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Choc pétrolier avec la guerre au Moyen-Orient : le spectre du baril à 100 dollars

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Choc pétrolier avec la guerre au Moyen-Orient : lundi noir sur les marchés de l’énergie. Les frappes iraniennes dévastent les infrastructures pétrolières et gazières du Golfe. Le détroit d’Ormuz est paralysé. Le gaz européen s’envole. Le spectre du baril à 100 dollars ressurgit. Le monde retient son souffle.

Les marchés s’emballent. Le Brent s’envole.

Lundi matin, les traders regardent leurs écrans avec incrédulité. Le Brent, référence internationale du baril de pétrole, bondit de plus de 13% à l’ouverture. Il dépasse les 82 dollars. Un choc brutal. Immédiat. Sans précédent depuis le début de la guerre en Ukraine.

En fin de séance, le baril termine à 77,74 dollars — en hausse de 7,26%. Soit environ 15 dollars de plus qu’en début d’année. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate, clôture à 71,23 dollars, en progression de 6,28%.

Le gaz européen, lui, fait pire. Il bondi de plus de 39% sur la journée, après un pic au-delà des 50% en cours de séance. Un niveau vertigineux. Loin encore des sommets atteints au début de la guerre en Ukraine — mais la trajectoire inquiète. Et les experts ne cachent pas leur alarme.

La cause est directe. La guerre au Moyen-Orient menace le cœur de la production et de l’exportation mondiales d’hydrocarbures. Les frappes iraniennes frappent les infrastructures énergétiques des pays du Golfe. Les compagnies maritimes suspendent leurs traversées du détroit d’Ormuz. Et chaque heure qui passe aggrave la situation.

Qatar, Arabie saoudite, Abou Dhabi : les infrastructures sous les bombes

Les coups s’accumulent sur les installations énergétiques de la région. Lundi, QatarEnergy — compagnie énergétique publique qatarie — annonce l’interruption de sa production de gaz naturel liquéfié. La raison : des attaques iraniennes contre les installations de deux de ses principaux sites de traitement de gaz. Une décision lourde de conséquences. Le Qatar est le principal exportateur de GNL de la région.

Avant cela, la raffinerie de Ras Tanura, en Arabie saoudite — l’une des plus grandes au monde, exploitée par Saudi Aramco — interrompt certaines de ses opérations. Une attaque a provoqué un incendie sur le site. Les dégâts sont en cours d’évaluation. Mais la production est stoppée.

À Abou Dhabi, un terminal pétrolier est visé par un drone. L’attaque est confirmée. Elle s’ajoute à une liste qui s’allonge de jour en jour.

Trois pays du Golfe. Trois infrastructures stratégiques. Trois coups portés au cœur de l’approvisionnement énergétique mondial. Les marchés enregistrent chaque frappe. Et réagissent en temps réel.

Ormuz paralysé. Vingt millions de barils bloqués chaque jour.

Le détroit d’Ormuz est le point névralgique du commerce pétrolier mondial. Par ce goulet d’étranglement large d’environ 50 kilomètres transite environ 20% du pétrole et du GNL consommés à travers la planète. Lundi, ce passage vital est, de facto, fermé.

Techniquement, il n’est pas bloqué. Mais les principales compagnies maritimes ont suspendu leurs traversées. L’explication est simple : les primes d’assurance ont explosé. Naviguer dans cette zone est devenu trop risqué, trop coûteux. Des agences de sécurité maritime signalent plusieurs attaques de navires ce week-end. Lundi, les Gardiens de la Révolution iraniens revendiquent l’attaque d’un pétrolier présenté comme lié aux États-Unis.

«Nous assistons à une fermeture de facto du détroit d’Ormuz », confirme Andy Lipow, analyste marché chez Lipow Oil Associates, interrogé par l’AFP. Et il chiffre l’impact avec précision : « À chaque jour de paralysie, ce sont 20 millions de barils de pétrole qui n’atteignent pas leur marché. »

Vingt millions de barils. Par jour. Le chiffre donne le vertige. Il traduit l’ampleur du choc en cours sur l’économie mondiale. Les grands producteurs — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Irak — ne peuvent plus exporter. Le Qatar ne peut plus livrer son GNL. Et les acheteurs, de l’Asie à l’Europe, attendent.

