L’assassinat mi-octobre par l’armée israélienne du chef du Hamas Yahya Sinouar a relancé les spéculations sur la future gouvernance de la bande de Gaza, où la guerre se poursuit entre Israël et le mouvement islamiste au pouvoir dans le territoire palestinien depuis 2007.
Les Palestiniens rappellent depuis des mois que l’avenir du territoire leur appartient et qu’ils ne toléreront aucune ingérence étrangère, alors même que plusieurs acteurs internationaux sont évoqués pour participer à l’après-guerre à Gaza.
. Quel est le plan d’Israël?
Israël, qui exclut une présence du mouvement islamiste au pouvoir, assure ne pas vouloir administrer Gaza.
Mais certaines personnalités d’extrême-droite, y compris des membres du gouvernement, suggèrent un retour des colons israéliens après leur départ en 2005.
Pour l’heure, l’armée compte rester « autant de temps qu’il le faudra » pour parvenir à « une solution sécuritaire », selon une source sécuritaire israélienne à l’AFP.
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Celle-ci souligne que « le but maintenant n’est pas de contrôler Gaza ».
Plusieurs médias israéliens ont évoqué la participation d’une force internationale, sans préciser s’il s’agirait d’une aide financière pour la reconstruction (estimée à des dizaines de milliards d’euros) ou le déploiement de militaires.
Parmi les interlocuteurs mentionnés: l’Arabie saoudite, l’Egypte, les Emirats arabes unis, les Etats-Unis ou encore l’Union européenne. Les contreparties offertes en échange de leur aide restent floues.
. Quelle place pour les Palestiniens?
Depuis la Cisjordanie occupée, l’Autorité palestinienne (AP) de Mahmoud Abbas tente de rester présente dans la bande de Gaza, notamment via les municipalités où travaillent encore ses fonctionnaires.
Un responsable du Hamas a indiqué à l’AFP que le mouvement était prêt à soutenir à la fin de la guerre un gouvernement de technocrates palestiniens auquel il ne participerait pas, mais demande à être consulté par l’Autorité palestinienne pour la nomination du gouvernement.
Les principaux mouvements politiques palestiniens poursuivent des échanges entamés avant le début de la guerre il y a un an pour réunifier leur direction politique, divisée depuis l’éviction du Fatah, le parti du président Abbas, de Gaza après un an d’affrontements en 2007.
Mahmoud Abbas a réaffirmé récemment que Gaza faisait partie intégrante de l’Etat palestinien et était sous sa responsabilité, rejetant toute mesure qui mènerait à la séparation de Gaza et de la Cisjordanie.
« L’Autorité ne pourra pas fonctionner dans la bande de Gaza sans le Hamas », explique cependant Muhammad Shehada, du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), rappelant la présence de nombreux fonctionnaires du Hamas et combattants de la branche armée, ainsi que l’attachement sincère d’une partie de la population au mouvement islamiste.
La réouverture de Rafah, terminal sous contrôle israélien entre la bande de Gaza et l’Egypte, fait l’objet de négociations officieuses et indirectes entre l’Egypte, Israël, les Palestiniens et des partenaires étrangers comme l’Union européenne.
Si l’Autorité palestinienne parvenait à s’y faire une place, elle pourrait tracer sa route vers Gaza-Ville autrement que « sur un char israélien », selon l’expression consacrée dans les Territoires palestiniens.
. Quels obstacles ?
« On rentre à peine dans le dur des conversations sur le tout début de la fin », soupire un diplomate européen en Israël. Les Israéliens « nous disent qu’ils souhaitent voir arriver des dirigeants palestiniens, mais hors des circuits politiques palestiniens ».
Plusieurs sources diplomatiques ont confirmé à l’AFP que les scénarios impliquant des pays étrangers – y compris des sociétés privées comme l’américaine Constellis (ex-Blackwater) – pour assurer la sécurité et la reconstruction après la fin des hostilités n’étaient que des hypothèses.
Les pays arabes sont réticents car ils « ont bien compris que le spectacle de leurs troupes affrontant la résistance armée palestinienne n’allait pas plaire à leur société », note Muhammad Shehada.
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Pour le chercheur Xavier Guignard du centre NORIA, spécialiste des questions palestiniennes, « personne ne veut être la cheville ouvrière d’une reconstruction complexe, avec beaucoup de questions sécuritaires et politiques, et personne ne veut être le bailleur des Israéliens ».
Selon lui, chercher un dispositif de gouvernance pour Gaza est prématuré tant que l’armée israélienne est sur place: « une occupation militaire, on ne peut pas savoir combien de temps ça dure ».
Dans les sondages, les Israéliens sont plus que jamais opposés à la création d’un Etat palestinien. Et d’après les deux experts, ils ne sont pas enclins à favoriser un retour de l’AP.
« Avoir une Autorité palestinienne renforcée à Gaza serait une réponse naturelle mais c’est une ligne rouge » pour les responsables israéliens, car « ça ressemblerait à une solution politique qui permettrait la réunification de Gaza et de la Cisjordanie », résume M. Guignard.
Source: Agence France-Presse
















