Le président Paul Biya a reçu mardi à Yaoundé le rapport d’une commission de chercheurs français et camerounais sur le rôle de la France pendant la colonisation et après l’indépendance du Cameroun, un pan d’histoire sanglant et longtemps resté « tabou ».
« Vous avez accompli un travail de recherche très remarquable et de conciliation mémorielle d’une grande portée symbolique pour restituer l’authenticité des faits et des récits afin de faire émerger la vérité », a félicité Paul Biya au cours d’une cérémonie officielle de restitution du rapport au palais présidentiel de Yaoundé.
Ce « rapport scientifique » fournit « une analyse historique et historiographique du rôle de la France au Cameroun » sur la période de 1945 à 1971, décrit Karine Ramondy, historienne et co-présidente de la commission mixte franco-camerounaise à l’origine du document.
« Notre objectif était de briser un tabou vieux de plusieurs dizaines d’années pour que la relation entre la France et le Cameroun puisse connaître de nouveaux développements », a expliqué dans son discours le président Paul Biya évoquant une « décision commune » prise entre les deux pays.
Un rapport sur la colonisation française au Cameroun remis à Macron
Ce « travail de thérapie collective » amènera « les peuples à mieux s’accepter et à s’assumer pleinement dans leur relation », considère le président Biya qui annonce « l’élévation de nouveaux lieux de mémoire et l’adoption de nouveaux programmes d’enseignements » liés au rapport.
Sa restitution a eu lieu en présence d’une délégation française, emmenée par le ministre délégué français chargé de la Francophonie, Thani Mohamed Soilihi.
Le rapport de 1.000 pages est dès aujourd’hui « accessible en accès libre et gratuit sur un site dédié et sécurisé », annonce Karine Ramondy.
Mardi dernier, lors d’une première cérémonie de remise du rapport au palais de l’Elysée à Paris, Emmanuel Macron avait salué le « travail scientifique mené par les chercheurs, tout comme le caractère inédit de cette première commission mixte ». Il avait également rappelé « son attachement à la poursuite du travail de mémoire et de vérité initié avec le Cameroun », d’après un communiqué de la présidence française.
La commission composée de sept chercheurs camerounais et sept chercheurs français a été initiée lors d’une visite du président français au Cameroun en juillet 2022.
« Conformément à l’engagement pris à Yaoundé en juillet 2022, les archives françaises ont été rendues entièrement accessibles aux chercheurs de la Commission, afin de faire la lumière sur les événements de la période de l’indépendance camerounaise », avait souligné l’Elysée.
« 2.300 archives ont été déclassifiéeS pour notre travail et seront par la suite mises à la disposition des chercheurs qui souhaiteront y avoir accès », a assuré à l’AFP Lancelot Arzel, un historien membre de la commission.
Après la commission Duclert sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda (2021), la Commission mixte franco-camerounaise s’inscrit à son tour dans la politique mémorielle du président français, au cœur de la « nouvelle » relation qu’il prône avec l’Afrique.
Avant l’indépendance du Cameroun francophone en 1960, les autorités françaises ont réprimé dans le sang les « maquis » de l’UPC (Union des populations du Cameroun), un parti nationaliste engagé dans la lutte armée.
Plusieurs dizaines de milliers de militants pro-UPC, dont le leader indépendantiste Ruben Um Nyobè, ont été massacrés d’abord par l’armée française, puis après l’indépendance par l’armée camerounaise du régime d’Ahmadou Ahidjo.
Source: Agence France-Presse
















