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Le Tchad contre les gangs : 750 membres des forces de sécurité déployés en Haïti sous mandat de l’ONU

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Le Tchad contre les gangs haïtiens — N’Djamena a confirmé mardi l’envoi de 750 membres de ses forces de sécurité en Haïti, au sein de la Force de répression des gangs (FRG) supervisée par les Nations unies. Premier départ prévu fin mars, déploiement complet attendu d’ici juin 2026.

Le Tchad contre les gangs : engagement officiel, double confirmation de N’Djamena

Le Tchad va déployer 750 membres de ses forces de sécurité en Haïti. La nouvelle a été transmise mardi à l’AFP par un officier tchadien, qui a requis l’anonymat. Le ministère tchadien des Affaires étrangères l’a confirmée dans la foulée.

Ces personnels rejoindront la Force de répression des gangs (FRG). Cette mission multinationale supervisée par les Nations unies a pour mandat d’appuyer la police haïtienne dans ses opérations contre les bandes armées qui paralysent le pays.

« 750 militaires sous la couverture de la police et de gendarmerie vont intégrer la force de répression des gangs (FRG) à la demande des Nations Unies », a déclaré l’officier tchadien.

L’ONU supervise la FRG et lui fournit un soutien logistique. La force n’est pas une opération de maintien de la paix au sens onusien classique. Il s’agit d’une initiative multinationale distincte, à composition mixte : policiers et militaires y coexistent, contrairement aux missions traditionnelles des Casques bleus.

Des opérations policières se déroulent déjà quotidiennement dans le centre-ville de Port-au-Prince. La FRG et une entreprise de sécurité privée les appuient sur le terrain. Le contingent tchadien viendra renforcer ce dispositif opérationnel en place.

Un calendrier précis, une force restructurée face aux limites de la MMAS

Le premier contingent tchadien doit quitter N’Djamena fin mars. Le déploiement complet se déroulera jusqu’en juin, selon l’officier tchadien.

« Le Tchad répond à un appel des Nations unies qui jouent un rôle de supervision et de soutien logistique pour la FRG », a précisé la même source.

La FRG succède à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), lancée à l’initiative des États-Unis et du Panama avec le soutien d’Haïti. Le Conseil de sécurité de l’ONU avait approuvé cette mission en 2023. Menée par le Kenya, la MMAS n’a déployé qu’un millier d’hommes sur les 2 500 attendus. Sous-équipée et sous-financée, elle a livré des résultats mitigés.

La FRG repose sur une architecture différente. Contrairement à la MMAS, exclusivement composée de policiers, elle intègre également des militaires. Son effectif maximal est fixé à 5 500 personnels en uniforme — soit plus du double du plafond initial de la mission précédente.

Dix-huit pays se sont engagés à contribuer à la force. Des nations africaines joueront un rôle central dans ce dispositif. Le Sri Lanka et le Bangladesh y participent. Certains pays d’Amérique latine ont également exprimé leur intention de rejoindre la FRG.

Haïti sous l’emprise des gangs : une crise qui dépasse la capitale

Haïti est le pays le plus pauvre d’Amérique. Depuis plusieurs années, des bandes criminelles imposent une violence systématique à la population : meurtres, viols, pillages, enlèvements. Ces groupes armés contrôlent désormais la quasi-totalité du territoire de Port-au-Prince.

Le tournant décisif s’est produit début 2024. Sous la pression des gangs, le Premier ministre Ariel Henry a été contraint à la démission. Des autorités de transition lui ont succédé, sans parvenir à enrayer la spirale violente.

Ces douze derniers mois, les gangs ont amplifié leur expansion. Selon l’ONU, ils ont étendu leur influence au-delà de la capitale. Leur emprise territoriale s’étend sur des zones qui dépassent désormais Port-au-Prince.

Le bilan humain est accablant. Entre mars 2025 et mi-janvier 2026, plus de 5 500 personnes ont été tuées dans des violences liées aux gangs ou lors d’opérations les ciblant. Ce chiffre est issu d’un rapport publié mardi par le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.

La crise humanitaire atteint une ampleur inédite. Environ 1,4 million de personnes ont fui les violences à l’intérieur du pays, soit plus de 10 % de la population haïtienne. Parmi ces déplacés, plus de 740 000 sont des enfants. Ces données proviennent d’un récent rapport de l’Unicef.

Haïti n’a pas organisé d’élections depuis 2016. Les autorités de transition ont annoncé des scrutins législatifs et présidentiel pour l’été 2026. Leur tenue reste directement conditionnée à l’évolution de la situation sécuritaire.

Le Tchad contre les gangs haïtiens : un pays lui-même soumis à de fortes pressions

N’Djamena s’engage en Haïti alors que le Tchad traverse lui-même plusieurs crises simultanées.

La guerre au Soudan fragilise directement le pays. Les combats débordent régulièrement à l’intérieur du territoire tchadien. Depuis le 23 février, la frontière commune avec le Soudan est fermée. Le Tchad héberge par ailleurs près d’un million de réfugiés soudanais.

L’armée tchadienne est également mobilisée sur son propre sol. Dans le sud, des affrontements avec des groupes rebelles ont causé plusieurs morts à la mi-janvier. Dans la région du Lac Tchad, la menace jihadiste demeure une préoccupation constante.

Pays pauvre d’Afrique centrale, le Tchad répond néanmoins à l’appel des Nations unies. Cet engagement à l’international s’effectue malgré un contexte sécuritaire et budgétaire difficile.

Conséquences et suite attendue : renforcer la FRG, condition des élections haïtiennes

L’arrivée des 750 militaires tchadiens renforcera le dispositif opérationnel en place à Port-au-Prince. La reconquête durable du pays sur les gangs reste néanmoins un défi de grande ampleur. Ces groupes armés ont consolidé leurs positions et leurs réseaux depuis début 2024.

La FRG dispose d’atouts que la MMAS ne possédait pas : un plafond d’effectifs plus élevé, une composition mixte police-militaires, un soutien international plus structuré. La question du financement et de l’équipement reste cependant posée. Ces deux faiblesses avaient compromis l’efficacité de la mission précédente.

Les élections législatives et présidentielle annoncées pour l’été 2026 dépendent en partie de la capacité des forces de sécurité à sécuriser le territoire haïtien. L’engagement de N’Djamena s’inscrit dans un enjeu qui dépasse le maintien de l’ordre : il conditionne la transition politique d’un pays plongé dans l’instabilité depuis dix ans.

Source : Agence France-Presse

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