Iran frappe énergie Golfe avec une série de missiles et de drones visant le Qatar et l’Arabie saoudite, mercredi 18 mars au soir. Cette riposte fait suite à la mort du ministre iranien du Renseignement, Esmaïl Khatib, tué dans une frappe revendiquée par Israël. En moins de trois semaines, le conflit a fait plus de 2 200 morts et plonge les marchés énergétiques mondiaux dans la tourmente.
Des frappes iraniennes secouent le cœur énergétique du Golfe
L’Iran a déclenché, dans la soirée du mercredi 18 mars, une série d’attaques coordonnées contre des installations énergétiques dans le Golfe. Ces frappes ont visé deux piliers de l’approvisionnement mondial en hydrocarbures : le Qatar et l’Arabie saoudite.
Doha a signalé des « dégâts considérables » sur sa principale installation gazière. Les autorités qataries ont qualifié ces attaques de « menace directe à la sécurité nationale » du pays. En réponse, le gouvernement a ordonné l’expulsion de deux diplomates iraniens.
Sur le territoire saoudien, les forces de défense ont intercepté cinq drones en approche d’une installation énergétique dans l’est du pays. Un débris de missile est par ailleurs tombé à proximité d’une raffinerie, au sud de la capitale Riyad. Aucune victime n’a été annoncée côté saoudien.
L’Iran frappe l’énergie du Golfe en réponse à l’assassinat de son ministre du Renseignement
Ces attaques constituent une riposte directe à une frappe israélienne. Le ministre iranien du Renseignement, Esmaïl Khatib, a été tué dans une opération revendiquée par Tel Aviv. Sa mort vient allonger une liste déjà lourde de hauts responsables iraniens éliminés depuis l’ouverture du conflit.
Avant lui, le puissant chef de la sécurité Ali Larijani avait été assassiné dans des circonstances similaires. Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, avait lui-même péri dès le premier jour de la guerre, le 28 février. Depuis cette date, les frappes américaines et israéliennes déciment méthodiquement la direction politique et sécuritaire de la République islamique.
Mojtaba Khamenei a été désigné successeur de son père le 8 mars. Il n’est pas réapparu publiquement depuis lors. Mercredi soir, un message écrit signé de son nom a rendu hommage à Ali Larijani et promis de le venger. Aucune photo ni vidéo n’accompagnait ce texte, alimentant les spéculations sur son état physique. Des responsables américains et israéliens le disent « défiguré » ; d’autres font état d’une blessure à la jambe.
Israël assume pleinement sa stratégie. Tel Aviv revendique cette « série d’éliminations » et promet de ne pas s’arrêter là. Le gouvernement israélien a explicitement promis le même sort à Mojtaba Khamenei.
South Pars/North Dome : le plus grand gisement de gaz du monde sous attaque
La riposte iranienne dans le Golfe répond à une frappe antérieure contre ses propres installations. Un incendie a ravagé « certaines parties des installations gazières » de South Pars/North Dome, selon Téhéran. Ce site est le plus grand gisement de gaz naturel du monde.
Les autorités iraniennes attribuent l’attaque aux « frappes de l’ennemi américano-sioniste ». L’armée israélienne n’a émis aucun commentaire sur cet incident. Des sources officielles américaines ont précisé que Washington avait reçu information de l’opération, sans y prendre part.
Cette frappe contre South Pars/North Dome a déclenché le cycle de représailles iraniennes dans le Golfe. Elle a aussi enclenché une logique d’escalade que Téhéran entend poursuivre tant que ses propres infrastructures resteront sous le feu.
Réactions et citations : les Gardiens de la Révolution fixent un ultimatum
Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont durci le ton mercredi soir. Dans un communiqué, ils ont menacé d’intensifier les frappes si l’ennemi ciblait de nouveau le secteur énergétique iranien.
Leur avertissement ne laisse place à aucune ambiguïté : « Si cela se reproduit, les attaques contre vos infrastructures énergétiques et celles de vos alliés ne cesseront pas avant leur destruction totale et notre riposte sera bien plus sévère que les attaques de cette nuit. » Le message s’adresse directement aux pays du Golfe et à leurs alliés.
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a confirmé ce changement de posture. « Une logique de loi du talion est désormais en vigueur et un nouveau niveau de confrontation a commencé », a-t-il déclaré. Cette formulation marque un durcissement officiel assumé de la position de Téhéran.
La cheffe du renseignement américain, Tulsi Gabbard, a livré devant le Congrès une évaluation contrastée. La République islamique est « fortement affaiblie en raison des attaques visant ses dirigeants et ses capacités militaires », a-t-elle reconnu. Elle reste néanmoins « toujours en place ».
L’Iran frappe l’énergie du Golfe : un choc économique aux conséquences mondiales
Les marchés ont réagi sans délai. Le baril de Brent a bondi de près de 5 % mercredi, conséquence directe des frappes visant des installations pétrolières et gazières dans le Golfe. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures, est au cœur des tensions.
Pour tenter de contenir la flambée des cours, l’administration Trump a suspendu certaines restrictions sur le transport de carburant. Donald Trump a par ailleurs dénoncé publiquement le refus de ses alliés de l’aider à sécuriser ce passage stratégique.
Les répercussions s’étendent à d’autres secteurs. La compagnie aérienne scandinave SAS a annoncé l’annulation d’au moins un millier de vols en avril, quelques jours seulement après avoir relevé ses tarifs. En Italie, le gouvernement a adopté un décret d’urgence pour réduire les prix du carburant. Le bilan humain du conflit, qui dure depuis moins de trois semaines, dépasse désormais 2 200 morts, en grande majorité en Iran et au Liban.
Liban : Beyrouth sous les bombes, l’Europe et la France réclament l’arrêt des frappes
Au Liban, deuxième front principal de la guerre, Israël poursuit son offensive contre le Hezbollah. Des frappes israéliennes ont atteint le cœur de Beyrouth, tuant 12 personnes, dont un responsable de la chaîne de télévision du mouvement chiite pro-iranien. L’armée israélienne a également frappé dans la région de Tyr, cité phénicienne inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco.
L’Union européenne qualifie la situation humanitaire de « catastrophique » et réclame l’arrêt immédiat des opérations israéliennes au Liban. Plus d’un million de personnes ont fui leur foyer sur le territoire libanais.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé se rendre jeudi à Beyrouth. Son objectif : manifester « le soutien et la solidarité de la France avec le peuple libanais, entraîné dans une guerre qu’il n’a pas choisie ».
Sur le terrain, la détresse des civils s’exprime avec une résignation douloureuse. « On est très résilient, on est habitué aux bombardements », confie à l’AFP Moustapha Khairallah, réfugié à Saïda. Le vieil homme, appuyé sur deux cannes, n’a pourtant pas eu d’autre choix que de fuir. « Ils visent de plus en plus les civils. J’ai été obligé de partir. »
Source : Agence France-Presse
















