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Trois parcours de grossesse : les sage-femmes proposent un suivi différencié selon le niveau de risque

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Trois parcours de grossesse distincts selon le niveau de risque médical : c’est la proposition centrale du Collège national des sage-femmes, publiée mardi dans un rapport issu d’une large concertation professionnelle. Ce texte entend contribuer à la réforme de la périnatalité en France, alors que la mortalité infantile progresse et que le gouvernement attend des recommandations officielles d’ici juin 2026.

Trois parcours de grossesse : la proposition structurante du CNSF

Le Collège national des sage-femmes (CNSF) a présenté mardi son rapport sur la réforme du suivi périnatal. Il préconise de créer trois parcours de prise en charge distincts, articulés autour du niveau de risque médical : « Bas risque, à risque et pathologique ». Cette architecture vise à adapter le suivi au profil réel de chaque patiente, et non à un cadre uniforme indifférencié.

La démarche s’appuie sur un constat chiffré précis. Environ 80 % des grossesses sont physiologiques, c’est-à-dire qu’elles se déroulent sans pathologie identifiée. Pour le CNSF, cette majorité statistique doit structurer l’ensemble du système périnatal, et non rester marginalisée au profit des seuls cas complexes.

La périnatalité ne doit pas être organisée « uniquement » autour des « situations très complexes », a insisté le CNSF. Cette formulation résume la philosophie centrale du rapport. Le collège défend une vision dans laquelle les grossesses sans complication bénéficient d’un suivi adapté, assuré par des professionnels dont c’est précisément la compétence reconnue.

Le rapport est le fruit d’une large concertation conduite en interne et auprès des associations adhérentes. Il ne répond pas à une commande gouvernementale directe, mais constitue la position propre de la profession, formulée au moment précis où une réforme de la périnatalité est en débat.

Des rôles professionnels à clarifier d’urgence

Le système actuel de suivi de grossesse ne repose sur aucune logique de graduation des soins. Un couple peut consulter indifféremment une sage-femme, un gynécologue-obstétricien ou un médecin généraliste, sans orientation selon le niveau de risque médical. Ce libre choix, sans encadrement clinique, génère des situations qui interrogent l’efficience globale du dispositif.

Le CNSF pointe une anomalie fréquente et bien documentée. Des sages-femmes assurent régulièrement le suivi de grossesses pathologiques, qui nécessitent une compétence obstétricale spécialisée. Parallèlement, des gynécologues-obstétriciens prennent en charge des grossesses physiologiques qui ne requièrent pas leur niveau d’expertise.

Ce croisement des rôles nuit à l’efficacité de l’ensemble du système. Le rapport défend des attributions clairement délimitées, correspondant « aux compétences de chacun ». Une meilleure orientation des patientes permettrait de mieux exploiter les ressources disponibles tout en garantissant un suivi adapté à chaque situation.

Trois parcours de grossesse : organisation et lieux de naissance

Le premier niveau, dit « bas risque », serait confié en priorité aux sages-femmes. Le CNSF envisage une offre diversifiée de lieux de naissance pour ce niveau : maternités classiques, maisons de naissance et accouchements à domicile. La définition exacte du périmètre du bas risque reste à préciser, note le rapport.

Les grossesses à risque et pathologiques nécessitent une organisation différente. Ces deux niveaux impliquent une prise en charge au sein d’équipes pluridisciplinaires, associant gynécologues-obstétriciens, pédiatres, anesthésistes-réanimateurs et autres spécialistes selon les situations. Ce dispositif concentre les ressources médicales spécialisées là où le besoin clinique est avéré.

Pour éviter une médicalisation excessive des accouchements simples, le CNSF recommande d’aménager dans les établissements des espaces dédiés au bas-risque. Il préconise également de renforcer les effectifs de sages-femmes et d’auxiliaires de puériculture dans les maternités à fort volume de naissances. Ces mesures ont pour but d’« éviter une surmédicalisation des accouchements » ne la nécessitant pas.

Une réforme inscrite dans une crise périnatale nationale

La France fait face depuis plusieurs années à une progression préoccupante de sa mortalité infantile. Ce signal d’alarme a conduit le gouvernement à engager une réflexion de fond sur l’organisation du secteur périnatal. Trois experts ont été mandatés pour remettre leurs recommandations d’ici juin 2026.

Le rapport du CNSF s’inscrit dans ce contexte d’urgence sanitaire, sans en être tributaire. Le collège a mené sa propre démarche, de manière indépendante et parallèle à la mission gouvernementale. La profession veut peser directement dans le débat, avant que le gouvernement ne rende ses arbitrages définitifs.

Les deux démarches convergent vers un même constat : le système périnatal actuel nécessite une réorganisation en profondeur. Le CNSF espère que ses propositions seront intégrées dans les réflexions officielles en cours.

Prévention, postnatal et revalorisation : un programme complet

Au-delà des trois parcours de grossesse, le rapport du CNSF formule plusieurs recommandations complémentaires. Elles couvrent la prévention en amont, l’accompagnement après la naissance et les conditions d’exercice des professionnels.

Sur le volet préventif, le collège préconise de systématiser la consultation préconceptionnelle. Cette consultation existe dans le cadre actuel, mais reste largement méconnue des couples. Pour renforcer le suivi dès le début de grossesse, le CNSF recommande également de rendre obligatoires le « bilan prénatal » et la désignation d’une « sage-femme référente ».

La place du coparent dans le parcours de soin constitue un autre axe fort du rapport. Le CNSF demande que le futur père puisse s’absenter du travail pour tous les examens médicaux obligatoires du suivi prénatal. Le rapport préconise aussi d’aménager les chambres de maternité pour l’accueillir. Objectif : renforcer sa présence et son implication dès les premiers jours.

Le suivi postnatal fait l’objet d’une attention particulière. Le rapport plaide pour un accompagnement plus robuste de la mère et pour un soutien à la parentalité, « couvrant au moins les six premiers mois de l’enfant ». Ce volet répond à une lacune connue du système actuel, centré principalement sur la période prénatale et l’accouchement lui-même.

Sur la question des rémunérations, le CNSF appelle à des revalorisations salariales ciblées. Sont notamment visées les unités prenant en charge les urgences obstétricales et les actes techniques d’accouchement. Le rapport demande par ailleurs de faciliter pour les sages-femmes l’accès à une « activité mixte ville-hôpital », qui leur permettrait d’articuler exercice libéral et pratique hospitalière.

Ces propositions dessinent un programme de transformation ambitieux pour la périnatalité française. La décision appartient désormais au gouvernement. Il rendra ses arbitrages après réception des recommandations des trois experts qu’il a mandatés en parallèle.


Source : Agence France-Presse

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