Le renouvellement institutionnel au Cameroun prend une tournure historique le 17 mars 2026. En l’espace de quelques heures, les deux chambres du Parlement camerounais se dotent chacune d’un nouveau président. Une double rupture qui clôt des décennies de continuité à la tête des institutions parlementaires du pays.
Le Sénat camerounais élit Aboubakary Abdoulaye à l’unanimité
Le Sénat camerounais a élu mardi Aboubakary Abdoulaye à sa présidence. Le vote s’est tenu à l’unanimité des membres présents. Âgé de 64 ans, cet élu de la région du Nord occupait jusqu’alors la fonction de premier vice-président du Sénat.
Il succède à Marcel Niat Njifenji, 91 ans. Njifenji présidait la chambre haute depuis sa création en 2013, soit depuis le premier jour d’existence de l’institution. Son mandat couvre treize années d’histoire du Sénat camerounais.
Depuis deux ans, Njifenji apparaissait moins en public en raison de problèmes de santé. Cette mise en retrait durait depuis lors. Pour l’analyste Stéphane Akoa, cette situation rendait le renouvellement attendu depuis longtemps. Aboubakary Abdoulaye prend désormais la direction d’une chambre qui n’avait jamais connu qu’un seul président.
Aboubakary Abdoulaye appartient au Rassemblement démocratique du peuple camerounais, le RDPC. Ce parti est celui du chef de l’État Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Le RDPC domine largement la composition du Sénat. L’unanimité du vote traduit cet état de la chambre haute, où le parti présidentiel est largement majoritaire.
Un renouvellement institutionnel au Cameroun qui touche aussi l’Assemblée nationale
La même journée du 17 mars 2026 a vu un second changement de premier plan. L’Assemblée nationale a remplacé son président quelques heures avant l’élection sénatoriale. Cavaye Yéguié Djibril, 86 ans, quitte la tête de la chambre basse. Il y occupait la fonction depuis 34 ans.
Théodore Datouo lui succède à la présidence de l’Assemblée nationale. Ce député de 66 ans est originaire de la région de l’Ouest. Il appartient lui aussi à la majorité présidentielle.
Sa désignation suit la même logique que celle d’Aboubakary Abdoulaye au Sénat. Un profil plus jeune, issu du même camp politique, prend la succession d’un dirigeant installé depuis des décennies. Dans les deux chambres, la transition s’opère sans alternance de parti.
Ces deux élections s’inscrivent dans ce que l’AFP désigne comme un mouvement de recomposition des institutions camerounaises. Elles se sont succédé à quelques heures d’intervalle le même mardi. En l’espace d’une seule journée, les deux chambres du Parlement ont changé de présidents. Leur conjonction constitue un double renouvellement institutionnel au Cameroun sans équivalent depuis la création du Sénat en 2013.
Un cadre politique marqué par des décennies de continuité
Pour mesurer la portée de ce double changement, il faut revenir sur les durées de mandat concernées. Marcel Niat Njifenji présidait le Sénat depuis son inauguration, il y a treize ans. Cavaye Yéguié Djibril dirigeait l’Assemblée nationale depuis 1992, soit depuis 34 ans.
Ces durées de fonctions sont exceptionnelles. Elles s’inscrivent dans un paysage institutionnel camerounais marqué par une forte continuité aux postes de direction. Paul Biya dirige le Cameroun depuis 1982, soit depuis plus de quarante ans.
Le RDPC contrôle durablement les deux chambres du Parlement. Les rotations aux postes de direction y restent rares. Dans ce contexte, le renouvellement institutionnel au Cameroun de ce 17 mars constitue une rupture visible avec la tradition de permanence des visages à la tête des assemblées. Cette tradition tenait depuis la création du Sénat en 2013 et, pour l’Assemblée nationale, depuis 1992.
À la tête des deux chambres, des visages nouveaux remplacent des dirigeants historiques. La formation politique qui les a désignés reste, elle, identique. Ce changement de personnels s’inscrit dans un cadre de stabilité partisane continue.
Stéphane Akoa : un « coup de tonnerre » nuancé par l’analyse
L’analyste politique Stéphane Akoa a qualifié l’événement de « coup de tonnerre » pour la population camerounaise. Selon lui, cette population attendait depuis longtemps un renouvellement à la tête des deux institutions parlementaires. Il souligne un sentiment d’attente qu’il décrit comme ancien et réel.
Mais Akoa a aussitôt nuancé ce constat. « Même si l’on peut raisonnablement discuter du fait de savoir si un simple remplacement de personnes va provoquer un grand changement, voire un bouleversement dans le fonctionnement des institutions », a-t-il déclaré à l’AFP mardi.
Cette réserve est centrale dans son analyse. L’analyste sépare l’impact symbolique du changement de ses effets potentiels sur le fonctionnement réel des assemblées. Les deux nouvelles présidences émanent du même parti que les précédentes. Un changement de personnes ne modifie pas mécaniquement les règles d’organisation des chambres : c’est le cœur de la réserve exprimée.
Pour Stéphane Akoa, cette double élection répond à une attente populaire sur le plan des symboles. La dimension fonctionnelle du changement reste, selon lui, une question entière. L’avenir dira si le renouvellement des personnes entraîne celui des pratiques.
Renouvellement institutionnel au Cameroun : un signal à confirmer dans les faits
Les deux nouvelles présidences s’installent dans un Parlement chargé d’attentes. La population camerounaise espérait, selon Stéphane Akoa, ce changement depuis longtemps. Cette attente, qu’il décrit comme ancienne et réelle, reste pour l’instant sans réponse certaine sur le fond. La question reste ouverte : un renouvellement des personnes peut-il produire un renouvellement des pratiques institutionnelles ?
Aboubakary Abdoulaye connaît le Sénat de l’intérieur. Son mandat de premier vice-président lui a permis d’en suivre le fonctionnement au quotidien. Son élection à l’unanimité indique un consensus solide au sein du RDPC autour de sa candidature.
Théodore Datouo prend la tête d’une Assemblée nationale qui n’a connu qu’un seul président depuis 34 ans. Sa nomination à 66 ans représente un rajeunissement marqué par rapport à Cavaye Yéguié Djibril, 86 ans au moment de son départ. Le même écart d’âge se retrouve au Sénat : Njifenji avait 91 ans, Abdoulaye en a 64.
Ce rajeunissement constitue l’un des marqueurs concrets de ce basculement. Il ne garantit pas pour autant une transformation de fond des pratiques parlementaires. Les deux hommes appartiennent tous deux au RDPC.
Ces deux nouveaux présidents dirigent désormais les deux chambres du Parlement camerounais. Tous deux appartiennent à la même formation politique au pouvoir depuis des décennies. La portée réelle de ce renouvellement institutionnel au Cameroun se mesurera dans les mois qui viennent.
Source : Agence France-Presse
















