L’Afrique du Sud au G7 est au cœur d’une crise diplomatique à trois voix. Pretoria, d’abord convié au sommet de juin à Évian, en a été retiré dans des circonstances immédiatement contestées. Paris, Washington et Johannesburg ont livré des versions irréconciliables de cet épisode, le tout en l’espace d’une seule journée.
L’Afrique du Sud au G7 : une invitation retirée sans explication stable
Le sommet du G7 se tiendra en juin dans la ville française d’Évian. Le groupe réunit sept des économies les plus industrialisées de la planète. Ses travaux s’élargissent régulièrement à des États invités.
L’Afrique du Sud en faisait partie. La première économie du continent africain y avait été conviée. Elle ne participera finalement pas à cette édition.
C’est le porte-parole de la présidence sud-africaine, Vincent Magwenya, qui a annoncé la nouvelle à l’AFP. Selon lui, Cyril Ramaphosa n’était plus attendu à Évian. Paris aurait retiré l’invitation sous la pression de Washington, qui menaçait de boycotter le sommet.
« Nous avons appris qu’en raison de pressions continues, la France a dû retirer son invitation à l’Afrique du Sud pour sa participation au G7 », a déclaré Vincent Magwenya.
Cette annonce a déclenché une cascade de démentis dans les heures qui ont suivi.
Développement des faits : une journée de versions contradictoires
Les États-Unis ont répondu rapidement. Nick Checker, responsable au département d’État américain, a affirmé que Washington n’avait « pas demandé aux Français d’exclure l’Afrique du Sud du sommet du G7 ».
Un porte-parole de la diplomatie américaine a précisé le cadre institutionnel. « En tant que présidente du G7, c’est à la France qu’il revient de décider qui elle veut inviter aux réunions du G7 », a-t-il indiqué.
La France a, elle aussi, rejeté toute ingérence extérieure. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a affirmé que son pays n’avait « cédé à aucune pression ». Il a parlé d’un choix délibéré : celui d’un « G7 resserré ».
À la place de Pretoria, Paris a choisi d’inviter le Kenya. Cette décision s’inscrit dans la préparation du grand sommet Africa Forward, prévu en mai à Nairobi, consacré aux relations entre la France et le continent africain.
Le revirement le plus inattendu est venu de Pretoria elle-même. Cyril Ramaphosa, interrogé en marge d’un déplacement, a contredit son propre porte-parole. À sa connaissance, a-t-il dit, il n’y avait eu de « pressions d’aucun pays, que ce soit des États-Unis ou d’un autre ».
Ce désaveu interne a renforcé la confusion autour de l’épisode et fragilisé la première version officielle de Pretoria.
Contexte : une invitation personnelle d’Emmanuel Macron désavouée
La portée symbolique du retrait est d’autant plus forte que l’invitation initiale émanait directement d’Emmanuel Macron. Le président français avait personnellement convié Cyril Ramaphosa au G7 lors du sommet du G20 à Johannesburg, en novembre. L’information avait circulé dans plusieurs médias à l’époque.
L’Afrique du Sud ne découvrait pas ce format élargi. Elle avait déjà participé au G7 organisé par le Canada en 2025. Cette année, le Brésil, l’Inde et la Corée du Sud figurent parmi les pays invités à Évian.
Retirer l’invitation à l’Afrique du Sud G7 revient donc à désavouer une décision personnellement prise par le pays hôte. Peu importe la version retenue, le choix final de Paris inverse la démarche d’ouverture symboliquement amorcée par Macron à Johannesburg en novembre.
L’Afrique du Sud au G7 dans le contexte d’une relation bilatérale dégradée
L’épisode d’Évian s’inscrit dans une relation bilatérale profondément abîmée. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump attaque le gouvernement de Pretoria sur plusieurs fronts.
Il lui reproche une prétendue persécution des Afrikaners, ces fermiers blancs descendants des colons européens. Ces accusations visent également les programmes de discrimination positive adoptés pour corriger les inégalités héritées de la colonisation et de l’apartheid.
Washington condamne aussi la démarche judiciaire de Pretoria. Cette plainte, déposée devant la Cour internationale de Justice, accuse Israël d’actes de génocide dans sa guerre dans la bande de Gaza.
L’animosité américaine s’est traduite par des actes concrets. En novembre, Trump avait boycotté le G20 à Johannesburg. Cette année, les États-Unis ont exclu Pretoria des travaux du G20, dont ils assurent la présidence tournante.
L’épisode le plus marquant reste la visite de Ramaphosa à la Maison-Blanche en mai 2025. Trump y avait présenté des photos et des vidéos supposées prouver la persécution des fermiers blancs. Ces documents étaient pour la plupart trompeurs ou complètement faux. Ramaphosa était ressorti de l’entretien stupéfait par la scène.
Sur le plan commercial, Washington avait imposé des droits de douane de 30 % sur la majorité des exportations sud-africaines. Ces tarifs étaient les plus élevés infligés à un pays d’Afrique subsaharienne. La Cour suprême américaine a depuis invalidé cette mesure.
Réactions et citations : Pretoria inscrit l’épisode dans le temps long
Vincent Magwenya a choisi de replacer la crise dans une perspective historique. « Les relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Afrique du Sud existaient avant l’administration Trump et survivront au mandat actuel de la Maison-Blanche », a-t-il déclaré.
Jean-Noël Barrot a maintenu la ligne française : un choix souverain de format, sans concession à aucune pression extérieure. Nick Checker et le porte-parole américain ont, de leur côté, systématiquement renvoyé la responsabilité vers Paris.
Trois déclarations, trois capitales, un seul point commun : aucune ne revendique la décision d’écarter Pretoria. Chacune la renvoie à une autre. Cette mécanique de déni coordonné caractérise un épisode diplomatique dont les ressorts réels restent opaques.
Conséquences et suite attendue : un canal diplomatique à reconstruire
Des signaux de normalisation partielle émergent malgré ce contexte tendu. L’Afrique du Sud a récemment accepté les lettres de créances du nouvel ambassadeur américain Brent Bozell. Âgé de 70 ans, ce conservateur représente désormais officiellement Washington à Pretoria.
Le poste d’ambassadeur sud-africain à Washington reste, lui, vacant. Ebrahim Rasool avait été expulsé par les États-Unis en mars 2025. Son successeur n’a toujours pas pris ses fonctions.
Cyril Ramaphosa a annoncé jeudi être « sur le point de nommer l’ambassadeur d’Afrique du Sud aux États-Unis ». Ce futur diplomate rejoindrait une équipe déjà active en contact avec des homologues américains, selon le porte-parole présidentiel.
Cette nomination permettrait de rétablir un canal officiel entre les deux capitales. Elle ne réglerait pas les désaccords de fond. Mais elle constituerait un premier pas vers une relation bilatérale moins chaotique, après des mois d’escalade diplomatique.
Source : Agence France-Presse















