Ormuz et crise économique mondiale : trois semaines après le début du conflit au Moyen-Orient, les effets économiques se propagent sur tous les continents. L’Iran brandit la menace d’une fermeture totale du détroit stratégique. Du Bangladesh à l’Europe, les gouvernements multiplient les mesures d’urgence face à l’envolée des prix de l’énergie.
L’Iran pose un ultimatum sur le détroit
Donald Trump a fixé un délai de 48 heures à Téhéran. Réouvrir le détroit d’Ormuz, sans condition ni délai, ou subir des frappes américaines sur les centrales électriques iraniennes. Le président américain a lancé cet avertissement samedi soir sur sa plateforme Truth Social : sans réouverture totale et inconditionnelle, les États-Unis « frapperont et anéantiront » les installations électriques du pays « EN COMMENÇANT PAR LA PLUS GRANDE ! ».
Téhéran a répondu dans les heures qui ont suivi. L’Iran a annoncé qu’il fermerait entièrement le détroit si Washington mettait ses menaces à exécution. Quelques heures plus tôt, le régime avait déjà menacé de frapper des infrastructures stratégiques dans l’ensemble de la région, en représailles aux frappes iraniennes particulièrement destructrices dans le sud d’Israël.
Le ministre iranien de l’Énergie a dressé dimanche un bilan des dommages subis par son pays. Il a évoqué de « lourds dégâts » sur les réseaux nationaux d’eau et d’énergie à la suite des frappes américano-israéliennes. Selon lui, « les attaques ont visé des dizaines d’installations de transmission et de traitement de l’eau et détruit des parties des réseaux d’approvisionnement critiques ».
Ormuz et la crise économique mondiale : les pays en première ligne
Sri Lanka : deux hausses de carburant en quinze jours
Le Sri Lanka a annoncé dimanche une augmentation de 25 % des prix des carburants à la pompe. C’est la deuxième hausse en quinze jours. Le pays importe la totalité de son pétrole et son charbon, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux tensions sur les marchés énergétiques.
Le gouvernement a fixé le prix du sans-plomb à 398 roupies sri-lankaises, soit 1,30 dollar le litre. Le diesel atteint désormais 382 roupies, soit 1,25 dollar. Une première hausse de 8 % avait déjà été décrétée en début de semaine.
Bangladesh : plus de 2 milliards de dollars sollicités en urgence
Le Bangladesh a demandé plus de 2 milliards de dollars de prêts d’urgence à des institutions financières internationales. Rashed Al Titumir, conseiller économique du Premier ministre Tarique Rahman, a précisé les engagements obtenus : le Fonds monétaire international a promis 1,3 milliard de dollars, la Banque asiatique de développement 500 millions supplémentaires en soutien budgétaire.
Le pays affronte une sérieuse crise d’approvisionnement en hydrocarbures. L’envolée des prix, directement liée au conflit au Moyen-Orient, menace sa stabilité économique.
Macédoine du Nord : la TVA sur les carburants divisée par deux
Le Premier ministre Hristijan Mickoski a annoncé une réduction immédiate de la TVA sur l’essence et le gasoil, de 18 à 10 %. La mesure entre en vigueur lundi à minuit et s’étale sur deux semaines. Elle vise à contenir la hausse des prix à la pompe engendrée par le conflit.
Les prix atteignaient dimanche environ 1,40 euro le litre d’essence et 1,49 euro le litre de gasoil. Avec la baisse fiscale, le prix de l’essence devrait rester stable. Celui du gasoil n’augmenterait que de trois à trois denars et demi, soit entre 0,04 et 0,05 euro par litre.
Contexte : Ormuz et la crise économique mondiale depuis le 28 février
Le conflit a débuté par une attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février. Depuis lors, le détroit d’Ormuz est bloqué de facto. Ce passage maritime concentre une part cruciale de l’approvisionnement pétrolier mondial.
L’Iran contrôle l’accès à ce détroit. Sa fermeture totale entraînerait une perturbation immédiate et massive des marchés énergétiques. Les signaux d’alarme se multiplient depuis trois semaines.
Le porte-parole du ministère iranien du Pétrole, Saman Ghoddoosi, a pris position sur X pour contredire les déclarations américaines. Il a affirmé que l’Iran « n’a en réalité plus de surplus de brut en mer ou pour approvisionner les marchés internationaux ». Pour lui, les propos du secrétaire américain au Trésor « visent uniquement à donner de l’espoir aux acheteurs ».
Les États-Unis avaient pourtant autorisé vendredi la vente et la livraison de pétrole iranien présent sur des navires depuis au moins le 19 mars, et ce jusqu’au 19 avril, dans l’espoir de contenir la flambée des prix de l’énergie. Téhéran rejette l’efficacité de cette mesure.
Réactions et citations
L’Iata : une hausse des billets d’avion « inévitable »
Willie Walsh, directeur général de l’Iata, principale association mondiale de compagnies aériennes, a averti que la hausse des prix des billets est désormais « inévitable ». Il a rappelé que le prix du kérosène a doublé depuis l’attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février. Aucun transporteur aérien ne peut absorber indéfiniment un tel choc sur ses coûts.
L’Europe révise ses objectifs de stockage de gaz
La Commission européenne a demandé aux États membres de revoir à la baisse leur objectif de remplissage de gaz pour l’hiver prochain. Dans un courrier aux capitales européennes, consulté samedi par l’AFP, le commissaire à l’Énergie Dan Jorgensen propose de ramener la cible habituelle de 90 % à 80 %. L’objectif déclaré est de « rassurer les acteurs du marché » face à la tension croissante sur les prix.
Réduire l’objectif de stockage doit, selon Bruxelles, atténuer la pression à l’achat. Une demande plus modérée pourrait contribuer à stabiliser les cours du gaz sur les marchés européens.
Conséquences et suite attendue : mobilisation internationale autour d’Ormuz et la crise économique mondiale
Une vingtaine de pays ont publié samedi un communiqué commun exprimant leur volonté d’agir. Les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, la France, le Canada et le Japon figurent parmi les signataires. Ces nations, principalement européennes, se déclarent « prêtes à contribuer aux efforts » nécessaires à la réouverture du détroit d’Ormuz.
Le même texte condamne explicitement les attaques iraniennes contre des navires et des infrastructures pétrolières et gazières. Les pays signataires réclament un « moratoire immédiat et global sur les attaques d’infrastructures civiles ». Aucune action militaire précise n’est annoncée.
La situation reste suspendue à l’ultimatum américain. L’Iran maintient sa menace de fermeture totale. Les marchés de l’énergie, déjà fortement déstabilisés, attendent l’issue d’un bras de fer dont les conséquences économiques mondiales sont déjà mesurables.
Source : Agence France-Presse
















