Après la sélection de 600 doctorants pour l’année académique 2025-2026, un étudiant dénonce une procédure opaque et inéquitable. Porte-parole des titulaires de Master 2 à l’université de Douala, Auréole Tchoumi exprime un profond sentiment d’injustice et évoque un exil académique forcé.
Au Cameroun, la récente sélection de 600 étudiants pour le cycle doctoral continue de susciter de vives réactions. Officiellement, cette décision s’inscrit dans une réforme visant à privilégier le mérite tout en tenant compte des capacités d’encadrement. Pourtant, sur le terrain, certains recalés dénoncent des irrégularités. Parmi eux, Auréole Tchoumi, porte-parole des étudiants titulaires de Master 2 à l’Université de Douala, exprime une colère nourrie par ce qu’il considère comme une injustice manifeste.
Quel regard portez-vous sur la sélection de 600 étudiants ?
Je ne sais pas sur quels critères cela s’est fait. En effet, comment expliquer que les meilleurs étudiants aient été écartés, alors que d’autres, moins bien classés selon les critères validés par le recteur, aient été retenus ? Ainsi, pour de nombreux candidats, le processus manque de transparence. De plus, les incohérences relevées alimentent un sentiment d’exclusion. Dans ce contexte, les étudiants recalés interprètent cette sélection comme un signal fort.
Quel message, selon vous, est envoyé aux étudiants non retenus ?
Le message aujourd’hui est clair : « allez-vous débrouiller ailleurs, allez-vous battre, c’est fini ». Nous l’avons compris et nous allons tourner la page. Par conséquent, nous irons nous débrouiller dans les pays voisins. C’est le message adressé à l’université camerounaise. Celui de dire que peu importe que vous soyez méritants ou non, le Master 2 est suffisant pour vous.
Dès lors, certains observateurs parlent d’un retour en arrière. Pour Auréole Tchoumi, la situation rappelle les années 70, lorsque le doctorat devait nécessairement être poursuivi à l’étranger. Une perspective difficile, notamment pour des étudiants aux moyens limités.
Nous n’avons pas les moyens d’aller en Europe, au Canada ou aux États-Unis. Aujourd’hui, la résolution principale consiste à identifier un pays voisin où poursuivre nos études. Le collectif qui nous soutient est déjà mobilisé. D’ici le 30 mars prochain, nous prendrons une décision finale sur la destination. Cependant, cette option reste complexe. L’offre de formation doctorale dans la sous-région demeure limitée, en particulier dans certaines disciplines.
Quelles sont les difficultés concrètes pour poursuivre vos études ailleurs ?
Pour nous qui faisons communication, la difficulté est réelle. Dans la sous-région, il n’existe pratiquement pas d’universités capables de nous accueillir. À N’Djamena, à Bangui ou encore au Gabon, il n’y en a pas. Les possibilités restantes se trouvent en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou au Congo Brazzaville. Dans tous les cas, nous n’avons pas de véritable choix.
Ainsi, au-delà de la frustration, c’est une incertitude totale qui domine. Les étudiants concernés doivent désormais envisager une mobilité contrainte, souvent sans garantie d’intégration académique. Par ailleurs, la question des critères de sélection revient avec insistance. Si le mérite est officiellement mis en avant, certains dénoncent un système de quotas mal communiqué, voire inéquitablement appliqué selon les universités.
Le problème est-il spécifique à l’université de Douala ou généralisé ?
Dans tout le Cameroun, il y a eu des critères clairs. Par exemple, chaque filière connaissait le nombre de places disponibles : sociologie, communication, anthropologie, droit politique ou droit public. Partout, ces informations étaient connues. Cependant, à l’université de Douala, nous n’avions aucune visibilité. L’université de Douala rencontre ce problème parce que le recteur n’a pas organisé de réunion avec les responsables concernés. Le processus s’est déroulé sans concertation. Les laboratoires ont transmis leurs travaux au décanat, puis au rectorat. Mais c’est le rectorat qui a pris la décision finale avant transmission à la commission nationale. Ailleurs, chaque étape impliquait les chefs de département et les enseignants.
Dès lors, certains choix apparaissent difficiles à justifier. L’absence de représentants de certaines disciplines au sein des instances décisionnelles est également dénoncée. Il faut s’assurer que les dossiers soient bien pris en compte. Or, à la commission nationale de la formation doctorale, il n’y a quasiment aucun enseignant de la faculté des sciences humaines. Aucun enseignant du département de communication n’y siège. Ce sont majoritairement des juristes.
Ce déséquilibre expliquerait-il la forte représentation de certaines filières au détriment d’autres?
Quand vous observez la composition de la commission, vous comprenez pourquoi il y a 20 étudiants en sciences juridiques et politiques, mais aucun en communication, en anthropologie ou dans d’autres disciplines. Le message est clair : les meilleurs seraient issus uniquement de ces filières.
Pourtant, cette vision est vivement contestée. Plusieurs étudiants rappellent les performances et la contribution de filières marginalisées, notamment dans le rayonnement académique et professionnel. La faculté des lettres a pourtant donné de la visibilité à l’université de Douala. De nombreux diplômés font aujourd’hui sa fierté. Par exemple, Félicité Fossi, issue du département de communication, a soutenu une thèse brillante. On ne peut pas nous faire croire qu’un département aussi performant ne mérite aucun candidat en doctorat. Le département de communication avait pourtant soumis 23 dossiers. Finalement, aucun n’a été retenu. Auréole Tchoumi
















