Carnage jihadiste à Maiduguri lundi soir : trois explosions quasi-simultanées ont frappé le marché central et d’autres lieux très fréquentés de la capitale de l’État de Borno, au nord-est du Nigeria. La police recense 23 morts et 108 blessés. Des kamikazes sont désignés comme suspects.
Carnage jihadiste à Maiduguri en plein ramadan
Le porte-parole de la police, Nahum Kenneth Daso, a dressé un premier bilan dans un communiqué officiel. « Malheureusement, 23 personnes ont perdu la vie au total et 108 autres ont été blessées à des degrés divers », a-t-il indiqué. Les premières investigations désignent des kamikazes, a-t-il précisé.
Un membre d’une milice anti-jihadiste locale a transmis à l’AFP un chiffre plus élevé. Selon lui, le bilan réel pourrait atteindre 31 morts.
Ces attaques sont survenues moins de vingt-quatre heures après une tentative d’assaut contre un poste militaire dans un faubourg proche de l’aéroport. Les forces de sécurité avaient repoussé cet assaut jihadiste présumé, lancé à minuit le dimanche soir.
Trois cibles frappées simultanément au cœur de la ville
Les assaillants ont simultanément frappé trois sites très fréquentés : l’entrée du marché central, l’accès à l’hôpital universitaire et les abords du bureau de la Poste. Ces points se trouvent à proximité les uns des autres dans le centre dense de la ville.
Mala Mohammed, 31 ans, se trouvait sur le marché lors des premières explosions. Deux détonations ont d’abord retenti. La foule a aussitôt paniqué et pris la fuite.
« À ce moment-là, nous ne savions pas exactement ce qui s’était passé. Mais au bout de deux ou trois minutes, d’autres personnes qui couraient le long de la route ont commencé à crier qu’il y avait eu une bombe à l’entrée du marché », a-t-il raconté à l’AFP.
Un kamikaze dans la foule en fuite
La suite a été encore plus meurtrière. Des centaines de personnes ont fui vers le quartier de la Poste, pensant échapper aux explosions. Un kamikaze les y attendait.
« Malheureusement, alors qu’ils couraient vers la Poste, une personne qui portait l’engin explosif s’est lancée dans la foule alors que les gens tentaient encore de s’échapper », a poursuivi Mala Mohammed.
Un journaliste de l’AFP présent dans un hôpital de la ville lundi soir a vu des dizaines de blessés affluer pour recevoir des soins. Des corps recouverts de draps gisaient sur le trottoir à l’extérieur de l’établissement.
Le lendemain matin, la scène offrait un spectacle de désolation. Le sol autour du marché était jonché de tongs ensanglantées. Oignons, piments et pastèques gisaient éparpillés entre les étals abandonnés. La police avait délimité la zone avec des rubans jaunes.
Boko Haram désigné comme principal suspect
Une source militaire a attribué les attaques à des militants de Boko Haram. Le groupe a pris naissance à Maiduguri même. Sa campagne armée a débuté en 2009, avec pour objectif d’instaurer un califat au Nigeria.
Confidence McHarry, analyste au cabinet SBM Intelligence basé à Lagos, a mis en perspective la situation sécuritaire. « La ville a toujours été vulnérable », a-t-elle déclaré à l’AFP, malgré une amélioration globale perceptible ces dernières années.
L’armée nigériane consacre désormais l’essentiel de ses opérations à combattre le groupe État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), faction dissidente et rivale de Boko Haram. Pourtant, Boko Haram « dispose toujours de cellules » autour de Maiduguri. Les attentats de lundi prouvent « qu’il s’agit toujours d’une force avec laquelle il faut compter », a insisté l’analyste.
En décembre, une bombe avait déjà tué au moins sept personnes dans une mosquée de la ville. Aucun groupe n’avait revendiqué cette attaque.
Réactions officielles : « actes barbares » et déploiement sécuritaire
Le gouverneur régional Babagana Zulum a condamné des actes « barbares ». Il a établi un lien direct entre la recrudescence des attentats et les opérations militaires intensifiées dans la forêt de Sambisa, bastion jihadiste notoire de la région. « La récente recrudescence des attentats n’est pas sans rapport avec les opérations militaires intensives menées dans la forêt de Sambisa », a-t-il déclaré.
Le président Bola Tinubu a réagi mardi dans un communiqué officiel. « Ces actes terroristes constituent les dernières tentatives désespérées et frénétiques de criminels et d’éléments terroristes qui cherchent à semer et à propager la peur », a-t-il affirmé.
Tinubu a annoncé l’envoi des chefs de la sécurité sur place « pour prendre la situation en main ». Quelques heures après, il s’est envolé pour Londres pour une visite d’État de deux jours. C’est la première visite de ce type d’un dirigeant nigérian au Royaume-Uni depuis près de quarante ans.
La police a déclaré tôt mardi que la situation était « revenue à la normale ». Elle a déployé des patrouilles renforcées dans l’ensemble de la ville et ses environs.
Carnage jihadiste à Maiduguri : signal d’une insurrection qui reprend
Les attentats de lundi s’inscrivent dans une dynamique de violence relancée. Maiduguri avait traversé une période de relative accalmie. La vague d’attaques avait atteint son pic au milieu des années 2010.
La violence n’a pourtant jamais cessé dans les campagnes environnantes. Ces derniers mois, les groupes jihadistes ont intensifié leur pression sur toute la région.
Les États-Unis ont répondu à cette montée en puissance. Washington a récemment annoncé l’envoi de 200 soldats au Nigeria pour appuyer l’armée nigériane dans sa lutte contre les jihadistes.
Maiduguri compte plus d’un million d’habitants. Située à environ trois heures d’avion de Lagos, capitale économique du pays, la ville est frontalière du Tchad, du Cameroun et du Niger. Sa position géographique en fait un point névralgique dans une région traversée par une crise sécuritaire structurelle.
Depuis 2009, les violences jihadistes dans le nord-est du Nigeria ont fait plus de 40 000 morts. L’insurrection a contraint environ deux millions de personnes à fuir leur foyer, selon l’ONU. Boko Haram et Iswap en portent la principale responsabilité.
Source : Agence France-Presse
















