À l’approche du quatrième anniversaire de l’invasion russe, Volodymyr Zelensky affiche une certitude : Zelensky refuse la défaite. Dans un entretien exclusif accordé à l’AFP, le président ukrainien affirme que l’Ukraine tient toujours, malgré la pression militaire, les pertes accumulées et l’avancée lente mais continue des forces russes.
« On ne peut pas dire que nous perdons la guerre, honnêtement, nous ne sommes certainement pas en train de la perdre. La question est de savoir si nous allons gagner », déclare-t-il d’une voix ferme, installé dans son bureau du siège de la présidence à Kiev.
Depuis le 24 février 2022, date du lancement de l’offensive russe, le conflit a bouleversé l’Europe. Les combats ont ravagé des régions entières, déplacé des millions de civils et provoqué des pertes massives dans les deux camps.
Aujourd’hui, la Russie contrôle près de 20 % du territoire ukrainien. Elle frappe quotidiennement des zones civiles et des infrastructures critiques, plongeant le pays dans sa pire crise énergétique depuis le début de la guerre.
Pourtant, malgré la pression, Zelensky insiste : l’Ukraine reste debout. Il porte sa tenue noire habituelle, symbole d’un pays en guerre, et affirme que son armée « travaille tous les jours » pour stabiliser la ligne de front face au « mal » russe.
Et il ajoute, presque comme un défi : « Je suis très fier d’être président de ce pays ».
Contre‑attaques, Starlink et tensions avec Washington
Le président revendique une avancée majeure : la reprise de 300 km² dans le sud lors de récentes contre‑attaques. Il félicite « toutes les forces de défense » pour ces résultats.
L’AFP précise toutefois ne pas être en mesure de confirmer ces chiffres. S’ils étaient exacts, il s’agirait des gains les plus rapides depuis 2023.
Selon Zelensky, ces opérations ont profité d’un événement inattendu : la désactivation par Elon Musk de l’usage de Starlink par les forces russes. Moscou utilisait ces terminaux pour coordonner ses drones et ses communications. Leur coupure a, selon lui, offert une fenêtre tactique.
Il reconnaît que cette décision a aussi affecté Kiev, mais « dans une moindre mesure ». Il dit avoir demandé à son ministre de la Défense de « faire tout ce qu’il peut » pour compenser ces difficultés.
Mais un autre front s’ouvre : celui des relations avec Washington. Zelensky déplore une « pression » américaine visant à pousser l’Ukraine à abandonner entièrement le Donbass.
« Les Américains et les Russes disent que si vous voulez que la guerre se termine demain, sortez du Donbass », affirme-t-il.
Il juge cette pression injuste : « On ne peut pas exercer plus de pression sur nous que sur les Russes, parce que ce sont eux les agresseurs ».
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025, les États-Unis ont drastiquement réduit leur aide militaire, se présentant désormais comme médiateurs. Ils continuent toutefois de fournir des renseignements « au même niveau », assure Zelensky.
Vers une force internationale et un débat explosif sur les élections
Face à l’incertitude, Zelensky veut préparer l’après. En cas de cessez‑le‑feu, il souhaite la présence de troupes européennes « près » de la ligne de front pour garantir la stabilité.
Ce projet, discuté depuis des mois entre alliés européens, n’a toujours pas abouti.
Le président dit avoir proposé à la Pologne et aux pays baltes de déployer des forces le long de la frontière ukraino‑bélarusse, afin de dissuader Minsk — allié de Moscou — de toute intervention.
Il imagine aussi un volet aérien assuré par des avions alliés stationnés à proximité de l’Ukraine.
Mais Moscou rejette catégoriquement ce plan, avertissant que toute présence militaire occidentale constituerait une « cible légitime ».
Parallèlement, un autre sujet crispe : la tenue d’élections en Ukraine.
La Russie, mais aussi les États-Unis, réclament un scrutin rapide. Une idée très impopulaire dans le pays, selon les sondages, et que Zelensky juge instrumentalisée par le Kremlin.
« Soyons honnêtes, les Russes veulent juste me remplacer », lance-t-il.
Il affirme que personne en Ukraine ne souhaite voter en pleine guerre : « Tout le monde craint un effet destructeur, une division de la société ».
Une guerre sans horizon clair
Quatre ans après l’invasion, l’Ukraine vit dans un entre‑deux : ni victoire, ni défaite.
Les forces russes avancent lentement dans le Donbass. Les Ukrainiens résistent, mais manquent de ressources. Les alliés hésitent. Les négociations piétinent.
Zelensky, lui, continue d’affirmer que la bataille n’est pas perdue.
Il le dit avec gravité, mais aussi avec une forme de défi : l’Ukraine n’abandonnera pas.
Source: Agence France‑Presse
















