Le mandat des députés camerounais pourrait être prolongé pour la deuxième fois consécutive. Un projet de loi visant à repousser l’échéance jusqu’au 20 décembre 2026 est soumis au vote de l’Assemblée nationale lundi. Ce vote intervient six ans après les dernières élections législatives de janvier 2020.
CORRECTIF — 20 mars 2026
Un article publié précédemment sur ce site comportait trois inexactitudes, issues d’une information erronée diffusée par le média Cameroun Tribune.
Sur le titre : le titre publié mentionnait « Le mandat des députés prolongé ». La formulation correcte est « Vers une nouvelle prolongation du mandat des députés ». Le vote n’a pas encore eu lieu.
Sur le premier paragraphe : le texte indiquait que les députés camerounais « ont voté jeudi en faveur de la prolongation de leur mandat ». La dépêche AFP précise que les députés « doivent voter sur ce texte lundi ». Aucun vote n’a été tenu jeudi.
Sur le deuxième paragraphe : à la suite de la diffusion de l’information incorrecte de Cameroun Tribune, l’Agence France-Presse a supprimé un paragraphe de sa dépêche originelle et l’a remplacé par deux citations de députés — l’un de la majorité, l’autre de l’opposition — confirmant explicitement la tenue du vote lundi.
L’article ci-dessous est la version corrigée, conforme à la dépêche AFP dans sa version définitive.
Un deuxième report du mandat des députés camerounais
L’Assemblée nationale camerounaise s’est réunie jeudi pour examiner un projet de loi. Ce texte vise à prolonger le mandat des élus jusqu’au 20 décembre 2026. Les députés votent lundi à 16 heures locales.
Ce n’est pas le premier report. Le 10 mars 2025, une première prolongation d’un an avait déjà été votée. Elle repoussait l’échéance initiale de mars 2025 à mars 2026. Le texte en cours d’examen décale ce terme de neuf mois supplémentaires.
Le dernier scrutin législatif camerounais a eu lieu en janvier 2020. Ce mandat couvrait initialement cinq ans. Si les députés adoptent la prolongation lundi, les mêmes élus auront siégé pendant près de sept ans sans renouvellement.
Cette deuxième prolongation porterait le mandat en cours à près de sept ans au total. La durée prévue lors du scrutin de 2020 était de cinq ans. L’écart cumulé entre les deux extensions atteint désormais près de deux ans.
Vote lundi : le mandat des députés camerounais en procédure formelle
Le projet de loi a suivi les étapes réglementaires. La conférence des présidents l’a reçu et transmis à la Commission des lois constitutionnelles. Cette commission doit l’examiner avant le vote prévu à 16 heures lundi.
Samuel Moth, député du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, a confirmé le calendrier à l’AFP. « Le projet de loi a été reçu par la conférence des présidents et confié à la Commission des lois constitutionnelles. Il sera examiné lundi à 16H00. Nous voterons la dite loi conformément aux règles de la démocratie », a-t-il déclaré.
Ce double accord, majorité et opposition réunies sur ce point, laisse peu de doute sur l’issue. L’adoption du texte lundi apparaît comme une certitude partagée des deux côtés de l’hémicycle.
Contexte : un calendrier électoral décalé depuis les législatives de 2020
Le mandat des députés camerounais suit une trajectoire de reports successifs depuis le début de la décennie. Les élections de janvier 2020 avaient désigné une Assemblée pour cinq ans. Ce cycle aurait dû s’achever en mars 2025.
Le 10 mars 2025, les députés avaient voté une première prolongation d’un an. La nouvelle loi soumise au Parlement va plus loin : elle fixe la fin du mandat au 20 décembre 2026. Au total, ce sont près de deux ans de décalage par rapport au mandat initial issu du scrutin de 2020.
Le président Paul Biya avait lui-même préparé ce terrain le 10 février. Dans son discours annuel adressé à la jeunesse, il avait annoncé un « léger réajustement » du calendrier des élections législatives et municipales. Aucune date précise n’avait accompagné cette annonce.
Biya dirige le Cameroun depuis 1982. Doyen des chefs d’État dans le monde, il a remporté le 12 octobre un huitième mandat avec 53,66 % des voix, selon les résultats officiels.
Cette réélection a déclenché des manifestations dans plusieurs grandes villes du pays. Les forces de l’ordre ont réprimé ces rassemblements dans le sang. Le gouvernement a reconnu « plusieurs dizaines » de morts, sans communiquer de bilan précis. C’est dans ce contexte que s’inscrit la prolongation du mandat parlementaire.
Réactions : le mandat des députés camerounais validé par tous les bords
Les deux déclarations recueillies par l’AFP traduisent une position commune. Samuel Moth, élu du RDPC, encadre le vote dans le respect des règles démocratiques. Adamou Youmou Koupit, de l’UDC, en réduit la portée à une formalité.
Cette convergence est notable. Le dispositif de prolongation ne fait l’objet d’aucune contestation visible au Parlement. Majorité et opposition avancent en phase sur un texte qui repousse le terme de leur propre mandat.
Le vote lundi ne rencontre donc aucune résistance anticipée. La question reste entière sur les conditions dans lesquelles les élections législatives et municipales se tiendront d’ici décembre 2026.
Nouveau président de l’Assemblée nationale
En parallèle de la procédure de prolongation, l’Assemblée nationale a changé de président. Mardi, les députés ont élu Théodore Datouo à la tête de la chambre. Ce député issu de la majorité présidentielle remplace Cavaye Yéguié Djibril.
Cavaye Yéguié Djibril était âgé de 86 ans. Il occupait ce poste depuis 34 ans. Son départ marque la fin d’une des plus longues présidences parlementaires du continent africain.
Ce renouvellement au sommet de l’Assemblée survient dans la même semaine que la procédure de prolongation. Les deux événements signalent un repositionnement institutionnel maîtrisé, intervenu dans un délai très court.
Conséquences : des élections à organiser avant décembre 2026
Si les députés adoptent le texte lundi, le pays devra organiser les élections législatives et municipales avant le 20 décembre 2026. L’exécutif n’a encore communiqué aucun calendrier précis.La décision appartient à l’exécutif.
Les élections devaient initialement se tenir en 2025. Deux prolongations successives ont repoussé cette échéance de près de deux ans. La loi soumise au vote lundi constitue le cadre légal de ce second décalage.
L’annonce de Paul Biya du 10 février reste le seul repère officiel disponible. Ce « léger réajustement » n’a pas été traduit en dates concrètes. Le vote de lundi donnera une base légale au report. La suite dépendra des décisions de l’exécutif en matière d’organisation du scrutin.
Paul Biya, au pouvoir depuis 44 ans, reste le décideur central de ce calendrier. Son huitième mandat s’accompagne désormais d’un Parlement dont la légitimité repose sur deux prolongations successives depuis les législatives de 2020.
Source : Agence France-Presse
