L’Asie en première ligne. L’Europe vulnérable.

Les pays asiatiques sont les premiers exposés. Plus de 80% du pétrole et du gaz transitant par Ormuz leur est destiné, selon l’Agence internationale de l’Énergie. Chine, Japon, Corée du Sud, Inde — tous dépendent massivement de ces flux. Un blocage prolongé frappe directement leurs industries, leurs usines, leur croissance.

Mais l’Europe n’est pas épargnée. La mise à l’arrêt des exportations de gaz « pourrait avoir de graves répercussions sur la sécurité énergétique de l’Europe», souligne Eurasia Group. Le cabinet de conseil pointe en particulier les faibles réserves de l’Allemagne — « de loin le plus gros consommateur européen de gaz » — en cette fin d’hiver. Un moment particulièrement vulnérable.

Le commerce mondial est également menacé. Des coûts de transport en hausse pèsent sur toutes les chaînes d’approvisionnement. Les usines chinoises, très dépendantes du pétrole, fonctionnent sous tension. Et la pression inflationniste commence à se faire sentir. «Une période prolongée de prix élevés exercerait une pression à la hausse sur les anticipations d’inflation », prévient Kristian Kerr, analyste chez LPL Financial.

Le spectre du baril à 100 dollars

Le seuil symbolique est sur toutes les lèvres. En cas d’interruption prolongée des livraisons via Ormuz, « le pétrole brut pourrait rapidement grimper jusqu’à 100 dollars le baril », prévient Eurasia Group. La dernière fois que ce cap a été franchi, c’était au début de la guerre en Ukraine. Un souvenir encore frais dans les mémoires des marchés.

Les pays importateurs disposent en théorie de réserves stratégiques. Les membres de l’OCDE maintiennent au moins 90 jours de stocks. Mais ces réserves ont leurs limites. Et si le conflit s’étire, elles ne suffiront pas.

Pire encore : un éventuel déblocage d’Ormuz ne garantit pas un retour à la normale. Andy Lipow soulève un problème inédit : « Il est possible que, compte tenu du fait que le leadership iranien n’est plus intact, l’industrie pétrolière ne sache tout simplement pas avec qui négocier » pour acheter du pétrole iranien. Une situation sans précédent. Un vide au sommet de Téhéran qui crée une incertitude économique durable.

Trump dans la ligne de mire. L’arme du pétrole contre Washington.

La dimension politique est explicite. Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, ne mâche pas ses mots. « Le talon d’Achille de Trump, ce sont les prix pétroliers élevés », déclare-t-elle à l’AFP. Et elle va plus loin : Téhéran pourrait chercher délibérément à maintenir des prix élevés pour faire plier Washington — avant les élections de mi-mandat américaines en novembre.

Une stratégie de pression économique. Un levier géopolitique redoutable. L’Iran, affaibli militairement, joue sur un autre terrain. Celui des marchés. Celui de l’inflation. Celui de la colère des consommateurs américains face à la hausse des prix à la pompe.

Donald Trump, de son côté, estime que les opérations militaires américaines pourraient durer « quatre à cinq semaines », tout en assurant avoir « les capacités » pour aller au-delà. Une déclaration qui rassure peu les marchés. Car chaque semaine supplémentaire de conflit, c’est chaque semaine supplémentaire de pression sur les prix de l’énergie.

Les experts d’Oxford Economics tempèrent légèrement : « Il est peu probable qu’une perturbation grave et durable se produise » tant que le conflit ne s’étire pas dans le temps. Mais le conditionnel ne suffit plus à calmer les marchés. Le choc est là. Il est réel. Et son ampleur dépend désormais d’une seule variable : la durée de la guerre.

Source: Agence France-Presse — Dépêche AFP du 2 mars 2026, 21h51 (UTC+1).

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