À l’ombre du drame de Divine Mbarga, Mahot Serge Wilfried prend la parole pour raconter l’agression sexuelle qu’il a subie à l’âge de 7 ans. Son récit poignant met en lumière les traumatismes durables liés aux violences sur les enfants et l’importance de sensibiliser la société.
Il est rare que des hommes témoignent ouvertement des violences sexuelles qu’ils ont subies dans leur enfance. Pourtant, face au drame de Divine Mbarga, Wilfried a décidé de briser le silence et de partager son histoire. À seulement 7 ans, il a été agressé par un cousin, un acte qui a marqué profondément son enfance et laissé des séquelles émotionnelles durables.
Son récit montre combien le silence peut protéger les auteurs et prolonger la souffrance des victimes, tout en rappelant la nécessité de sensibiliser et de protéger les enfants. Il raconte :
« Aujourd’hui, je sors de mon silence pour parler de ce que j’ai vécu à l’âge de 7 ans. J’ai été agressé sexuellement par un cousin éloigné du côté de mon père. Il vivait au village, mais venait régulièrement en ville ; il était le coursier de la maison d’un de mes oncles.
C’est lors de nos vacances qu’il a mis son forfait à exécution. Comme mon père n’avait pas encore construit là-bas, nous logions chez eux.
Ma grand-mère insistait pour que les filles dorment avec les filles et les garçons avec les garçons : c’est ainsi que je me suis retrouvé dans le même lit que lui.
La première nuit, il s’est collé à moi sous prétexte de m’empêcher de tomber. Je sentais quelque chose de dur derrière moi. Je ne comprenais rien, mais je sentais que ce n’était pas sain. J’étouffais. La nuit suivante, il m’a réveillé en baissant son short.
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« Il a sorti un couteau, puis son sexe… »
Il a sorti un couteau, puis son sexe, qu’il m’a introduit dans la bouche en me demandant de sucer « comme un biberon ». Après plusieurs mouvements, alors qu’il touchait mes fesses, un liquide blanc est sorti. Devant la panique dans mes yeux, il m’a lancé : « Si tu parles, je vais t’égorger comme un poulet. Même si tu repars à Yaoundé, je te retrouverai. »
Cela a duré les trois quarts de mon séjour. J’étais perdu, terrifié. Je suis tombé malade
J’ai supplié ma grand-mère de me laisser dormir avec elle. Elle a refusé, jusqu’au jour où je suis tombé malade. Elle a mis cela sur le compte de la « fragilité des enfants de la ville », mais elle a fini par accepter que je dorme avec elle. Une fois à l’abri dans sa chambre, je lui ai demandé d’appeler mon père. Je voulais rentrer à Yaoundé. Je me suis tu, car cet homme venait parfois nous rendre visite en ville et je repensais à son couteau.
Je suis rentré et j’ai mis des années avant de remettre les pieds au village. Plus tard, une cousine à qui je m’étais confié m’a conseillé de me taire pour éviter un scandale familial. Mon père, lui, m’a dit de laisser tomber, car cet homme était devenu fou.
Savoir sa condition ne m’a pas calmé. Je n’ai pas pu m’empêcher de le rechercher. Je l’ai retrouvé dans la rue, errant, mangeant dans les poubelles.
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« j’ai été chanceux »
Je lui ai parlé et je lui ai dit que je savais qu’il m’entendait. Je lui ai rappelé ses actes. Je lui ai dit qu’il payait sans doute pour tout ce qu’il avait fait à d’autres petits garçons comme moi. Je lui ai dit que si je pouvais, je le tuerais. Je lui ai vomi ma rage. Jusqu’à aujourd’hui, je ne le regrette pas. En repensant à mon histoire, je me dis que j’ai été « chanceux ». Il aurait pu me sodomiser et m’ôter la vie.
Le drame de Divine a réveillé cette peur que j’avais eue et qui était restée longtemps enfouie en moi. Le souvenir de son couteau. Il aurait pu m’égorger, et on m’aurait retrouvé là, sans comprendre. On aurait inventé toutes sortes de choses sur les causes de ma mort sans nécessairement trouver le monstre qui était juste à côté de moi. Je rédige ce témoignage parce qu’on apprend aux hommes à être forts, à se taire, à garder la face.
Mais on ne guérit jamais de ce qu’on enfouit. Je remercie Lova Nyemb Bassong à qui je m’étais déjà confié et qui m’a appris que briser le silence n’est pas une faiblesse, mais c’est l’ultime acte de survie. Je te respecterai toujours pour ton courage et ta force de témoigner. Que mon histoire rappelle que l’horreur n’a pas de genre, et notre parole est notre seule arme contre l’oubli(…) ».