Renversé en 2023 et toujours détenu par la junte, Mohamed Bazoum voit son mandat s’achever sans perspective de libération ni de procès, dans un contexte politique bloqué.
Le mandat du président nigérien Mohamed Bazoum, renversé lors d’un coup d’Etat le 26 juillet 2023 par une junte qui le détient depuis, prend fin jeudi, sans perspective immédiate de libération ou d’éventuel procès. M. Bazoum avait été investi président le 2 avril 2021, après sa victoire à la présidentielle avec 55% des voix.
Depuis le putsch qui a porté au pouvoir la junte du général Abdourahamane Tiani, il a toujours refusé de démissionner et reste détenu avec son épouse dans une aile du palais présidentiel de la capitale Niamey. Mais pour ses avocats, cette date du 2 avril n’a plus de sens, M. Bazoum n’ayant pu exercer ses fonctions depuis juillet 2023.
« Le 2 avril ne sera pas la fin de son mandat », assure à l’AFP Me Moussa Coulibaly, membre du collectif d’avocats de Mohamed Bazoum. « Son mandat a été interrompu et n’a pas repris. Si demain M. Bazoum reprend le pouvoir, la durée de sa détention ne sera pas prise en compte dans l’exercice de ses fonctions », estime-t-il. Un point de vue que nuance Valéry Ntwali, chercheur en études politiques, notamment spécialiste des coups d’Etat en Afrique subsaharienne.
Le chef d’Etat déchu va « perdre la légitimité »
« Sur le plan du droit nigérien », le chef d’Etat déchu « a perdu la légalité depuis qu’on a suspendu la Constitution sur laquelle on l’avait élu » et va désormais « perdre la légitimité », explique-t-il. Le régime militaire a suspendu la Constitution et l’a remplacée par une charte adoptée en mars 2025, qui lui permet notamment de rester au pouvoir pour cinq années de plus, renouvelables. Aucune élection n’a été organisée au Niger depuis le coup d’Etat.
Alors quel droit prévaut: celui du pouvoir militaire arrivé par la force, ou celui en vigueur avant le coup d’Etat ? « Il n’y a pas d’autorité internationale qui impose son avis, il y a plutôt des autorités nationales qui vont discuter avec la junte et d’autres qui ne vont pas la reconnaître », répond M. Ntwali.
Car si la junte du Niger – comme celles du Mali et du Burkina Faso voisins, ses alliés – revendique une politique souverainiste et hostile à certains pays occidentaux, elle n’est pas totalement isolée sur le plan international. Elle a par exemple récemment repris langue avec les Etats-Unis pour une coopération sécuritaire, après avoir chassé il y a deux ans les soldats américains engagés dans la lutte antijihadiste, et s’est rapprochée dès le début de Moscou.
Ses relations avec la France, restent elles glaciales, l’ex-puissance coloniale s’était très vite positionnée en faveur de la libération de Mohamed Bazoum. Et celles avec l’Union Européenne sont également fraîches: mi-mars, le Parlement européen a adopté à la quasi-unanimité une résolution pour exiger la libération « immédiate » de M. Bazoum, un texte à l’initiative de l’eurodéputé français Christophe Gomart (groupe Parti populaire européen, PPE).
« C’est un échec de la communauté internationale… »
La résolution a provoqué l' »indignation » des juntes sahéliennes et a poussé plusieurs milliers de personnes à se rassembler en mars à Niamey, plusieurs centaines à Ouagadougou.
« C’est un échec de la communauté internationale, je ne sais pas comment on n’a pas pu obtenir la libération de ce président démocratiquement élu », exprime M. Gomart, également général et ancien commandant des opérations spéciales françaises, notamment au Sahel.
« L’Europe pèse en Afrique, donne de l’argent a un certain nombre de pays africains, l’Union européenne aurait dû faire pression », dit-il. L’UE finance notamment des programmes de développement et la lutte antijihadiste en Afrique et le Niger est particulièrement touché par les attaques meurtrières régulières de ces groupes armés.
« On va demander à ce que la Commission européenne entre en contact avec la junte, avec des pays qui discutent avec la junte (…) c’est une négociation », juge-t-il. Il reconnaît toutefois que « les Européens sont plus préoccupés » par les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient. La fin de son mandat peut-elle accélérer la tenue d’un procès pour Mohamed Bazoum, dont l’immunité présidentielle a été levée en 2024?
Peu probable selon ses avocats: « pour la junte, c’est moins une question de droit que de sécurité: ce qui l’intéresse c’est que le président Bazoum soit un bouclier humain » face à une éventuelle intervention armée, un temps envisagée par les voisins ouest-africains, considère un autre de ses conseils, Me Mohamed Seydou Diagne.
Depuis bientôt trois ans, Mohamed Bazoum est « toujours détenu au même endroit et dans les mêmes conditions », sans fenêtres, sorties, ni visites sauf celle de son médecin, rappelle Me Moussa Coulibaly.
© Agence France-Presse
















