Les attaques de Kinshasa contre le M23 prennent une nouvelle ampleur. Mercredi, les forces armées congolaises lancent une série d’opérations coordonnées dans l’est de la RDC. Appuyées par des drones, elles ciblent notamment Rubaya, zone stratégique qui abrite l’un des plus grands gisements de coltan au monde. Malgré un cessez‑le‑feu théoriquement en vigueur, les combats s’intensifient dans le Nord‑Kivu et le Sud‑Kivu, confirmant l’escalade militaire.
Une offensive simultanée autour d’un gisement stratégique
Les forces de Kinshasa passent à l’offensive. Mercredi, elles mènent des attaques sur plusieurs fronts contre le M23 dans l’est de la RDC. Les opérations s’appuient sur des drones, qui ont frappé le groupe armé près de Rubaya, cité minière stratégique du Nord‑Kivu. Cette zone, contrôlée par le M23, produit entre 15 et 30 % du coltan mondial, un minerai essentiel pour l’industrie électronique. La RDC en détiendrait au moins 60 % des réserves mondiales.
Depuis 2021, le M23 avance. Avec le soutien de Kigali et de son armée, le groupe s’est emparé de vastes territoires dans l’est du pays. Une région riche en ressources, mais ravagée par trois décennies de conflits. L’équilibre militaire s’est progressivement inversé, au point de placer Kinshasa sur la défensive.
En décembre, le M23 a lancé une offensive sur Uvira, cité stratégique du Sud‑Kivu, proche du Burundi. Cette attaque a provoqué la colère de Washington, médiateur d’un accord de paix fragile entre la RDC et le Rwanda. Les États‑Unis cherchent à sécuriser leur approvisionnement en minerais stratégiques face à la Chine. L’escalade militaire complique leurs efforts.
L’Angola, médiateur régional, a proposé un cessez‑le‑feu à compter du 18 février. Mais dès vendredi, les deux camps s’accusent mutuellement de l’avoir violé. Les combats reprennent, plus intenses, dans le Nord‑Kivu et le Sud‑Kivu.
Des attaques coordonnées et une pression américaine croissante
Mercredi, les milices locales alliées aux forces congolaises, appuyées par des frappes de drones, lancent des attaques simultanées sur plusieurs points de la ligne de front dans le Nord‑Kivu. Les combats se concentrent notamment dans le territoire de Masisi, selon des sources locales et sécuritaires.
Ces milices s’emparent de Kazinga, localité située à une vingtaine de kilomètres au nord‑ouest de Rubaya. Une avancée symbolique, dans une zone où le M23 s’est solidement installé.
Mardi, une frappe de drone touche des combattants du M23 près de Rubaya, confirment à l’AFP un responsable du groupe armé et des sources sécuritaires. Le site minier, immense, s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres. Depuis avril 2024, il est sous le contrôle du M23, qui y prélève une taxe sur la production et le commerce des minerais. Une manne financière considérable, documentée par des experts de l’ONU.
La population locale vit dans la peur. « Au centre de Rubaya, c’est la psychose, je suis allé voir l’endroit où le drone a bombardé, mais on nous a refusé l’accès », témoigne un habitant, sous couvert d’anonymat. L’AFP ne peut pas confirmer le bilan de la frappe. L’administration locale et les organisations civiles ont fui l’avancée du M23 en 2024. Le réseau téléphonique est coupé depuis mardi.
Les combats ne se limitent pas au Nord‑Kivu. Des affrontements sont signalés mercredi dans les territoires de Fizi et de Kalehe, dans le Sud‑Kivu. Là aussi, la situation se dégrade.
Un rapport de force militaire défavorable à Kinshasa
Depuis plusieurs semaines, l’armée congolaise affronte une coalition de milices alliées au M23, appuyée par environ 5 000 soldats burundais dans les plateaux du Sud‑Kivu, selon des sources militaires burundaises. Malgré cet appui, aucune percée significative n’a été enregistrée.
Sur le terrain, le rapport de force reste défavorable à Kinshasa. Le M23 et les troupes rwandaises qui l’appuient disposent d’un équipement supérieur et d’une organisation plus efficace. Les forces congolaises peinent à rivaliser.
Pourtant, un élément change la donne : la pression américaine sur Kigali. Selon des spécialistes de la région et des sources sécuritaires, ces pressions ont permis à Kinshasa de stabiliser certaines lignes de front. Washington, soucieux de préserver ses intérêts miniers, pousse le Rwanda à limiter son soutien militaire au M23.
Kinshasa renforce aussi sa maîtrise du ciel. Ses drones chinois et turcs à long rayon d’action, combinés à l’appui de paramilitaires étrangers, offrent un avantage tactique nouveau. Les frappes de drones, encore rares il y a deux ans, deviennent un outil central de la stratégie congolaise.
Une crise régionale qui inquiète Paris et l’ONU
La situation alarme la communauté internationale. Mercredi, Emmanuel Macron insiste sur la nécessité d’un cessez‑le‑feu et d’une « solution politique durable » dans l’est de la RDC. Le président français s’exprime après un entretien à l’Élysée avec son homologue congolais, Félix Tshisekedi.
« La France soutient pleinement les efforts de médiation pour une solution politique durable dans la région des Grands Lacs, la cessation des hostilités, un cessez‑le‑feu et le respect de l’autorité de l’État et de l’intégrité territoriale de la RDC », écrit Macron sur le réseau X.
Sur le terrain, la Mission de l’ONU en RDC (Monusco) tente de maintenir un minimum de surveillance. Mercredi, elle annonce avoir accueilli à Goma le général zambien Charles Nakeempa, commandant du Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE). Cette structure régionale documente les violations du cessez‑le‑feu dans l’est du pays.
Goma, capitale du Nord‑Kivu, est tombée aux mains du M23 début 2025. La présence du MCVE dans la ville souligne l’ampleur de la crise et la difficulté à imposer un cadre de paix.
Un conflit qui se durcit malgré les médiations
Les événements de ces derniers jours confirment une réalité : le conflit entre Kinshasa et le M23 s’enlise. Les médiations angolaises et américaines peinent à produire des résultats durables. Les cessez‑le‑feu successifs sont violés presque immédiatement. Les lignes de front bougent peu, mais les combats gagnent en intensité.
La bataille pour Rubaya illustre cette dynamique. Le contrôle du coltan, ressource stratégique mondiale, donne au conflit une dimension géopolitique majeure. Les puissances étrangères suivent de près l’évolution de la situation, chacune avec ses intérêts.
Pour la population locale, la situation reste dramatique. Les déplacements massifs, les coupures de communication et l’absence d’administration civile aggravent une crise humanitaire déjà profonde.
La RDC entre dans une nouvelle phase du conflit. Plus technologique, plus internationale, plus imprévisible.
Source: Agence France‑Presse















