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Soudan : La guerre des drones frappe les civils

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Au Soudan, les affrontements entre l’armée et les paramilitaires se traduisent par une intensification des frappes de drones, touchant durement les populations civiles. Marchés, écoles et hôpitaux sont visés, faisant des centaines de morts et plongeant les habitants dans une peur permanente.

Au Kordofan, région du Soudan en guerre, le commerçant Hamed Hamidan, 53 ans, vit désormais les yeux constamment rivés vers le ciel. « Les drones ne quittent jamais la ville, et la peur reste constante », confie-t-il dans un message écrit depuis Dilling. Cette ville du Sud-Kordofan est contrôlée par l’armée et subit depuis plusieurs mois les attaques répétées des Forces de soutien rapide.

Sourds aux appels répétés des Nations unies à épargner les civils, les deux camps s’affrontent depuis plusieurs mois dans une guerre de drones pour provoquer le maximum de dégâts en épargnant leurs troupes au sol, dans l’espoir d’obtenir un avantage décisif sur le terrain. Avec des morts par dizaines dans les hôpitaux, les écoles ou les marchés.

Plus de 500 civils tué en dix semaines

« L’impact dévastateur d’armes de haute technologie et relativement bon marché dans des zones peuplées » a tué plus de 500 civils en dix semaines, entre début janvier et mi-mars, selon un bilan publié la semaine dernière par l’ONU, avant de nouvelles frappes qui ont fait, depuis, plus d’une centaine de morts.

« Dès que le drone apparaît, nous attrapons nos marchandises et les clients disparaissent. Tout le monde court pour se sauver », raconte Hamed Hamidan. A El-Obeid, la capitale régionale du Nord-Kordofan que les FSR s’efforcent aussi de prendre depuis des mois, Othman Abdel Karim, un fonctionnaire de 46 ans assure qu’il peut désormais distinguer les différents types de drones.

« Nous avons appris à les reconnaître, drones suicides ou drones stratégiques », dit-il à l’AFP. Les premiers, bon marché et de petite taille, sont parfois assemblés de façon artisanale, certains sont à peine plus grands qu’un appareil photo. On les appelle « kamikazes » car ils explosent à l’impact.

Les « stratégiques », bien plus coûteux, peuvent avoir une portée de plusieurs centaines de kilomètres et transporter de lourdes charges avant de revenir à leur base. Approvisionné par ses alliés émiratis, l’arsenal des FSR comprend des drones chinois. L’armée, de son côté, dispose de drones turcs et iraniens.

Quel que soit l’engin, chaque frappe sème le chaos

Les Emirats, comme d’autres pays accusés de nourrir un conflit par procuration au nom de leurs intérêts propres – Egypte, Arabie saoudite, Iran, Russie, entre autres – ont toujours nié toute ingérence. Quel que soit l’engin, chaque frappe sème le chaos.

« Lorsque ces drones frappent un site – marché, école ou hôpital -, l’impact va au-delà des victimes immédiates », explique Grace Wairima Ndungu, de Mercy Corps, l’une des rares organisations humanitaires encore actives au Kordofan. « Les familles perdent l’accès à la nourriture », souligne-t-elle.

Lorsque les commerçants fuient vers des zones plus sûres, les prix grimpent dans des villes déjà menacées par la famine. Dans ces conditions, l’accès à l’aide humanitaire devient encore plus difficile pour des populations déjà fragilisées par le conflit. Longtemps épargné par les attaques aériennes, le village de Shukeiri a été à son tour touché le mois dernier.

Situé à l’ouest d’Al-Dueim, dans l’État du Nil Blanc, ce village est contrôlé par l’armée, à l’est du Kordofan. « Nous pensions que la guerre s’était éloignée de nous », relate Hachim al-Saleh, encore sous le choc. « Jusqu’à ce que ce drone frappe ».

Cinq membres de sa famille élargie ont été tués, dont deux enfants, dans la frappe qui a touché le lycée du village et une clinique, tuant au moins 17 civils, selon l’ONU. Et « maintenant, nous craignons chaque jour qu’un autre drone arrive », ajoute-t-il.

L’une de ces frappes a blessé sept étudiants

L’État du Nil Blanc, notamment la grande ville de Kosti, a connu ce mois-ci des frappes sporadiques aux conséquences importantes. L’une de ces frappes a blessé sept étudiants dans un dortoir universitaire, tandis qu’une autre a touché la centrale d’Um Dabakir. Cette attaque contre la centrale électrique a provoqué de vastes coupures de courant, affectant durablement les populations locales déjà fragilisées.

À plus de 700 kilomètres à l’ouest, en territoire contrôlé par les FSR, une frappe attribuée à l’armée a visé El-Daein. L’attaque a éventré l’hôpital universitaire de cette ville du Darfour-Est, faisant 70 morts et 146 blessés le 20 mars dernier. L’agriculteur Mohamed Sayer, 63 ans, ne s’était pas encore remis d’une précédente frappe meurtrière survenue récemment dans cette même localité.

Cette attaque antérieure avait déclenché un violent incendie sur le marché de la ville, causant d’importants dégâts et de nombreuses pertes. « J’étais tout près, j’ai vu les morts et les corps brûlés », dit-il à l’AFP via une connexion internet par satellite. Selon lui, « les drones sont un problème parce qu’ils frappent sans avertissement ».

© Agence France-Presse

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