Il y a 12 ans mourait Lapiro de Mbanga, aux États-Unis d’Amérique, le chanteur et guitariste qui a marqué son temps et les générations entières.
Il est des artistes qui marquent leur époque. Lapiro de Mbanga alias « Dinga man » en fait partie. Le 16 mars 2014, il rangeait sa guitare à Buffalo, aux États-Unis. De son vrai nom Sandjo Lambo Pierre Roger est né en 1957 à Mbanga dans le département du Moungo, région du Littoral. Artiste engagé, il a marqué l’histoire par son combat pour la justice sociale et la liberté d’expression.
Dès 1978, il se lance dans la chanson au Nigeria avant de connaître un immense succès au Cameroun dans les années 1980. Avec un style unique—voix rocailleuse, guitare en main, jean usé et chant en pidgin. Il devient le porte-parole des laissés-pour-compte, qu’il surnomme affectueusement ses « complices ».
Trois ans de prison
Lapiro ne se contente pas de chanter. Il s’illustre lors des « villes mortes » de 1991, une grève générale initiée pour exiger des réformes démocratiques.
Accusé d’avoir participé aux émeutes, assorties, de pillages, en février 2008, contre le pouvoir, Lapiro de Mbanga écope de trois années de prison. Il est dans un premier temps conduit à la prison de Nkongsamba puis à la prison centrale de Douala. A sa sortie de prison, il s’exile aux États-Unis en 2012.
Dans les années 1980, celui qui avait amorcé sa carrière au Nigeria en 1978 est extrêmement populaire au Cameroun. « J’aime bouger, les émotions fortes, les aventures, j’ai horreur de la monotonie », avait-il déclaré à des confrères. A l’occasion de la sortie de son album « Ndinga Man contre-attaque : na wou go pay ? ». En 1994, paru sur le label français Indigo, le septième de sa carrière qui en compte une dizaine.
Frondeur, fonceur et bouillonnant
Frondeur, fonceur et bouillonnant, Lapiro de Mbanga était reconnu pour sa grande gueule. Celui qui connut une vie très agitée fut un héros de l’opposition camerounaise. Tant ses paroles, chantées en français et dans un mélange d’anglais et de langues locales, s’attaquaient aux politiciens véreux. Aussi dénonçaient-elles les travers de la société et s’attaquent frontalement au régime en place.
Son single « Constitution constipée » est d’ailleurs censuré sur les ondes. « Je suis un contestataire. J’informe, je dénonce, je crie. Je tire les sonnettes d’alarme, martelait le musicien. Je suis issu d’un continent pillé, qui se meurt et sans avenir. »
« Comment pourrais-je me contenter de faire seulement danser les gens, sans leur rappeler leurs responsabilités, sans leur dire qu’il y a un combat à mener pour sortir de la misère. Je me sentirais vraiment mal à l’aise à chanter la gaieté, l’amour, la légèreté. Dans mon pays, la réalité n’a rien à voir avec tout cela», affirmait l’artiste.
« Je parle de choses très dures, alors j’essaie de compenser. Je fais une musique vivante et dansante. C’est ma façon de dire que la vie n’est pas seulement misérable et qu’il faut toujours garder l’espoir », disait Lapiro de Mbanga.















