Il s’agit des Golden Palm et le prix Dr Ben Fayçal, pour des soins administrés aux malades. Ils ont été institués par le bureau actuel de l’Ordre national des médecins du Cameroun qui compte pérenniser cette action.
Pour le Golden Palm, il est en effet question de primer les médecins ayant pratiqué pendant 50 ans sans avoir commis de gaffes. Et le prix Ben Fayçal pour son altruisme médical. Une idée et une exclusivité camerounaise construites par le Dr Rodolphe Fonkoua et soumises au Conseil de l’Ordre des médecins.
50 ans de pratique médicale
Suivant les explications, on retient que : « L’idée du Golden Palm est une coïncidence. J’ai été invité par mon ami le professeur Tetanye Ekwe pour ses noces d’or. C’était en janvier-février 2025. Il me disait dans l’invitation qu’il fêtait en même temps ses 50 ans de pratique médicale».
Et « Du coup, l’idée m’est venue. Je me suis dit, 50 ans d’une carrière, ça se fête, c’est un demi-siècle. Le jour où je vais à cet événement à Kribi, je le surprends et je lui offre le tout premier Golden Palm ONMC. Et c’est ainsi que le prix a été adopté par l’ensemble du conseil ».
« Si bien qu’en décembre dernier, nous avons octroyé quatre autres Golden Palm. De l’avis de tous, c’est une innovation, c’est inédit. Parce que j’ai fait d’abord le tour, partout, nulle part dans le monde médical, on ne célèbre les 50 ans de pratique. Donc, c’est une exclusivité camerounaise qui honore notre profession », nous explique-t-il.
Une histoire plutôt bouleversante
Quant au prix Ben Fayçal c’est une histoire plutôt bouleversante. C’est, nous raconte-t-on, « L’histoire de cet enfant qui soutient sa thèse, deux ans de pratique médicale pleins Cet enfant, dès qu’il a fini, il a travaillé comme vacataire dans pas mal d’hôpitaux. Et puis on l’affecte l’Hôpital de district de Poli qui était démuni. Il a pris tout son rappel, il l’a mis pour équiper l’hôpital. C’est du jamais vu dans ce pays ».
Et « le jour de sa mort, il avait tellement travaillé toute la journée. Au moment d’aller se reposer, on le rappelle à l’hôpital vers minuit qu’il y a une dame qui allait accoucher et il fallait faire la césarienne. Il termine vers 1h du matin, il va se coucher et 30 minutes après, il est mordu par un serpent. C’était un cobra. Malheureusement pour lui, dans la pharmacie, il n’y avait aucun antivenin contre le cobra ».
Alors « on cherche les moyens pour l’évacuer sur Garoua qui était à peu près à 250 kilomètres de là. Chemin faisant. Parce qu’un médecin, il reste quand même un médecin, il sait comment on meurt par morsure de serpent ».
« Mais ce qui m’a marqué, c’est qu’on me dit que, 30 minutes avant qu’il ne décède, il se souvient qu’il n’avait pas administré d’antibiotiques à la dame qu’il avait opérée. Il appelle l’hôpital, et ordonne d’aller dans son bureau à tel endroit, de trouver l’antibiotique et l’administrer à la dame. C’est une histoire peut-être triste, mais une histoire qui nous révèle qu’il y a des gens profondément humains ».
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Une preuve d’altruisme
Et donc « ça m’a tellement marqué que je me suis dit comment est-ce que cet enfant qui est décédé il y a, je crois, 12 ans, personne n’en parle. Personne. La tutelle, c’est le silence. La ville pour laquelle il s’est sacrifié, rien. Je me suis dit mais ce gars ne peut pas disparaître dans les mémoires de l’histoire, ce n’est pas possible. Je ne sais pas si dans le monde on a vu une preuve d’altruisme comme celle-là. »
« C’est là où il m’est venue l’idée d’instaurer ce prix qui est appelé le prix Ben Fayçal de l’altruisme médical. Ce modèle ne va pas s’arrêter là. Quelqu’un qui sort son argent pour équiper un hôpital public, je ne l’ai jamais vu. Je n’ai jamais vu un fonctionnaire dans ce pays avoir placé une ampoule dans son bureau», raconte Rodolphe Fonkoua.
Qui fait un constat moins reluisant dans les hôpitaux. « … De moins en moins, on voit des soignants compatissants. Parce qu’en réalité, la compassion, c’est quoi ? La compassion, c’est d’être ce malade que vous avez devant vous. Et se poser la question, si j’étais ce malade que je suis en train de suivre, qu’est-ce que j’aimerais entendre ? »
« Qu’est-ce que j’aimerais qu’on me dise ? Et je crois que si tout soignant se posait cette question fondamentale, je ne dis pas qu’il n’y aurait plus des morts, mais tous ceux qui iraient vers la mort iront étant joyeux. Et malheureusement, on n’en trouve très peu ».
Le prix Ben Fayçal de l’altruisme médical
Pour ce qui est de la sélection des candidats, l’on nous fait savoir de la mise à contribution des municipalités. « Nous allons mettre les municipalités à l’épreuve, de façon discrète. Si ça revient, que vraiment tel enfant dans un endroit du pays, reculé, fait des choses extraordinaires, on le saura ».
« Il y aura des témoignages de malades. Je crois que nos meilleurs juges, nos meilleurs juges, c’est les malades. Pas les confrères. Je ne sais pas, si je pourrais avoir ce prix. Je me connais, ce n’est pas possible », nous fait comprendre le Dr Fonkoua, pour évoquer le caractère rigoureux du choix des candidats.
Dans la planification, le prix Ben Fayçal de l’altruisme médical sera décerné chaque année, à chaque assemblée générale. Pour ce qui est du Golden Palm, « …. Après, peut-être, il faudra sauter un an sans avoir quelqu’un qui a atteint cinquante ans », explique-t-on encore.
A l’Ordre national des médecins, on envisage de construire une stèle pour le Ben Fayçal qui sera placé au siège de l’Ordre parce que « c’est important. C’est vraiment important, c’est quelque chose qui marque. Vraiment, il faut que l’histoire de cet enfant reste », soutient déterminé le Dr Rodolphe Fonkoua.
















