À peine quelques jours après l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par des forces américaines, un constat s’impose : une opération en appelle d’autres. Donald Trump laisse déjà entendre que d’autres pays pourraient suivre, comme si Caracas n’avait été qu’un prélude à une stratégie plus large. Son regard se tourne ailleurs, et la liste des cibles potentielles semble s’allonger.
Cette franchise brutale a laissé le monde dans un état d’alerte silencieuse. Car derrière cette menace diffuse se cache une interrogation lourde : qui sera le prochain ?
Dans ce climat d’incertitude, chaque capitale scrute les signaux venus de Washington, consciente que la politique étrangère américaine semble entrer dans une phase où les frontières, les alliances et les équilibres peuvent basculer d’un instant à l’autre.
Dimanche, à bord d’Air Force One, le président américain a balayé plusieurs dossiers explosifs. Il a évoqué tour à tour la Colombie, Cuba, le Groenland, le Mexique et l’Iran. Une liste révélatrice. Et un signe de l’ampleur des fronts qu’il entend ouvrir.
Celui qui dénonçait autrefois l’interventionnisme américain revendique désormais l’application de la “doctrine Monroe”. Un jeu de mots avec la politique de James Monroe, qui en 1823 affirmait que l’Amérique latine était la chasse gardée des États‑Unis. Un retournement assumé. Et un signal envoyé à toute la région.
– Groenland –
Au lendemain de l’opération américaine à Caracas, Donald Trump a insisté. Selon lui, la sécurité nationale des États‑Unis exige d’annexer le Groenland, territoire autonome danois de l’Arctique, riche en minerais. Une revendication réaffirmée. Et un signal clair sur ses ambitions stratégiques.
Selon Asli Aydintasbas, Donald Trump ne cache plus ses ambitions. Il a évoqué une longue liste de potentielles conquêtes, mais le Groenland resterait la cible la plus probable de son administration, affirme‑t‑elle à l’AFP. Une projection audacieuse. Et un signal sur les priorités réelles de Washington.
La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a répliqué fermement. Elle a averti Donald Trump que toute tentative de s’emparer du Groenland par la force pourrait entraîner la fin de l’Alliance atlantique, dont le Danemark est membre. Un message clair. Et une ligne rouge posée sans ambiguïté.
Plutôt qu’une intervention militaire, Washington pourrait changer de tactique. Accroître la pression diplomatique sur ses alliés européens, par exemple en insistant sur la tenue d’un référendum au Groenland. Une manœuvre moins visible. Mais tout aussi stratégique.
– Colombie –
Donald Trump a déjà fait de Bogotá l’une de ses cibles favorites. Il a averti le président colombien, Gustavo Petro, qu’il devait « faire gaffe à ses fesses ». Dimanche, il a même jugé qu’une intervention militaire serait « une bonne idée ». Une menace explicite. Et une nouvelle escalade verbale dans un face‑à‑face déjà tendu.
Le locataire de la Maison-Blanche accuse son homologue colombien d’être lié aux narcotrafiquants. Il avait déjà lancé les mêmes accusations contre Nicolas Maduro, juste avant l’opération américaine à Caracas. Une répétition assumée. Et une stratégie de pression clairement affichée.
Lundi, Gustavo Petro a répliqué. L’ancien guérillero, qui échange piques et quolibets avec Donald Trump depuis des mois, a assuré qu’il était prêt à « reprendre les armes » face aux menaces américaines. Une réponse sèche. Et un signe de la montée des tensions.
Plutôt qu’une intervention militaire en Colombie, Washington pourrait choisir une autre voie. Utiliser le Venezuela comme exemple coercitif pour envoyer un message aux dirigeants d’Amérique latine. Une stratégie de pression. Et un avertissement adressé à toute la région.
Pour Asli Aydintasbas, le message est limpide. Selon elle, Donald Trump affirme qu’il peut forcer le pays à se soumettre et que l’hégémonie américaine doit être acceptée pour préserver la souveraineté. Une lecture sévère. Et une critique frontale de sa posture.
– Cuba –
Dimanche, Donald Trump a frappé fort. Selon lui, Cuba est « prêt à tomber ». Le pays, allié du Venezuela et adversaire communiste des États‑Unis depuis près de sept décennies, serait au bord du basculement. Une déclaration lourde. Et un signal supplémentaire dans un climat déjà tendu.
Le président américain a tempéré. Selon lui, une intervention militaire sur l’île, pourtant située à quelques dizaines de kilomètres de la Floride, ne serait pas nécessaire. Il estime que la perte du pétrole venu du Venezuela suffirait à faire tomber les dirigeants cubains. Une analyse tranchée. Et une manière d’écarter, pour l’instant, l’option militaire.
– Mexique –
Dimanche, Donald Trump a mis la pression. Selon lui, le Mexique doit « se ressaisir ». Il l’a répété après des mois de tensions sur la lutte contre le narcotrafic et la balance commerciale. Un rappel sec. Et un avertissement supplémentaire adressé au voisin du sud.
Le président américain a salué Claudia Sheinbaum. Il l’a décrite comme une « personne formidable », quelques semaines après leur échange à Washington, en marge du tirage au sort du Mondial 2026. Un compliment appuyé. Et un signal diplomatique envoyé alors que les relations restent tendues.
Donald Trump l’a affirmé. Il a exhorté Claudia Sheinbaum à autoriser l’envoi de forces américaines au Mexique pour combattre les cartels. Elle avait déjà rejeté cette idée. Et elle l’a de nouveau refusée, selon lui. Une proposition explosive. Et un rappel des tensions persistantes entre Washington et le Mexique.
Lundi, la présidente du Mexique a été catégorique. Selon elle, l’Amérique « n’appartient à aucune doctrine ni à aucune puissance ». Une mise au point. Et un message adressé à ceux qui cherchent à s’approprier le continent.
– Iran –
En juin, les États‑Unis ont frappé des sites liés au programme nucléaire iranien. Depuis, l’Iran subit de nouvelles pressions de Donald Trump, qui dénonce la répression des manifestations. Une séquence tendue. Et un rapport de force qui s’intensifie.
Dimanche, le président américain a haussé le ton. Il a menacé de « frapper » l’Iran si ses autorités « commencent à tuer des gens comme ils l’ont fait par le passé ». Un avertissement clair. Et une escalade verbale qui souligne la tension du moment.
Pour Asli Aydintasbas, de Brookings, le constat est clair. Selon elle, le dirigeant américain profite pleinement de ce moment de “présidence impériale”. Il s’installe dans cette posture. Et il en tire avantage, politiquement comme symboliquement.
Elle prévient. Si la situation se dégrade, au Venezuela comme au Moyen‑Orient, Donald Trump lâchera vite ce rôle. Il perdra de l’intérêt. Très rapidement. C’est ce qu’elle a expliqué, sans détour.
Source: Agence France-Presse
















