Sur Facebook, une vague de proverbes envahit les publications. Entre humour, quête de visibilité et créativité populaire, le phénomène intrigue.
Difficile aujourd’hui de parcourir Facebook sans tomber sur une avalanche de proverbes. Sous presque chaque publication, ils surgissent, souvent sans lien direct avec le sujet. Le réflexe est devenu courant. Poster un proverbe, c’est exister dans le fil. Et surtout, capter l’attention.
Accumuler les likes
Très vite, les internautes camerounais ont trouvé un nom à ces habitués : les « spécialistes des proverbes ». Une appellation mi-amusée, mi-ironique. Car derrière ces phrases parfois énigmatiques, se cache une stratégie simple. Il s’agit d’animer la galerie, provoquer des réactions, et accumuler des mentions « j’aime ».
Ainsi, les commentaires se transforment en véritables scènes d’expression populaire. On y lit par exemple : « Un proverbe Bafang dit que ce n’est pas parce que le poisson vit dans l’eau qu’il ne coule pas la sueur ». Ou encore : « La langue aussi, c’est la viande… mais la fourchette ne peut jamais faire l’erreur de piquer ». Des formules intrigantes, parfois déroutantes, mais toujours remarquées.
D’autres vont plus loin dans la sagesse imagée. «Un proverbe Bassa dit : celui qui ne peut pas supporter la mauvaise haleine de l’aîné n’apprendra jamais la sagesse », affirme un proverbe. Tandis qu’un autre prévient : « Un proverbe Haoussa dit : On n’insulte pas le crocodile quand on n’a pas fini de traverser la rivière ». Des messages qui, malgré leur ton décalé, évoquent prudence et respect.
Ton décalé, sagesse traditionnelle
Par ailleurs, certains proverbes flirtent avec l’humour ou l’absurde. « Tout ce qui est franc n’est pas François », lance un internaute. Ou encore : «Un proverbe Beti dit : Ne vous basez jamais sur les apparences pour juger quelqu’un ; ce n’est pas parce qu’elle est enceinte qu’elle a fait l’amour ». Des phrases qui surprennent, mais qui circulent largement.
Dans le même élan, d’autres rappellent des vérités sociales. «Un proverbe Baham : Quand il n’y a pas d’argent, même si tu es le plus petit, on te respecte, quel que soit ce que tu dis ». Ou encore : «Un proverbe Moundang dit : C’est lorsque le plat est délicieux que tu manges en chantant et en secouant un peu la tête ». Ici, l’expérience du quotidien nourrit l’inspiration.
Au fond, ce phénomène révèle une forme d’appropriation moderne de la sagesse traditionnelle. Les proverbes deviennent des outils d’expression rapide. « Un proverbe Bafia dit : C’est ce qui est dans ton ventre qui t’appartient », résume d’ailleurs un dernier adage. Entre jeu social et quête de visibilité, les « spécialistes des proverbes » redéfinissent les codes de l’échange en ligne.















