Mercredi, la préfecture de police d’Abidjan a retenu le porte-parole de l’opposition ivoirienne. Les autorités poursuivent Soumaïla Bredoumy pour 11 chefs d’accusation, dont des actes terroristes.
Ainsi, la procédure dépasse le simple cadre judiciaire : elle projette l’opposition dans une confrontation directe avec l’appareil sécuritaire de l’État. Le récit se tend : entre la voix politique contestataire et l’accusation la plus lourde du code pénal, l’équilibre démocratique ivoirien se trouve symboliquement mis à l’épreuve.
L’AFP, citant l’un de ses avocats, présente cette garde à vue comme un épisode où justice et politique se heurtent de plein fouet.
Soumaïla Bredoumy est député du PDCI. Et il se présente aux élections législatives prévues fin décembre, deux mois après la présidentielle.
Revenu en Côte d’Ivoire lundi après plusieurs mois d’absence, M. Bredoumy a reçu une convocation dès mardi. Il s’est présenté aujourd’hui à la préfecture de police d’Abidjan, accompagné de son avocat, Me Jean-Chrysostome Blessy, qui l’a confirmé à l’AFP.
Invoquant son immunité parlementaire, « il a fait valoir son droit à garder le silence », a-t-il dit.
Le parquet a demandé son placement en garde à vue pour des actes commis en flagrant délit, a précisé l’avocat.
La Constitution ivoirienne l’affirme clairement : un parlementaire ne peut être poursuivi ni arrêté en session sans l’autorisation de sa chambre. Et seule l’exception du flagrant délit permet de déroger à cette règle.
– Un État en quête d’équilibre –
Soumaïla Bredoumy est poursuivi pour 11 motifs. Parmi les chefs d’accusation figurent des actes terroristes, une incitation au meurtre, un complot contre l’autorité de l’État, une atteinte à la sûreté nationale et une atteinte à l’ordre public. L’avocat Jean-Chrysostome Blessy l’a confirmé.
Il doit aussi répondre à plusieurs chefs d’accusation : appels à l’insurrection, à la haine et à la xénophobie. Le dossier s’alourdit. Aux accusations initiales s’ajoutent désormais le vol, l’incendie volontaire de biens publics et privés, l’incitation à la révolte populaire, le refus d’exécuter une décision de justice et d’administration, ainsi que la dénonciation calomnieuse. L’avocat l’a précisé avec fermeté.
La garde à vue dure 48 heures. Les autorités peuvent la prolonger de 24 heures.
« C’est une violation grave de l’État de droit et du droit parlementaire. Et il n’y a pas de flagrant délit », a dénoncé Me Blessy dans une vidéo publiée sur Facebook.
Le scrutin présidentiel, remporté par Alassane Ouattara, au pouvoir depuis 2011, s’est déroulé dans le calme. Et pourtant, les autorités recensent 11 morts. Des arrestations ont aussi eu lieu sur plusieurs mois, visant notamment des personnalités politiques, selon les partis.
Plusieurs figures de l’opposition avaient été exclues du scrutin, dont l’ancien président Laurent Gbagbo. Son parti boycottera les élections législatives du 27 décembre.
Source: Agence France-Presse
















