Le Hezbollah refuse toute négociation au Liban tant qu’Israël poursuit ses opérations militaires. Le chef du groupe pro-iranien, Naïm Qassem, qualifie tout pourparler engagé sous les bombes de « capitulation ». Depuis le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué 1 094 personnes, fait plus de 3 000 blessés et contraint plus d’un million de Libanais à fuir leur domicile.
Qassem ferme la porte : négocier sous les bombes, c’est « capituler »
Le chef du Hezbollah a exprimé sa position mercredi sans ambiguïté. Dans un communiqué retransmis par la chaîne du groupe, Naïm Qassem a affirmé que toute négociation conduite « sous le feu » avec Israël revenait à une « capitulation ». Le message s’adresse directement au gouvernement libanais, qui appelle, de son côté, à des pourparlers avec l’État hébreu.
Les deux positions s’opposent frontalement. Beyrouth prône le dialogue. Le Hezbollah refuse négociation Liban sans cessez-le-feu préalable.
Qassem a aussi mis en demeure les autorités libanaises. Il leur a demandé de revenir sur leur décision de « criminaliser » l’action militaire de sa formation. Beyrouth avait interdit le groupe début mars, peu après l’entrée du Liban dans la guerre régionale le 2 mars.
Le chef de la formation pro-iranienne place ainsi les autorités libanaises face à une contradiction directe. D’un côté, le gouvernement appelle à des pourparlers avec Israël. De l’autre, la formation armée refuse tout dialogue tant que les frappes se poursuivent.
Le Hezbollah refuse toute négociation au Liban et bat son record d’attaques quotidiennes
Mercredi marque un nouveau pic dans l’intensité des combats. Le Hezbollah a revendiqué plus de 80 attaques contre des positions de l’armée israélienne et des localités situées en Israël. C’est le chiffre le plus élevé enregistré en une seule journée depuis le début de la guerre.
La formation pro-iranienne affirme avoir ciblé des troupes israéliennes dans neuf villages libanais situés à la frontière. Elle a aussi revendiqué des frappes contre des localités du nord d’Israël, dont Kiryat Shmona. Les autorités israéliennes n’ont signalé aucune victime dans l’ensemble de ces attaques.
Ce niveau d’activité opérationnelle intervient alors même que le gouvernement libanais cherche une issue diplomatique et que le Hezbollah refuse toute discussion sous les bombes.
Le Hezbollah refuse toute négociation au Liban : Israël avance et vise le Litani
Benjamin Netanyahu a confirmé mercredi soir les ambitions militaires israéliennes. Dans une vidéo diffusée par son bureau, le Premier ministre a annoncé qu’Israël élargissait sa « zone tampon » au Liban. Objectif affiché : « éloigner la menace des missiles » du Hezbollah. « Nous sommes résolus à transformer en profondeur la situation », a-t-il affirmé.
La veille, le ministre de la Défense Israël Katz avait précisé les contours de la manœuvre en cours. Les forces israéliennes « manœuvraient à l’intérieur du territoire libanais pour s’emparer d’une ligne de défense avancée » jusqu’au fleuve Litani, situé à environ 30 kilomètres de la frontière israélo-libanaise.
L’aviation israélienne a frappé la banlieue sud de Beyrouth dans la nuit de mardi à mercredi. Israël avait ordonné mardi aux habitants de sept quartiers de cette banlieue d’évacuer en prévision d’actions militaires. La zone est considérée par Israël comme un bastion du Hezbollah.
Un correspondant de l’AFP a observé sur place une rue jonchée de débris, de morceaux de ciment et de métal tordu. Un appartement présentait des dommages visibles à la suite de la frappe.
Depuis le 2 mars, la banlieue sud de Beyrouth est pilonnée de façon répétée. La majorité de ses habitants a fui. L’armée israélienne a affirmé avoir visé « un centre de commandement » du Hezbollah dans ce secteur, ainsi que des stations essence de l’entreprise Al-Amana, qu’elle présente comme appartenant au groupe et le finançant. Elle a également annoncé avoir « démantelé des centres de commandement du Hezbollah », un dépôt d’armes, et tué plusieurs combattants lors de son opération terrestre dans le sud du Liban, sans préciser leur nombre.
1 094 morts, 42 soignants tués : le bilan s’alourdit
Le ministère libanais de la Santé a publié mercredi un nouveau bilan des frappes israéliennes depuis le 2 mars. Elles ont tué 1 094 personnes, dont 121 enfants. Plus de 3 000 personnes ont été blessées. Plus d’un million de Libanais ont été contraints de quitter leur domicile.
Les frappes israéliennes ont tué huit personnes mercredi dans le sud du Liban. À Nabatiyeh, une frappe israélienne a tué mardi deux secouristes en uniforme qui circulaient à scooter.Leur mort porte à 42 le nombre de soignants libanais tués par Israël depuis le début du conflit.
Le ministère a dénoncé dans un communiqué « une obstruction délibérée des opérations de sauvetage et une violation flagrante du droit international humanitaire. »
L’ONU tire la sonnette d’alarme : « le modèle de Gaza ne doit pas être reproduit »
L’appel de l’ONU intervient alors que le Hezbollah revendique un record d’attaques et qu’Israël poursuit son avancée en territoire libanais. Le secrétaire général des Nations unies a interpellé mercredi les deux belligérants. António Guterres a exigé l’arrêt des hostilités des deux côtés.
« Le Hezbollah doit cesser de lancer des attaques contre Israël. Et Israël doit cesser ses opérations militaires et ses frappes contre le Liban, où les civils sont le plus touchés », a-t-il déclaré.
Guterres a formulé une mise en garde explicite. « Le modèle de Gaza ne doit pas être reproduit au Liban », a-t-il insisté. Cette formule traduit l’inquiétude de l’organisation internationale face à l’ampleur des destructions et au nombre de victimes civiles.
À Tyr, 20 000 personnes dans le dernier quartier épargné
Dans la ville millénaire de Tyr, à une vingtaine de kilomètres de la frontière israélienne, la pression humanitaire est extrême. Environ 20 000 personnes s’entassent dans la cité, dont quelque 15 000 déplacés venus des villages environnants. Elles se concentrent dans le quartier chrétien — le seul encore épargné par les frappes — et dans quelques écoles.
La ville est désormais très isolée. Ceux qui y sont restés ont fait le choix de rester sur leur terre malgré les combats qui les encerclent.
Parmi eux, Khalil traduit l’attachement des habitants à leur territoire : « Nous n’abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici. »
Source : Agence France-Presse
















