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Cuba ouvre les investissements à la diaspora dans les banques, l’agriculture et les infrastructures

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Cuba ouvre investissements diaspora à des secteurs stratégiques jusqu’ici fermés. La Havane a annoncé lundi que les Cubains résidant à l’étranger, notamment aux États-Unis, pourront désormais détenir des entreprises et investir sur l’île. Cette décision intervient dans un contexte de crise énergétique profonde et de pourparlers actifs avec Washington.

 – Cuba annonce l’ouverture aux investisseurs de la diaspora

Le gouvernement cubain a annoncé lundi une mesure inédite : les membres de la diaspora cubaine résidant à l’étranger pourront investir sur l’île et y détenir des entreprises dans de nombreux secteurs. L’annonce a été faite par Oscar Perez-Oliva Fraga, ministre du Commerce extérieur et de l’investissement étranger.

Dans un entretien accordé à la chaîne américaine NBC, le ministre a posé les bases de cette ouverture. « Cuba est disposée à avoir une relation commerciale fluide avec les entreprises américaines », a-t-il déclaré, ajoutant que cette disposition s’applique également « aux Cubains résidant aux États-Unis et leurs descendants ».

Plus tard dans la journée, lors d’une interview diffusée à la télévision cubaine, le ministre a précisé les modalités. Les membres de la diaspora pourront choisir entre détenir leurs propres entreprises ou nouer des partenariats avec des acteurs publics ou privés déjà établis dans le pays.

– Des secteurs clés ouverts : banques, agriculture, infrastructures

Cuba ouvre investissements diaspora à des domaines précis. Perez-Oliva Fraga a cité les banques d’investissement, l’utilisation de terres agricoles en usufruit, le tourisme et les mines. Il a également évoqué des investissements d’envergure dans les infrastructures, en particulier le réseau électrique vieillissant de l’île.

Ces investissements vont « au-delà de la sphère commerciale », a précisé le ministre. « Cela s’applique à des investissements, pas seulement des petits investissements, mais également à d’importants investissements, en particulier dans les infrastructures », a-t-il ajouté.

Perez-Oliva Fraga a néanmoins rappelé un obstacle de taille. L’embargo américain, en vigueur depuis 1962, reste un frein aux relations commerciales entre Cuba et les entreprises établies aux États-Unis.

– Une économie paralysée par la crise énergétique

L’annonce intervient dans un contexte de crise grave et prolongée. L’économie de l’île est fragilisée depuis plus de six ans. Un blocus énergétique imposé par Washington aggrave encore la situation.

Lundi, Cuba a subi une nouvelle panne électrique générale. C’est la sixième en moins d’un an et demi. Aucun pétrolier n’est arrivé sur l’île depuis plus de deux mois.

Cette rupture d’approvisionnement découle directement de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces américaines en janvier. Caracas envoyait auparavant du pétrole à son allié cubain. Donald Trump menace désormais de représailles tout pays qui livrerait du pétrole à l’île des Caraïbes.

Sur le plan économique interne, Cuba a amorcé une ouverture au secteur privé sous la pression de la crise. Autorisées il y a cinq ans, 10 000 petites et moyennes entreprises ont représenté 15 % du PIB et 30 % de la population active en 2025. Début mars, le gouvernement a également autorisé pour la première fois des entreprises mixtes entre entités étatiques et acteurs privés. Jusque-là, seules existaient des coentreprises entre l’État cubain et des sociétés étrangères non américaines.

Avant ces réformes, 80 % de l’économie de l’île reposait encore sur un système planifié et centralisé, fondé sur des entreprises d’État.

 – Cuba ouvre investissements diaspora dans le cadre de négociations avec Washington

Depuis la mi-janvier, Donald Trump affirme que des pourparlers sont en cours entre les deux pays. Cuba a fini par reconnaître ces contacts vendredi dernier, après plusieurs semaines de déni.

Selon le New York Times, citant quatre personnes proches des réunions, l’administration Trump pousse pour que le président cubain Miguel Diaz-Canel quitte le pouvoir. Cette information circule au moment où Trump a déclaré depuis le Bureau ovale vouloir « prendre » Cuba « d’une manière ou d’une autre ». Il a également dit vouloir « libérer » l’île lors d’un échange avec des journalistes à la Maison Blanche.

L’économiste Pedro Monreal, sur la plateforme X, nuance la portée de l’annonce de La Havane. L’ouverture aux investissements de la diaspora « laisse penser que cette mesure vise à préparer des négociations avec les États-Unis sur les investissements américains à Cuba, plutôt que de stimuler la participation économique des émigrés », estime-t-il.

– Réactions : la diaspora de Miami reste sceptique

À Miami, où se concentre la plus grande communauté de Cubains exilés, l’annonce ne suscite guère l’enthousiasme.

Conchis Reyes, 60 ans, née à Cuba, est catégorique. « Je ne crois pas que nous, les Cubains, ni ceux de la diaspora de Miami ni ceux d’aucune communauté à travers le monde, allons investir un centime dans une Cuba opprimée par un régime qui nous a dépouillés de tout », dit-elle.

Ramon Fernandez, autre natif de Cuba, pose ses conditions sans ambiguïté. « Oui, nous voulons investir là-bas, mais quand il y aura un changement économique et un changement politique », déclare-t-il à l’AFP.

Ces réactions reflètent la méfiance profonde d’une communauté marquée par des décennies d’expropriation et de rupture. Les promesses économiques de La Havane n’effacent pas, pour beaucoup, la réalité politique du régime en place.

– Conséquences : une ouverture sous haute tension diplomatique

L’annonce de La Havane s’inscrit dans une séquence diplomatique tendue. Cuba ouvre investissements diaspora au moment précis où Washington durcit sa posture et exige des changements politiques à La Havane.

La question énergétique reste la plus urgente. Les pannes électriques à répétition et l’absence de pétrole depuis plus de deux mois fragilisent l’ensemble de l’appareil productif cubain. L’ouverture aux investissements dans les infrastructures énergétiques constitue une réponse directe à cette urgence.

Mais pour une large partie de la diaspora, les conditions politiques priment sur les signaux économiques. Tant que le régime de Diaz-Canel demeure au pouvoir, les engagements de La Havane risquent de ne pas suffire à mobiliser les capitaux attendus.

Les prochaines semaines de négociations entre Cuba et Washington permettront de mesurer la portée réelle de cette ouverture annoncée.

Source : Agence France-Presse

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