Trump suspend les frappes contre l’Iran pendant cinq jours et annonce des discussions qu’il juge « très productives ». L’Iran dément toute négociation directe, mais admet des contacts indirects. Pendant ce temps, Israël frappe de nouveau à Beyrouth et l’économie mondiale absorbe une crise pétrolière sans précédent depuis les années 1970.
Trump suspend les frappes contre l’Iran : un revirement spectaculaire
Lundi 24 mars 2026, Donald Trump a publié sur son réseau Truth Social un message en lettres capitales. Il saluait de « TRES BONNES ET PRODUCTIVES DISCUSSIONS POUR UNE CESSATION TOTALE ET COMPLÈTE DE NOS HOSTILITÉS AU MOYEN-ORIENT ». Ce message, posté peu avant l’ouverture de Wall Street, a marqué un tournant brutal dans la posture américaine.
Lors d’un échange ultérieur avec la presse, Trump a confirmé avoir reporté « de cinq jours » toute frappe envisagée contre des centrales électriques ou des infrastructures énergétiques iraniennes. Il a précisé avoir mené des discussions avec un « haut dirigeant » iranien non identifié, en indiquant qu’il ne s’agissait pas du nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei.
Cinq jours de pause et des « points d’accord majeurs »
Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner auraient conduit ces échanges. Selon le site Axios et l’agence Reuters, tous deux pourraient rencontrer une délégation iranienne dès cette semaine au Pakistan. Le vice-président JD Vance pourrait également prendre part à cette réunion.
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, n’a pas démenti ces informations lorsque l’AFP l’a interrogée. Elle a cependant précisé que « les spéculations concernant ces réunions ne doivent pas être considérées comme avérées tant qu’elles n’ont pas été officiellement annoncées par la Maison Blanche ».
Trump a maintenu sa pression malgré ce ton plus ouvert. En cas d’échec des discussions, il a clairement menacé de « continuer à bombarder allègrement ».
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a annoncé lundi s’être entretenu avec le président iranien Massoud Pezechkian. Il a promis l’aide d’Islamabad pour ramener la paix dans la région, confirmant le rôle central du Pakistan dans ce dispositif diplomatique en gestation.
Le détroit d’Ormuz, épicentre d’une crise mondiale
Ce revirement intervient dans un contexte de tension extrême autour du détroit d’Ormuz. L’Iran bloque cette voie maritime stratégique pour l’approvisionnement mondial en hydrocarbures, en représailles aux attaques israélo-américaines depuis le déclenchement de la guerre, le 28 février.
Trump avait fixé un ultimatum expirant à 23h44 GMT lundi, exigeant la réouverture du détroit. En cas de refus, il menaçait « d’anéantir » le réseau électrique iranien, composé de plus de 90 centrales, dont certaines situées sur le Golfe.
Téhéran avait répondu avec la même fermeté. Selon l’agence Fars, citant l’armée iranienne, l’Iran menaçait de fermer complètement le détroit et de cibler « toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l’information et de dessalement d’eau appartenant aux États-Unis ».
Les médias d’État iraniens ont publié lundi des listes de cibles potentielles au Moyen-Orient. Ces listes incluaient les deux principales centrales électriques d’Israël, Orot Rabin et Rutenberg, ainsi que des objectifs en Arabie saoudite et dans les monarchies du Golfe.
Une crise énergétique inédite depuis les années 1970
Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, a chiffré l’ampleur des pertes. Le monde a « perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies » des années 1970, a-t-il déclaré lundi.
Birol a prévenu que ce conflit pourrait provoquer « la plus grave crise énergétique mondiale de ces dernières décennies ». Sa conclusion est sans appel : « Aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie. »
Téhéran dément, mais reconnaît des contacts indirects
Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a formellement nié toute négociation avec Washington. Axios l’identifiait pourtant comme l’un des interlocuteurs des émissaires Witkoff et Kushner. Sa réponse a été directe : « De fausses informations sont utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers. »
Le ministère iranien des Affaires étrangères a adopté une position plus nuancée. D’un côté, il a nié « toute négociation avec les États-Unis au cours des 24 derniers jours de cette guerre imposée ». De l’autre, il a reconnu avoir reçu récemment des messages via « certains pays amis », messages qui transmettaient « une demande américaine de négociations visant à mettre fin à la guerre ».
Cette formulation révèle l’existence d’un canal indirect. Téhéran n’engage pas de pourparlers directs, mais les messages américains transitent bien. Le Pakistan occupe manifestement un rôle de relais dans ce dispositif.
Netanyahu déterminé, Beyrouth de nouveau sous les frappes
Benjamin Netanyahu a maintenu une posture offensive. Le Premier ministre israélien a indiqué lundi avoir échangé avec Trump. Selon Netanyahu, Trump estime « qu’il y a une chance de tirer parti des formidables succès (militaires israéliens et américains) afin de réaliser les objectifs de la guerre dans le cadre d’un accord qui préservera nos intérêts vitaux ».
Netanyahu a affiché sa détermination à poursuivre les frappes en Iran et au Liban. Peu après ses déclarations, l’armée israélienne a annoncé de nouvelles attaques contre des cibles du Hezbollah à Beyrouth. Deux combattants d’élite du mouvement islamiste pro-iranien ont également été capturés dans le sud du Liban.
Au Liban, une personne a été tuée dans une frappe israélienne à Beyrouth lundi. Selon un porte-parole de Tsahal, la cible était « un terroriste de la force al-Qods », la branche des opérations extérieures des Gardiens de la révolution iraniens. Des images de l’AFPTV ont montré un épais nuage de fumée s’élevant au-dessus de la banlieue sud de la capitale, qui n’avait plus été visée depuis vendredi.
Tôt mardi matin, l’armée israélienne a signalé une nouvelle salve de missiles tirés depuis l’Iran en direction d’Israël.
Marchés en réaction : l’annonce de Trump suspend les frappes contre l’Iran fait plonger le pétrole
L’annonce américaine a provoqué des turbulences immédiates sur les marchés financiers. Les cours du pétrole ont brutalement chuté de plus de 10 % lundi. Les Bourses européennes ont repris de la couleur, à l’exception de Londres. Wall Street a terminé la séance en hausse.
Ces réactions illustrent la sensibilité des marchés à chaque signal diplomatique. Elles rejoignent également l’accusation iranienne : Ghalibaf avait précisément dénoncé une « manipulation des marchés financiers et pétroliers » par de « fausses informations ».
La pause de cinq jours décrétée par Trump définit une fenêtre d’opportunité étroite. Si la rencontre au Pakistan se concrétise, elle constituera le premier contact diplomatique direct depuis le début du conflit. L’issue de ces échanges conditionnera la poursuite des opérations militaires et le sort du détroit d’Ormuz. La crise énergétique, qui pèse déjà sur l’économie mondiale, dépend aussi de ces discussions.
Source : Agence France-Presse
















