Minneapolis résiste à Trump. Des dizaines de milliers d’Américains ont envahi ce samedi les rues du Minnesota pour la troisième journée nationale du mouvement « No Kings ». Bruce Springsteen en personne a galvanisé la foule, qui scandait « Pas de rois, pas d’ICE, pas de guerre ! » sur le chemin du Capitole de Saint-Paul.
Minneapolis résiste à Trump : épicentre d’une mobilisation nationale
Le mouvement « No Kings » a choisi Minneapolis comme centre symbolique de sa troisième journée de mobilisation nationale, ce samedi 29 mars 2026. La ville du Minnesota, devenue malgré elle l’emblème de l’opposition au président républicain, a accueilli une foule massive. Les organisateurs ont revendiqué 200 000 participants.
Des dizaines de milliers de manifestants ont marché depuis Minneapolis jusqu’au Capitole de Saint-Paul, sa ville jumelle du Midwest. La foule s’est étirée sur plus d’un kilomètre entre le Capitole et la cathédrale de la ville. Malgré le froid et le vent, le cortège restait dense et compact.
Le slogan de la journée donnait le ton dès le départ. « Pas de rois, pas d’ICE, pas de guerre ! » a résonné tout au long du parcours, repris en chœur par la foule. Ce refrain concentre les trois fronts de la contestation : le pouvoir exécutif, la police de l’immigration et la politique étrangère de l’administration Trump.
Bruce Springsteen, 76 ans, a pris le micro pour galvaniser les manifestants. L’artiste a interprété « Streets of Minneapolis », une chanson écrite en hommage à Renee Good et Alex Pretti. Ces deux Américains ont été tués en janvier par des agents chargés de la lutte contre l’immigration, alors qu’ils contestaient pacifiquement leur action.
Le choix de Minneapolis n’est pas anodin. Cette ville du Midwest, éprouvée par la violence des agents fédéraux depuis janvier, concentre à la fois le traumatisme et la résistance. Pour le mouvement « No Kings », en faire l’épicentre de la troisième journée nationale envoie un message direct à l’administration Trump.
200 000 manifestants, des symboles forts et une scène politique chargée
Deux vastes banderoles résumaient l’état d’esprit général sur les marches du Capitole de Saint-Paul. La première rappelait les événements de janvier : « Nous avions des sifflets, ils avaient des armes à feu. » La seconde proclamait l’ambition collective : « La révolution commence au Minnesota. »
Au milieu de la marée humaine, certains manifestants brandissaient des portraits de Donald Trump affublé d’une moustache rappelant celle d’Adolf Hitler. D’autres portaient des pancartes « ICE dehors », les mêmes qu’ils avaient agitées pendant des semaines pour réclamer le départ de la police de l’immigration de leur ville.
Springsteen n’a pas ménagé ses mots face à la foule. « Votre courage et votre détermination nous ont montré que ceci est encore l’Amérique, et que ce cauchemar réactionnaire et ces invasions de villes américaines ne passeront pas », a-t-il lancé aux manifestants du Minnesota. « Vous nous avez donné l’espoir, vous nous avez donné du courage ! », a-t-il ajouté.
L’interprétation de « Streets of Minneapolis » a visiblement touché les présents. La guitare acoustique du rockeur a arraché des larmes à certains membres de la foule. « Leur bravoure, leur sacrifice et leurs noms ne seront pas oubliés », a-t-il promis.
Contexte : deux morts qui ont transformé Minneapolis en symbole
La mort de Renee Good et Alex Pretti en janvier a marqué un tournant pour Minneapolis. Ces deux Américains ont été tués par des agents de l’immigration alors qu’ils contestaient pacifiquement leur action. Leur décès a propulsé la ville au rang de ville martyre aux yeux de la gauche américaine.
Depuis lors, Minneapolis est présentée comme un rempart de la démocratie face aux politiques migratoires de l’administration Trump. Le mouvement « No Kings », qui mobilise à chaque fois des millions d’Américains dans tous les États-Unis, en a fait l’épicentre naturel de sa contestation ce samedi.
Cette troisième journée nationale de mobilisation en moins d’un an confirme l’ampleur et la durée du mouvement. Pendant des semaines avant ce rassemblement, des manifestants avaient agité des pancartes « ICE dehors » pour obtenir le retrait de la police de l’immigration de leur ville.
Les habitants portent encore le poids de ces semaines de tension. Pamela Sinness, 73 ans, résume ce sentiment pour l’AFP : « Les habitants du Minnesota ont été très traumatisés par la violence et le manque de respect envers tout le monde. » Cette retraitée a rejoint le rassemblement par conviction profonde.
Elle croit « en l’égalité des droits pour tous, y compris les immigrés qui viennent dans notre pays ». Sa présence, comme celle de milliers d’autres, illustre la diversité d’un mouvement qui dépasse les seules questions migratoires. La contestation s’ancre dans une défense plus large des droits et de l’État de droit.
Réactions et citations : Walz, Sanders et la colère des manifestants
Sur les marches du Capitole de Saint-Paul, les élus ont pris la parole face à la foule. Le gouverneur du Minnesota Tim Walz a remercié la population de s’être mobilisée contre ce qu’il a qualifié de « dictateur en herbe ». Sa prise de position a été longuement applaudie.
Bernie Sanders, ancien candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle, a durci le ton depuis la tribune. « Nous n’accepterons jamais un président qui est un menteur pathologique, un kleptocrate et un narcissique qui sape la Constitution des États-Unis et l’État de droit chaque jour », a-t-il déclaré. La foule a répondu par une longue ovation.
Gina Bilotta-Racelis, septuagénaire présente dans le cortège, exprimait la frustration de nombreux manifestants. Donald Trump « est incompétent, il n’a aucune idée de ce qu’il fait », a-t-elle pesté. Elle dénonce la guerre déclenchée au Moyen-Orient par le président, sans l’aval du Congrès.
« Il devrait respecter les règles et les lois comme tout le monde », a-t-elle ajouté. Pour elle, ce conflit et les opérations de l’ICE à Minneapolis font exploser le prix de l’essence. Ces conséquences concrètes alimentent une colère qui ne faiblit pas.
Minneapolis résiste à Trump jusqu’aux midterms : l’objectif des manifestants
Minneapolis résiste à Trump, et le regard se tourne déjà vers les prochaines échéances électorales. Le mouvement « No Kings » a mobilisé des millions d’Américains lors de chacune de ses trois journées d’action successives. La dynamique dépasse désormais les frontières du Minnesota.
Gina Bilotta-Racelis estime que l’étroite majorité républicaine au Congrès ne survivra pas aux élections de mi-mandat prévues en novembre. « Je pense qu’ils vont perdre », a-t-elle déclaré avec conviction. « Si on suit les sondages, on voit que c’est en train d’arriver, jour après jour », a-t-elle précisé.
Un message que partage une foule persuadée que l’alternance politique est proche. Sur les marches du Capitole de Saint-Paul, les discours se sont succédé sous les applaudissements nourris. La mobilisation du mouvement « No Kings » continue de prendre de l’ampleur, à Minneapolis comme dans le reste du pays.
La ville, marquée par le deuil de Renee Good et Alex Pretti, s’affirme désormais comme le point de départ symbolique d’un combat qui se joue à l’échelle nationale. À chaque nouvelle journée de mobilisation, la détermination des manifestants paraît intacte.
Source : Agence France-Presse















