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Impasse militaire en Iran : Washington et Israël face à une guerre sans sortie

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Trans Afrique

L’impasse militaire en Iran s’impose trois semaines après le déclenchement des frappes. Les États-Unis et Israël ne contrôlent pas la fin des hostilités, selon plusieurs analystes. Téhéran joue la montre, bloque le détroit d’Ormuz et refuse de plier.

Une guerre qui échappe à ses déclencheurs

Trois semaines après le 28 février, date du déclenchement du conflit, les déclarations triomphalistes s’accumulent côté américain et israélien. Sur le terrain, la réalité est plus sévère. Ni Washington ni Tel-Aviv ne détient seul les cartes pour décider de la fin des hostilités. C’est le constat que dressent plusieurs experts interrogés sur la situation.

La puissance de feu des deux alliés s’est imposée dès le premier jour. L’Iran a perdu la maîtrise de son espace aérien sans avoir pu réagir. Pourtant, Téhéran n’a jamais cessé de riposter.

Le régime iranien refuse de capituler. Il mobilise une stratégie asymétrique, peu coûteuse, mais d’une efficacité redoutable à l’échelle mondiale. L’issue du conflit reste ouverte. Et personne ne semble en mesure de la trancher seul.

Des promesses de victoire sans calendrier

Le président américain a assuré dès la mi-mars que la guerre allait « se terminer bientôt ». Jeudi, Benjamin Netanyahu a renchéri, promettant qu’elle prendrait fin « bien plus vite que ce que les gens imaginent ». Aucun des deux n’a fourni de calendrier précis.

Le Premier ministre israélien est allé plus loin. Il a affirmé que l’Iran n’avait « plus la capacité de produire des missiles balistiques ». Les Gardiens de la Révolution ont répondu sans délai : « même en temps de guerre, nous continuons à en fabriquer ».

Le porte-parole des Gardiens a aussi directement rejeté la version américaine sur l’issue du conflit. « C’est nous qui déciderons de la fin de la guerre », a-t-il déclaré. « Les forces américaines ne mettront pas fin à la guerre », a-t-il insisté. Un message adressé sans ambiguïté à Washington.

L’Iran joue une guerre d’usure calculée

Les États-Unis ont ciblé les installations nucléaires et balistiques iraniennes. Israël a frappé les lieux de pouvoir et éliminé les plus hauts responsables du régime. Ces coups répétés n’ont pourtant pas mis fin à la contre-offensive de Téhéran.

La stratégie iranienne repose sur des missiles et des drones bon marché. Elle est peu onéreuse pour le régime. Elle reste efficace à l’échelle planétaire, perturbant le commerce mondial et déstabilisant les marchés énergétiques.

Pour Pierre Razoux, directeur de recherche de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES), « c’est le régime iranien qui décide de la durée de la partie de poker – à condition de survivre ». Il y a selon lui « peu de chances qu’il obtienne des garanties de non-agression américano-israéliennes ». Son intérêt est donc de « poursuivre une guerre d’usure de basse intensité dans le temps ».

Cette logique n’est pas improvisée. Pendant des décennies, Téhéran a formé des groupes armés alliés selon ce même modèle : les Houthis du Yémen, le Hezbollah libanais, les milices irakiennes et le Hamas palestinien. L’impasse militaire en Iran s’inscrit dans une tradition stratégique bien rodée, exportée à travers toute la région.

L’impasse militaire en Iran autour du détroit d’Ormuz

Les Gardiens de la Révolution ont bloqué le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour 20 % des hydrocarbures mondiaux. Ils ont ensuite frappé les entrepôts, raffineries et sites de production d’hydrocarbures du Golfe persique.

Leurs projectiles ont souvent été interceptés par les défenses régionales. Leur taux d’efficacité a néanmoins suffi à perturber durablement le secteur énergétique. La menace est constante, diffuse, et difficile à neutraliser.

Jack Watling, spécialiste de la guerre au Royal United Services Institute (RUSI) de Londres, formule un constat sévère : « les Iraniens peuvent probablement maintenir une menace persistante sur le transport maritime pendant une très longue période ». Rouvrir le détroit s’avère donc militairement très complexe, malgré l’urgence économique mondiale que cela représente.

Cette semaine, Donald Trump a constaté la réticence de ses alliés traditionnels à intervenir pour sécuriser ce passage stratégique. Le président américain a aussi reconnu qu’il n’avait pas anticipé le blocage du détroit par Téhéran.

Cette admission a suscité stupéfaction et moqueries. « Cela relève de bien plus qu’une simple gaffe, une négligence véritablement inexplicable », a déclaré Colin Clarke, directeur exécutif du Soufan Center à New York. Depuis des décennies, la possibilité qu’Iran adopte une guerre économique « faisait l’objet de débats ouverts parmi les universitaires, les analystes et les stratèges militaires », rappelle-t-il. Clarke qualifie sans détour l’approche américaine de méthodes « d’amateur ».

Réactions et citations : des alliés qui divergent

Les tensions entre Washington et Tel-Aviv ont éclaté au grand jour. Jeudi, Netanyahu a dû reconnaître qu’Israël avait « agi seul » dans la frappe du site de South Pars/North Dome. Ce gisement est la plus grande réserve de gaz connue au monde. Il est partagé entre l’Iran et le Qatar.

« Le président Trump nous a demandé de suspendre toute nouvelle attaque et nous nous y conformons », a admis le Premier ministre israélien. Cette déclaration révèle une friction directe sur la conduite des opérations. Les deux alliés ne parlent pas d’une seule voix.

Mona Yacoubian, directrice pour le Moyen-Orient au Center for Strategic and International Studies (CSIS), pointe un autre obstacle majeur. Les capacités iraniennes en matière de drones pourraient s’avérer « difficiles, voire impossibles, à neutraliser complètement », avertit-elle. Un constat qui fragilise davantage encore les perspectives de victoire rapide annoncées par les deux alliés.

Conséquences et suite attendue : une escalade sans voie de sortie

L’impasse militaire en Iran repose sur un déséquilibre structurel que Washington et Tel-Aviv peinent à corriger. Téhéran joue sur la durée et le coût asymétrique du conflit. Il maintient une pression constante sur le commerce mondial, les marchés énergétiques et les alliés régionaux des États-Unis.

Téhéran « semble avoir opté pour une escalade sans retenue », estime Mona Yacoubian. Elle précise que « divers scénarios d’escalade sont possibles, sans qu’aucune voie de désescalade ne soit en vue ». Ce constat ferme, pour l’heure, toute perspective de règlement rapide.

Ni Washington ni Tel-Aviv ne peuvent décréter seuls la fin des hostilités. Le régime iranien garde la main sur le rythme du conflit. Et aucun mécanisme de sortie de crise n’est en place.

Source : Agence France-Presse

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