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OMC en crise existentielle : Yaoundé accueille une conférence ministérielle sous haute tension

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L’OMC en crise existentielle réunit ses ministres à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026. Protectionnisme américain, droits de douane unilatéraux, perturbations liées à la guerre au Moyen-Orient : les défis qui pèsent sur cette conférence sont sans précédent. La directrice générale de l’organisation a averti que le statu quo n’est plus une option.

Yaoundé : une conférence ministérielle sous haute tension

L’Organisation mondiale du commerce ouvre sa conférence ministérielle au Cameroun le 26 mars 2026. Cet organe décisionnel suprême se réunit tous les deux ans. Cette édition s’inscrit dans un climat radicalement plus dégradé que les précédentes.

La directrice générale Ngozi Okonjo-Iweala a tiré la sonnette d’alarme jeudi. La guerre au Moyen-Orient perturbe les flux commerciaux à l’échelle mondiale. Les prévisions de ralentissement de la croissance du commerce international doivent servir de « sonnette d’alarme », a-t-elle déclaré.

L’édition précédente, organisée à Abou Dhabi en 2024, avait déjà laissé les négociateurs dans l’impasse. Les ministres n’avaient pas réussi à s’accorder sur la pêche ni sur l’agriculture. Deux ans plus tard, les dossiers non résolus s’accumulent et les tensions se sont considérablement renforcées.

OMC en crise existentielle : le diagnostic partagé par les grandes puissances

Le constat s’impose à toutes les délégations présentes. Pour l’Union européenne, l’organisation traverse un « tournant (…) existentiel ». Londres partage cette inquiétude : « L’OMC vit un moment décisif. Si elle n’est pas réformée, elle perdra peu à peu toute sa pertinence. »

Ngozi Okonjo-Iweala ne mâche pas ses mots. Yaoundé constitue « une étape charnière », selon elle. « Le statu quo n’est pas une option », a-t-elle martelé. L’ambassadeur suisse auprès de l’OMC, Erwin Bollinger, formule le même avertissement : sans réforme, « l’OMC perdra de son influence ; cela conduira à une fragmentation accrue du système commercial. »

Cette atmosphère de crise se traduit dans les données économiques. Le ralentissement attendu de la croissance du commerce mondial renforce le sentiment d’urgence. Les perturbations engendrées par la guerre au Moyen-Orient ajoutent une pression supplémentaire sur des échanges déjà fragilisés.

Les observateurs extérieurs sont tout aussi pessimistes. « Jamais le système n’a autant été remis en cause », confie un diplomate occidental à l’AFP. Hamid Mamdouh, ancien haut fonctionnaire de l’organisation, abonde : « Avec les actions de l’administration Trump et les incertitudes qu’elles ont engendrées pour le commerce international, le sentiment de crise est beaucoup plus fort à l’OMC. »

Un agenda de réforme au bord de l’impasse

Les membres réunis à Yaoundé doivent élaborer un plan d’action pour réformer l’OMC. Plusieurs délégations veulent modifier les procédures décisionnelles, fondées sur la règle du consensus. D’autres souhaitent revoir les règles applicables aux pays en développement ou celles relatives à l’égalité des conditions de concurrence.

Les positions restent très éloignées. Petros Mavroidis, professeur de droit de l’OMC à la Columbia Law School, estime que cette conférence « risque d’être plus tendue » que les précédentes, en raison des nombreuses et « profondes divergences ». La question n’est plus tant l’ambition réformatrice que « de savoir quelle sera l’étendue des dégâts », a-t-il confié à l’AFP.

La réforme de l’OMC est un serpent de mer. Les négociations s’y enlisent régulièrement en raison de la règle du consensus, qui exige l’accord de tous les membres. La politique commerciale agressive de Donald Trump a rendu cette réforme plus urgente que jamais.

Un dossier technique s’ajoute à l’agenda : la reconduction du moratoire sur les droits de douane applicables aux transmissions électroniques. Ce sujet requiert notamment de convaincre l’Inde, dont la position sera déterminante pour l’issue des négociations.

La paralysie de l’OMC comporte aussi une dimension structurelle ancienne. L’organe d’appel du mécanisme de règlement des différends est hors service depuis 2019, faute de juges nommés. Washington bloque cette nomination depuis des années. Le système de résolution des litiges fonctionne donc en mode dégradé depuis plus de six ans.

Washington, principal facteur de déstabilisation

Cette conférence est la première depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Sa politique commerciale repose sur les droits de douane unilatéraux et les accords bilatéraux. Elle contourne délibérément les règles multilatérales que l’OMC est censée faire respecter.

« Les Américains de fait sont sortis de l’OMC : ils ne respectent aucune des règles auxquelles ils avaient souscrit », a déclaré Pascal Lamy, ex-directeur général de l’organisation, à l’AFP. Les États-Unis maintiennent pourtant leur adhésion formelle. Cédric Dupont, professeur à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève, précise : « Les États-Unis ne veulent pas quitter l’OMC, mais ils la contraignent et la paralysent sur les choses qu’ils n’aiment pas. »

Washington ne cache pas son désamour. Les États-Unis « sont très préoccupés par le système commercial incarné par l’OMC, étant donné que ce système a supervisé un monde de déséquilibres graves et durables et y a contribué », ont-ils indiqué récemment. L’ambassadeur américain Joseph Barloon a précisé la semaine dernière que les États-Unis rejettent en l’état le projet de réforme actuel. Les discussions ne seraient « pas suffisamment avancées », selon lui.

Le contexte géopolitique amplifie ces tensions. La frontière entre échanges commerciaux et impératifs de sécurité nationale est toujours plus poreuse sur la scène internationale. Cette évolution fragilise davantage les bases du multilatéralisme que l’OMC est censée incarner.

Le principe MFN, pierre d’achoppement entre grandes puissances

Washington critique un principe fondateur de l’OMC : la clause de la « nation la plus favorisée » (MFN). Ce mécanisme central oblige chaque membre à offrir un traitement commercial identique à tous ses partenaires. Remis en question par les États-Unis, il cristallise des fractures profondes.

L’Union européenne a réagi en janvier en indiquant qu' »il conviendrait de mener une réflexion » sur ce sujet. Cette formulation prudente marque un glissement notable de position. La Chine, soutenue par les pays en développement, maintient que ce principe doit rester « le socle » de l’organisation.

Ce désaccord illustre une évolution de fond. Les blocs économiques et les accords bilatéraux prolifèrent. Le multilatéralisme recule face aux logiques de puissance nationale.

OMC en crise existentielle : les enjeux de Yaoundé pour l’avenir du commerce mondial

L’issue de la conférence reste indéterminée. Les positions des principales puissances commerciales demeurent très éloignées. Les marges de compromis paraissent étroites dans le contexte actuel.

Un nouvel échec renforcerait la crise de légitimité qui frappe l’organisation depuis plusieurs années. Sans accord solide sur la réforme, la fragmentation du commerce mondial s’accélérerait. Les pays en développement, pour qui les règles multilatérales constituent souvent la seule protection contre les rapports de force économiques inégaux, seraient parmi les premiers touchés.

Yaoundé représente une chance que les membres de l’OMC ne peuvent pas se permettre de manquer. Ngozi Okonjo-Iweala l’a dit sans ambiguïté : l’organisation est à « une étape charnière ». L’OMC en crise existentielle joue, entre le 26 et le 29 mars, une partie décisive pour l’avenir du commerce international.

Source : Agence France-Presse

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