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Enfants des rues à Kinshasa : dans la mégapole congolaise, des ONG luttent pour reconstruire l’avenir des shégués

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Trans Afrique

Les enfants des rues à Kinshasa sont plusieurs milliers à survivre dans les artères de la capitale de la République démocratique du Congo. Abandonnés, accusés de sorcellerie, exposés à la violence et à la drogue, les « shégués » peuplent les ronds-points et les communes populaires de la mégapole. Deux associations s’efforcent de leur redonner une chance.

Enfants des rues à Kinshasa : des milliers de shégués dans la mégapole

Dans la cour d’un vieil entrepôt de la capitale congolaise, des enfants errent parmi des carcasses de voitures rouillées. Ils sont les « shégués », terme qui désigne les enfants des rues à Kinshasa. Plusieurs milliers d’entre eux survivent dans la ville, mégapole de près de 17 millions d’habitants.

Certains ont été abandonnés par leurs parents. D’autres ont fui la misère de leur foyer familial. Tous se débrouillent entre mendicité et petits trafics, aux ronds-points et le long des grandes artères de la ville.

Depuis plus de onze ans, Georges Kabongo organise des maraudes pour l’ONG Œuvre de reclassement et de protection des enfants de la rue, l’ORPER. Chaque jour, ses équipes sillonnent les quartiers pauvres de la capitale. Elles soignent les blessés, distribuent de la nourriture et orientent les plus vulnérables vers des structures d’accueil.

« L’hémorragie est profonde, nous rencontrons de nouveaux cas tous les jours », dit Georges Kabongo avec tristesse.

Violences, drogue, grossesses : le quotidien brutal des shégués

La réalité que rencontrent ces équipes mobiles est d’une brutalité ordinaire. Dans le quartier de Limete, commune populaire de l’est de Kinshasa, un infirmier de l’ORPER désinfecte une longue entaille dans le bras d’un jeune garçon. Ses jambes sont aussi éraflées.

« Les autres l’ont coupé avec une lame de rasoir. Ils font ça avec les nouveaux », explique Willie Masalé, en blouse blanche. À l’arrière d’un pick-up, une jeune fille gît dans le coma. À côté d’elle, une adolescente de 13 ans dissimule sa grossesse sous un gros sweater sale.

Dans ce quartier, la violence, la drogue et la prostitution structurent le quotidien des shégués. Les filles subissent régulièrement des viols. « Nous les sensibilisons sur les risques d’infections et de contamination au VIH« , souligne Georges Kabongo.

Chaque année, l’équipe mobile dit aider plus de 800 mineurs dans les rues. Parmi eux se trouvent de très jeunes enfants.

Une fillette de 11 ans s’avance vers les équipes, pieds nus. Son corps porte de nombreuses cicatrices. « C’est ma famille qui m’a versé de l’huile brûlante », raconte-t-elle. Elle a quitté son foyer il y a deux ans, accompagnée de ses deux grandes sœurs. L’équipe de l’ORPER tente de la convaincre de rejoindre un des foyers de l’association, où elle pourrait être logée et nourrie.

Pauvreté extrême et faux pasteurs : les racines d’un phénomène ancré

Derrière le phénomène des shégués, une pauvreté structurelle écrasante. En RDC, près de 75 % de la population vit avec moins de trois dollars par jour, selon la Banque mondiale. Kinshasa concentre cette misère dans ses communes les plus densément peuplées.

Beaucoup de ces enfants ont été accusés d’être des « enfants sorciers » par leur propre famille. Ces accusations visent souvent des foyers démunis, qui cherchent un exutoire à leur détresse. « C’est un prétexte pour se débarrasser d’eux », dénonce Georges Kabongo.

Dans la capitale congolaise, les églises évangéliques se multiplient. Des faux pasteurs proposent d' »exorciser » ces enfants, contre rémunération. Les pratiques qui en résultent sont parfois extrêmes. « Certains vont jusqu’à les séquestrer, les priver de nourriture et les soumettre à des pratiques insupportables », dénonce l’éducateur.

Ce contexte de misère et d’exploitation des croyances alimente chaque jour le flux de nouveaux shégués dans les rues. La famille, censée protéger, devient parfois le premier danger pour ces enfants.

« L’hémorragie est profonde » : les éducateurs face à l’urgence quotidienne

Face à l’ampleur du phénomène, les équipes de l’ORPER ne ralentissent pas. Les maraudes sont quotidiennes. Les soins sont dispensés à même les rues, parfois à l’arrière d’un 4×4.

Georges Kabongo ne cache pas son épuisement moral. Pour lui, l’accusation de sorcellerie est avant tout sociale et économique. Des familles à bout de ressources cherchent un bouc émissaire. L’enfant paie le prix de cette détresse collective.

Daniel illustre cette trajectoire. Âgé de 17 ans, il a d’abord été abandonné par sa mère, puis par sa grand-mère. Il a alors rejoint une bande de shégués, où la violence était la règle.

« Là-bas, il faut être brutal comme eux. On te frappe tous les jours et tu dois voler pour manger. Je regrette beaucoup de choses que j’ai faites », confie l’adolescent. Il dit ne plus avoir de nouvelles de sa famille.

La nuit, les souvenirs reviennent. « Je pleure souvent la nuit quand je repense au passé », souffle le jeune homme. Avant la rue, il rêvait de faire carrière comme chanteur d’église. Aujourd’hui, il aspire à une « vie stable ».

Enfants des rues à Kinshasa : les ONG misent sur la formation malgré la crise des financements

Une seconde association prend le relais là où l’urgence médicale laisse place à la reconstruction. L’Œuvre de suivi, d’éducation et de protection des enfants de la rue, l’OSEPER, mise sur la formation professionnelle pour « redonner espoir » à ces jeunes rejetés par la société.

Dans un centre de formation, une centaine de jeunes apprennent un métier. La menuiserie, la couture et la boulangerie figurent parmi les filières proposées. Des cours d’alphabétisation sont aussi dispensés pour les plus jeunes.

« À votre sortie, vous pourrez devenir des entrepreneurs », affirme un professeur de français face à ses élèves. L’ambition est claire : transformer des enfants de la rue en adultes capables de subvenir à leurs besoins.

Christophe Moké, éducateur à l’OSEPER, résume l’objectif de l’association. « À leur majorité, ils pourront travailler et être autonomes. L’objectif est que ces enfants se réinsèrent et deviennent utiles à la société. »

Daniel fait partie de ces jeunes en formation. Chaque matin, il façonne des pâtons dans la cuisine du centre. La boulangerie lui offre une routine, une structure, un horizon.

« Les ONG font le travail des parents et de l’État », résume Désirée Dila, un des encadrants du centre. Cette phrase dit beaucoup de la défaillance des institutions face à la détresse de ces mineurs.

Faute de subventions publiques, l’OSEPER dépend de dons privés et de partenaires extérieurs. Parmi eux figure la fondation française Apprentis d’Auteuil. Les équipes expriment leur inquiétude face à une réduction des financements dans un contexte global de contraction de l’aide humanitaire.

L’avenir de ces programmes reste fragile. Les besoins, eux, ne fléchissent pas. Chaque jour, de nouveaux enfants arrivent dans les rues de la capitale congolaise.

Source : Agence France-Presse

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