L’avancée russe en Ukraine a franchi en 2025 un seuil inédit, marquant la progression la plus importante depuis les premiers mois de l’invasion. Les données analysées par l’AFP montrent une dynamique qui dépasse la simple conquête territoriale : elle traduit le retour d’une offensive que beaucoup croyaient contenue. Et, dans son sillage, une pression militaire renouvelée s’abat sur Kiev, rappel brutal que la guerre continue d’imposer son rythme.
À l’approche des négociations prévues samedi entre l’Ukraine et ses alliés, cette poussée russe agit comme une ombre portée sur la table diplomatique. Elle redessine le rapport de force, impose son rythme et transforme chaque discussion en pari incertain sur une hypothétique sortie du conflit. Ainsi, tandis que les lignes bougent sur le front, les lignes politiques, elles aussi, vacillent — suspendues entre l’urgence du terrain et l’espoir fragile d’un cessez-le-feu encore lointain.
Des conseillers à la sécurité des pays européens alliés de Kiev doivent se réunir samedi dans la capitale ukrainienne avec des responsables locaux. Une équipe américaine participera en visioconférence. Et selon le président Volodymyr Zelensky, une quinzaine de pays ont déjà confirmé leur présence, aux côtés de représentants de l’Union européenne et de l’Otan.
– L’armée russe consolide ses gains –
Volodymyr Zelensky avait rencontré Donald Trump en décembre à Washington pour discuter du plan américain visant à mettre fin à près de quatre ans de guerre. Mais des points sensibles, notamment la question des territoires, restent en suspens. Et, de son côté, Moscou a annoncé vouloir « durcir sa position » après avoir accusé Kiev d’avoir visé avec des drones une résidence de Vladimir Poutine.
En attendant des avancées diplomatiques, la situation sur le terrain continue de se dégrader. En 2025, les forces russes ont conquis plus de 5 600 km² de territoire ukrainien, soit davantage que durant 2024 et 2023 réunis. Selon l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), en partenariat avec le Critical Threats Project (CTP), ces données confirment une dynamique offensive soutenue par Moscou. Une progression nette. Et un rapport de force qui s’affirme.
En décembre, Moscou a conquis 244 km², sa plus faible progression mensuelle depuis mars, freinée par les conditions hivernales. Mais malgré ce ralentissement, l’armée russe a intensifié son offensive dans le Donbass, où se concentrent les principales défenses ukrainiennes. Une pression accrue. Et un front oriental de plus en plus disputé.
L’armée russe contrôle désormais environ 19,4 % du territoire ukrainien, dont 0,94 % conquis au cours de l’année écoulée. Ces chiffres confirment la progression continue de Moscou, malgré les efforts diplomatiques en cours. Une avancée lente. Et un rapport de force qui se durcit.
Signe de la progression russe, les autorités ukrainiennes ont ordonné vendredi l’évacuation de plus de 3 000 enfants et de leurs parents dans une quarantaine de localités des régions de Zaporijjia et de Dnipropetrovsk. Une mesure d’urgence. Et la preuve de la pression croissante exercée par les forces russes sur ces zones du sud et du centre-est du pays.
– Boudanov au cœur du pouvoir –
Dans ses vœux pour 2026, Volodymyr Zelensky a assuré qu’un accord pour mettre fin à la guerre était « prêt à 90 % ». Il a toutefois prévenu que les 10 % restants décideraient du « destin de la paix ». Et l’avenir des territoires occupés par la Russie reste l’un des points centraux. Une équation encore loin d’être résolue.
Cet accord n’est toutefois pas négocié directement : pour l’heure, Ukrainiens et Russes discutent séparément avec les Américains. Et l’adoption de sa dernière version par Moscou paraît improbable, car elle écarte plusieurs de ses revendications clés. Une impasse de plus. Et un signal de blocage.
Vladimir Poutine a répété ces dernières semaines que la Russie atteindra ses objectifs en Ukraine « par la voie militaire » si les négociations échouent. Il a aussi salué les récents gains de son armée sur le front. Un message de fermeté. Et une manière d’afficher sa confiance dans la dynamique militaire russe.
Son homologue ukrainien a choisi vendredi de nommer le chef du renseignement militaire, Kyrylo Boudanov, à la tête de son cabinet. Un poste clé. Et l’un des plus stratégiques du pays.
Loin du profil de son prédécesseur, Andriï Iermak, écarté après un scandale de corruption, M. Boudanov est un militaire de carrière. Il s’est fait connaître par ses opérations audacieuses contre la Russie. Et il est ouvertement détesté par Moscou, qui le qualifie de « terroriste ».
– Remaniements et bombardements –
M. Zelensky a aussi annoncé vouloir remplacer l’actuel ministre de la Défense, Denys Chmyhal, nommé en juillet 2025. Il prévoit de confier le poste à Mykhaïlo Fedorov, ministre de la Transformation digitale, 34 ans, nouveau venu en politique. Un choix rapide. Et un signal fort sur la place croissante des technologies dans l’effort de guerre.
Le président ukrainien n’a pas détaillé sa décision. Il s’est contenté d’affirmer que « Mykhaïlo est très impliqué dans les questions relatives aux drones et travaille très efficacement » au sein de son ministère. Une justification brève. Et un message clair sur les priorités technologiques de Kiev.
Les premiers jours de 2026 ont été marqués par des bombardements ukrainiens et russes. Les frappes se sont enchaînées. Et la tension est montée d’un cran sur plusieurs fronts.
Jeudi, la Russie a accusé l’armée ukrainienne d’avoir mené, dans la nuit du Nouvel An, une attaque de drones en territoire occupé dans la région de Kherson. Selon Moscou, 28 civils ont été tués, dont deux enfants, dans un café et un hôtel. Une accusation grave. Et un nouvel épisode dans la bataille des récits.
Kiev affirme, de son côté, avoir ciblé un rassemblement militaire. Une précision destinée à justifier la frappe. Et à rappeler que l’objectif visé était strictement militaire.
Vendredi, une frappe russe a touché le centre-ville de Kharkiv, deuxième cité d’Ukraine. Selon les autorités locales, un enfant de trois ans a été tué et 19 personnes ont été blessées. Un bilan lourd. Et un nouveau rappel de la vulnérabilité de la ville.
– Un front diplomatique en mouvement –
Un journaliste de l’AFP présent à Kharkiv a constaté une rue jonchée de débris et de gravats, encore parcourue de flammes. Les immeubles alentour avaient leurs vitres soufflées. Une scène de choc. Et la preuve visible de la violence de l’explosion.
Le ministère russe de la Défense dément. Il affirme n’avoir « ni planifié ni effectué de frappes avec des missiles ou des moyens de destruction aériens dans les limites de la ville » de Kharkiv. Une position martelée pour couper court aux accusations. Et pour maintenir la ligne officielle du Kremlin.
Selon M. Zelensky, la réunion de samedi avec les Européens et les Américains doit clarifier les « garanties de sécurité » promises à l’Ukraine. Les alliés veulent avancer. Et surtout, définir ce qu’ils sont prêts à assumer. Par ailleurs, un sommet avec plusieurs dirigeants occidentaux se tiendra mardi en France. Objectif : maintenir la pression diplomatique. Et montrer que Kiev n’est pas isolée.
Source: Agence France-Presse















