Offensive terrestre américaine en Iran: c’est l’accusation centrale lancée dimanche par Téhéran contre Washington, alors que le conflit entre dans son deuxième mois. Des universités aux détroits pétroliers, la guerre s’étend à des secteurs inédits. Les frappes se multiplient, les ultimatums s’enchaînent, et la diplomatie peine à trouver une issue.
Offensive terrestre américaine en Iran : l’accusation de Téhéran
L’Iran a accusé dimanche les États-Unis de préparer « secrètement » une opération militaire au sol. Cette accusation, formulée au deuxième mois du conflit, marque un nouveau durcissement des positions. Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien, a prononcé les mots les plus directs depuis l’ouverture des hostilités.
« L’ennemi envoie publiquement des messages de négociation et de dialogue, tout en planifiant secrètement une offensive terrestre », a-t-il dénoncé. Sa mise en garde a suivi immédiatement : « Nos hommes attendent l’arrivée des soldats américains sur le terrain pour les attaquer et punir une bonne fois pour toutes leurs alliés régionaux. »
Ces déclarations interviennent sur fond de spéculations croissantes. Le Washington Post, citant des responsables américains anonymes, révèle que le Pentagone se préparerait à des opérations terrestres de plusieurs semaines. La diplomatie américaine, elle, oscille entre affirmations et ambiguïtés.
Marco Rubio, chef de la diplomatie de Washington, avait écarté cette hypothèse vendredi. Il avait assuré que les « objectifs » de guerre américains pourraient être atteints sans troupes au sol. Mais un navire d’assaut amphibie américain, à la tête d’un groupe naval comprenant « quelque 3 500 » marins et soldats du corps des Marines, est arrivé dans la région le même jour. Donald Trump, de son côté, entretient une ambiguïté persistante sur cette question.
Frappes croisées, explosions et ultimatum sur les universités
Sur le terrain, les échanges de frappes ne marquent aucune pause. Israël a annoncé avoir visé un site clé de production de missiles en Iran, avant de lancer de nouvelles salves dans la soirée contre diverses cibles. Des « impacts de débris de missile » ont été signalés dans un complexe industriel situé dans le sud d’Israël.
À Téhéran, un journaliste de l’AFP a entendu une série d’explosions, dont une très puissante. Le ministère iranien de l’Énergie a signalé des coupures de courant dans la capitale et sa région, faisant état d' »attaques » contre des installations électriques.
Les Gardiens de la Révolution ont par ailleurs lancé un ultimatum concernant les établissements américains au Moyen-Orient. En réponse à des frappes contre des universités iraniennes, ils ont menacé des représailles directes. L’Université de technologie d’Ispahan, dans le centre de l’Iran, avait déclaré dimanche avoir été visée par une attaque américano-israélienne.
« Si le gouvernement américain veut que ses universités dans la région ne subissent pas de représailles (…), il doit condamner le bombardement des universités dans un communiqué officiel avant lundi 30 mars à midi » (08h30 GMT), ont averti les Gardiens de la Révolution.
Face à cet ultimatum, plusieurs établissements ont réagi sans attendre. L’Université américaine de Beyrouth a annoncé le passage à l’enseignement en ligne pour deux jours. En Jordanie, l’Université américaine de Madaba a pris la même décision.
Contexte : un conflit né le 28 février, deux détroits sous menace
Ce conflit a débuté le 28 février par une attaque américano-israélienne contre Téhéran. Depuis, il ne cesse de s’étendre. Les populations civiles paient un lourd tribut et les répercussions économiques mondiales s’accumulent de semaine en semaine.
Dès le début des hostilités, l’Iran a bloqué le détroit d’Ormuz. Par cette voie stratégique transite un cinquième du pétrole mondial. Ce blocage a provoqué un choc énergétique d’ampleur mondiale, forçant les gouvernements à des mesures d’urgence. De Bangkok à Berlin, de Tokyo à Paris, les capitales tentent de contenir la flambée des prix.
Cette crise énergétique risque de s’aggraver encore. Les rebelles houthis du Yémen, alliés de l’Iran, ont annoncé avoir mené deux attaques contre Israël samedi. Depuis leurs positions stratégiques, ils peuvent également entraver la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, l’un des couloirs maritimes les plus empruntés au monde.
L’Iran a par ailleurs ciblé deux des plus importantes fonderies d’aluminium mondiales, situées au Bahreïn et dans les Émirats arabes unis. Au Koweït, dix militaires ont été blessés dans une attaque contre un site des forces armées, selon un communiqué de l’armée. Ces frappes contre des intérêts économiques régionaux visent explicitement à alourdir le coût humain et financier du conflit pour les alliés de Washington.
Réactions et citations : la diplomatie d’Islamabad, les mots d’Ahvaz
Sur le plan diplomatique, les efforts pour mettre fin aux hostilités s’intensifient. Des responsables turcs, pakistanais, égyptiens et saoudiens se sont réunis dimanche à Islamabad pour des « discussions approfondies ». D’autres échanges sont prévus lundi.
Ces tractations se déroulent alors que le conflit entre dans son deuxième mois sans perspective de cessez-le-feu. Derrière les manœuvres diplomatiques, les voix civiles témoignent d’un quotidien marqué par l’angoisse.
Farzaneh, une Iranienne de 62 ans, livre son ressenti depuis Ahvaz, dans le sud-ouest du pays. « Les gens se réveillent chaque jour inquiets face à un avenir incertain », confie-t-elle à l’AFP. « Personne ne souhaite vraiment la guerre », qui ne saurait apporter « de vraie solution à nos problèmes », déplore-t-elle.
Parallèlement au front iranien, Israël continue ses opérations au Liban. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ordonné à l’armée « d’étendre la zone de sécurité » dans le sud du pays voisin, où elle combat le Hezbollah pro-iranien. Les frappes israéliennes ont causé 1 238 morts depuis le 2 mars, dont 124 enfants, selon le ministère libanais de la Santé. Rien que lors des journées de samedi et dimanche, 49 personnes ont perdu la vie, dont dix secouristes et trois journalistes.
Offensive terrestre américaine en Iran : l’escalade redoutée
L’offensive terrestre américaine demeure le scénario le plus redouté à Téhéran. Les signaux contradictoires de Washington entretiennent une incertitude dangereuse. La présence navale américaine dans la région pèse désormais sur chaque calcul stratégique des deux camps.
L’ultimatum des Gardiens de la Révolution expire lundi 30 mars à midi. Si les États-Unis ne condamnent pas les frappes sur les universités iraniennes, de nouvelles représailles pourraient viser des établissements américains dans toute la région. Les réunions d’Islamabad, qui doivent se poursuivre lundi, offrent une fenêtre de dialogue étroite mais réelle.
La crise énergétique mondiale, alimentée par le blocage d’Ormuz et la menace grandissante sur Bab el-Mandeb, risque de s’aggraver à chaque nouvelle escalade. Les marchés restent sous pression, les populations dans l’incertitude, et la diplomatie sous la contrainte de délais serrés.
Source : Agence France-Presse
















