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Le Pakistan bombarde Kaboul et déclare une guerre ouverte à l’Afghanistan

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Le Pakistan bombarde Kaboul et transforme la nuit afghane en champ de bataille. Les frappes ont visé plusieurs grandes villes, marquant une rupture nette : Islamabad parle désormais de « guerre ouverte » contre les autorités talibanes, après une offensive afghane menée la veille à la frontière. Cette escalade, la plus grave depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, alimente la crainte d’un embrasement régional aux conséquences imprévisibles.

Une rupture brutale entre deux voisins longtemps alliés

Le Pakistan a bombardé vendredi plusieurs centres urbains afghans, dont Kaboul, Kandahar et la province frontalière de Paktia. Une décision présentée comme une « réponse appropriée » à l’attaque afghane menée la veille, selon le ministre pakistanais de l’Intérieur Mohsin Naqvi.

Les deux pays, longtemps proches, s’affrontent désormais ouvertement. Depuis la prise de Kaboul par les talibans en août 2021, les tensions n’ont cessé de monter. Islamabad accuse les autorités afghanes d’abriter des groupes armés responsables d’attentats sur son sol. Kaboul dément systématiquement.

La plupart de ces attaques sont revendiquées par les talibans pakistanais (TTP), proches idéologiquement des talibans afghans. Cette proximité nourrit la méfiance d’Islamabad, qui estime que Kaboul laisse prospérer ces groupes.

Vendredi, des journalistes de l’AFP ont entendu des tirs d’artillerie et des rafales près du poste-frontière stratégique de Torkham, l’un des rares encore ouverts entre les deux pays.
« J’ai vu du sang, (des tirs) ont blessé deux ou trois enfants et deux ou trois femmes », témoigne Gander Khan, un Afghan de 65 ans rapatrié, cité par l’AFP.

Les affrontements se sont intensifiés ces derniers mois. Depuis les combats meurtriers d’octobre — 70 morts des deux côtés — la frontière reste largement fermée.

« C’est désormais la guerre ouverte »

La riposte pakistanaise marque un tournant.
« Notre patience a atteint ses limites. C’est désormais la guerre ouverte entre nous et vous », a déclaré le ministre pakistanais de la Défense Khawaja Asif sur X.

À Kandahar, le porte-parole taliban Zabihullah Mujahid a assuré que Kaboul privilégiait encore le « dialogue ». Une position qui contraste avec les frappes annoncées quelques heures plus tard par les autorités afghanes, visant selon elles des « positions pakistanaises » en représailles.

La communauté internationale s’alarme.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à une « cessation immédiate des hostilités », se disant « très inquiet » de l’impact sur les civils, selon son porte-parole Stéphane Dujarric.
L’Iran a exhorté les deux pays à « s’abstenir » de toute action aggravant le conflit.
La présidente du CICR, Mirjana Spoljaric, a demandé une « désescalade ».

Mais sur le terrain, la spirale continue.

La frontière de Torkham, épicentre de la confrontation

Jeudi, l’armée afghane avait lancé des « attaques massives » à la frontière, en réponse à des bombardements pakistanais menés le week-end précédent. Islamabad affirme avoir visé des camps « terroristes » après une série d’attentats-suicides au Pakistan.

Selon une source sécuritaire pakistanaise, « plus de 80 » membres de groupes armés auraient été tués lors de ces frappes. Kaboul conteste ces chiffres.

Le ministère afghan de la Défense a annoncé la mort de huit soldats afghans lors de l’offensive terrestre de jeudi.

Vendredi soir, un porte-parole du Premier ministre pakistanais a affirmé que 297 talibans et militants afghans avaient été tués et que 29 sites en Afghanistan avaient été ciblés par des frappes aériennes. Le porte-parole, Mosharraf Zaidi, n’a pas précisé le nombre de soldats pakistanais tués. Islamabad avait auparavant évoqué 12 morts.

Aucune de ces données ne peut être vérifiée de manière indépendante.

Le ministère pakistanais de l’Information accuse Kaboul d’avoir « ouvert le feu unilatéralement ».

Une escalade qui dépasse le TTP

Selon la mission de l’ONU en Afghanistan, les bombardements du week-end dernier ont tué au moins 13 civils. Les autorités talibanes avancent un bilan d’au moins 18 morts.

Pour Michael Kugelman, spécialiste de l’Asie du Sud, la situation franchit un seuil.
« Le Pakistan semble avoir étendu ses frappes, qui ne visent plus seulement le TTP mais désormais aussi le régime taliban », écrit-il sur X. Il évoque une « escalade significative et dangereuse ».

Cette évolution est lourde de symboles. Islamabad, longtemps considéré comme le parrain politique des talibans afghans, frappe désormais directement leurs positions. Une rupture stratégique qui pourrait redessiner les équilibres régionaux.

Tentatives de médiation et risque d’embrasement

Face à la montée des violences, plusieurs pays tentent d’intervenir.
Selon une source proche des négociations citée par l’AFP, l’Arabie saoudite et le Qatar multiplient les contacts diplomatiques pour obtenir une trêve.

Une tentative de cessez-le-feu avait déjà été conclue le 19 octobre. Elle avait volé en éclats neuf jours plus tard, Islamabad accusant Kaboul d’avoir orchestré des attentats menés par les TTP.

Aujourd’hui, la marge de manœuvre semble plus étroite. Les deux capitales affichent une posture de fermeté, tandis que les combats s’étendent.

Les bombardements pakistanais sur Kaboul et Kandahar, villes symboliques du pouvoir taliban, envoient un message clair : Islamabad ne se limite plus à des opérations ciblées contre des groupes armés. Le conflit prend une dimension étatique.

Un conflit aux conséquences régionales

L’affrontement entre deux pays frontaliers, l’un doté de l’arme nucléaire, inquiète les chancelleries.
L’Afghanistan, déjà fragilisé par une crise économique et humanitaire majeure, pourrait basculer dans un nouveau cycle de violence.
Le Pakistan, confronté à une instabilité politique chronique et à une recrudescence d’attentats, joue une carte risquée.

Les populations civiles, elles, paient déjà le prix. Les témoignages recueillis à Torkham montrent des familles prises au piège, blessées ou déplacées. Les organisations humanitaires redoutent une aggravation rapide de la situation.

La frontière, longtemps poreuse, devient une ligne de front. Et chaque frappe, chaque déclaration, renforce la possibilité d’un conflit durable.

Source: Agence France-Presse

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