Alors que le Cameroun exporte officiellement seulement 22 kilos d’or, les statistiques internationales montrent 15 tonnes arrivant aux Émirats. Le pays perd près de 164 milliards de FCFA de recettes fiscales, révélant les failles du secteur minier artisanal et semi-mécanisé.
Au Cameroun, l’or coule à flots… mais pas dans les caisses de l’État. Selon un communiqué radio-presse daté du 29 décembre 2025, le ministère des Mines a confirmé un écart spectaculaire : seulement 22,3 kilogrammes d’or sont déclarés à l’exportation, alors que 15,2 tonnes sont recensées par les statistiques internationales à destination des Émirats Arabes Unis.
Le contraste est saisissant. Pendant que le Cameroun compte quelques grammes, le marché mondial enregistre des tonnes. Les devises s’échappent, les réserves nationales stagnent, et la souveraineté économique s’érode.
La source du problème ? L’or provient majoritairement de l’exploitation artisanale et semi-mécanisée. Ce secteur reste largement opaque : déclarations de production imprécises, traçabilité faible, circulation illégale aux frontières terrestres… L’État ne perçoit qu’une fraction dérisoire de la valeur réelle de l’or produit.
« Les exploitants utilisent des routes terrestres pour faire sortir l’or et l’exporter vers des hubs comme Dubaï, sans enrichir le Cameroun », explique le communiqué. Le rapport ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) 2021 confirme que la majorité de l’or artisanal échappe au contrôle de l’État, faute d’encadrement et de mécanismes de suivi fiables.
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Reprendre le contrôle du secteur
Face à cette situation alarmante, le gouvernement entend reprendre le contrôle du secteur aurifère. Des mesures fortes sont prévues : fermeture des sites non conformes d’ici fin 2025, renforcement du rôle de la SONAMINES dans le rachat et la commercialisation de l’or, développement de la mine industrielle et mise en place de technologies modernes pour suivre la production à distance.
Pendant ce temps, les pays voisins, comme le Ghana, montrent la voie. Avec une gouvernance minière rigoureuse et des circuits de traçabilité stricts, le Ghana intègre l’or artisanal dans le cadre légal. Le pays encaisse plus de 10 milliards de dollars par an grâce à ses exportations d’or, y compris artisanal. C’est une leçon de politique, d’institutions et de stratégie que le Cameroun pourrait suivre pour retenir son or national.
















