en poursuivant ses efforts diplomatiques avec Téhéran.
Source : Agence France-Presse
















