Le service ORL reste bien mouvementé depuis le lundi 23 mars 2026. L’espace est réservé au goitre. Beaucoup de patients anciens et nouveaux passent devant les médecins pour examiner leurs états.
Dans les registres de consultations, on a compté jusqu’à hier, mercredi 26 mars 2026, 147 patients consultés gratuitement. 24 cas de goitre ont été détectés et 7 opérations ont été faites.. Dans une organisation bien planifiée, il n’y a pas de place pour les bousculades. De l’accueil aux consultations, tout a été bien pensé.
Maman Esther est parmi les nouveaux cas. Nous l’avons rencontrée en pleine consultation chez le Dr Anaïs Mfoula. Elle nous a dit comment elle est arrivée là : « Ce sont les enfants qui m’ont dit qu’il y avait une campagne ici. Et je suis venue pour qu’on m’aide aussi. Ça fait des années que je ne suis pas allée me faire consulter. Quand ils m’ont dit ça, ça m’a plu. »
« Je le porte depuis près de 30 ans »
« C’est à cause de ça que je suis venue. J’ai trouvé une dame qui m’a bien accueillie. Elle m’a bien orientée. Elle m’a posé des questions et j’ai tout expliqué. Mais je dois vous dire que j’ai beaucoup marché. Je suis allée à Mboppi, à Dschang et me voici encore ici à Laquintinie », va-t-elle raconter.
Et pour ce qui est de la conduite à tenir, « Elle m’a dit comment je dois faire. Il faut que je fasse les examens. J’ai fait encore le bilan de santé. Pour voir si ça a encore évolué. Si ma voix a changé, on va voir comment on va faire pour ça. Et pour les consultations je n’ai rien payé. Ce mal, je le porte depuis près de 30 ans. Notre famille a toujours ça. Ça ne me dérange pas. »
«Mais quand je porte beaucoup de sacs qui pèsent, je n’arrive pas à respirer bien. Et quand je prends la colline pour monter, ça me bloque encore. Je respire un peu mal. Et il y a des fois où je vois les autres qu’on a opérés et ratés. C’est ça qui me dérange. Je reste comme ça », déclare Mama Esther.
Le goitre a des complications
Pour le Dr Anaïs Mfoula, malgré son apparence trompeuse, le goitre a des complications. « On peut avoir des complications au niveau local. Ça peut entraîner la compression du larynx et entraîner des dysphonies, des dyspnées. Le goitre peut devenir plongeant avec un effet de masse au niveau du poumon et avoir un retentissement au niveau cardiaque ou pulmonaire, dépendamment de la cause du goitre. »
« Le goitre, c’est juste pour dire que c’est l’augmentation du volume total de la thyroïde. Maintenant, en fonction de l’étiologie du goitre, on peut avoir des retentissements au niveau cardiaque, au niveau respiratoire, que ce soit le larynx ou bien le poumon, si le goitre est déjà devenu plongeant », nous explique-t-elle longuement.
Pas de signes annonciateurs
Elle va mentionner au passage que le goitre n’a pas de signes annonciateurs. « À part la tuméfaction antérocervicale (masse située à l’avant du cou, Ndlr) que le patient va présenter. Mais à côté de ça, il y aura d’autres signes accompagnateurs encore selon l’étiologie. Vous avez suivi la maman tout à l’heure, elle a dit que ça faisait longtemps qu’elle ne faisait rien. Ça dit que le goitre n’est pas aussi inquiétant que cela puisse paraître. »
« C’est une maladie qui a une évolution lente. Ce que nous redoutons, ce sont les complications. Elle a dit que ça faisait 30 ans, mais ça a pris du volume. Avec le temps, ça va continuer de prendre du volume. Et ce que nous redoutons, c’est qu’elle arrive un jour en insuffisance respiratoire avec une dysphonie qui l’empêche vraiment de respirer.
« Comme elle a parlé tout à l’heure, elle a parlé du trou au niveau de la gorge. Nous serons obligés de faire une trachéotomie pour l’aider à respirer. C’est pour cela que je lui ai demandé de faire l’échographie pour savoir déjà à quel niveau est sa maladie. Pour voir si la masse s’étendait sur toute la thyroïde ou prenait juste une partie. Et le bilan hormonal pour voir s’il y a un déséquilibre hormonal ou si tout est normal », explique le docteur.
Les enfants en souffrent également
Pour la prise en charge donc, « on guérit du goitre. Maintenant, ça dépend. S’il y a une hyperthyroïdie ou une hypothyroïdie, nous adressons d’abord le malade en endocrinologie pour que le problème hormonal puisse être traité. Et maintenant, l’endocrinologue, après avoir traité le problème hormonal, nous renvoie le patient pour qu’on puisse l’opérer. Le seul traitement du goitre, c’est l’opération », c’est cela le chemin de la guérison.
Et au service ORL, nous avons retenu que le goitre est une affaire de tout le monde. Les enfants en souffrent également : « Dans ma pratique, j’en ai déjà vu des jeunes. La plus jeune que j’ai eue avait 13 ans », révèle le docteur Mfoula.

1% de la population en souffre
Alors, l’idée de lancer cette campagne se justifie. Parce que : «c’est une pathologie qui touche pas très loin, 1% de la population. Et l’année dernière, on avait fait une campagne de consultation gratuite et de chirurgie. Nous avions consulté à peu près 117 patients qui étaient venus. parmi les 117 patients, nous avons eu 39 patients qui font la pathologie du goitre. Et compte tenu du fait qu’on a trouvé 39 cas. Et on a opéré 09.»
En principe, il faut en parler. Il faudrait que les patients sachent que, sur le plan de la prise en charge, elle est faisable au Cameroun. Et par un ensemble de médecins ORL qui sont vraiment aptes et doués pour réaliser cette chirurgie. C‘est ça qui nous a incités à remettre encore sur pied cette opération de campagne et de chirurgie. »
Aussi, «le fait d’en organiser et d’en parler permettrait d’avoir des mécènes. Qui nous aideront à vraiment réduire le coût de la prise en charge. Pour le bonheur des patients », nous fait comprendre le Dr Maurice Mpessa Ekobo. Otorhinolaryngologiste, chirurgien cervico-facial. Il est par ailleurs le chef de service Otorhinolaryngologie (ORL) à l’Hôpital Laquintinie de Douala.
















