Le jour où Maduro a disparu, tout commence par des sifflements presque familiers. Puis viennent des détonations, qu’on pourrait prendre pour des feux d’artifice du Nouvel An à Caracas. Jusqu’au moment où les vitres vibrent, comme si la ville retenait son souffle.
À 02 h 00, la fiction festive s’effondre : l’opération américaine pour déloger Nicolas Maduro vient de s’ouvrir. Le ciel devient un champ de manœuvre, la nuit un théâtre d’assaut.
Dans ce fracas, un pays passe brutalement d’un rituel de célébration à une séquence de guerre, comme si l’histoire avait choisi ce moment précis pour changer de rythme et de visage.
Les sifflements et les grondements d’avions ou de missiles remplissent l’air. Ils ne cessent pas. Des explosions éclatent par dizaines. Par moments, le ciel s’illumine quelques secondes. Ainsi, la nuit devient un champ de bataille.
« J’ai senti les explosions me soulever du lit. J’ai pensé : Mon Dieu, mon jour est arrivé, et j’ai pleuré », raconte Maria Eugenia Escobar, 58 ans, habitante de La Guaira. Son témoignage dit la violence du choc et la peur qui ont saisi la population.
– Une opération opaque, un récit imposé –
Des journalistes de l’AFP entendent des hélicoptères. Impossible de savoir s’il s’agit d’appareils vénézuéliens ou américains. Le doute renforce la tension et montre que la situation reste confuse.
Des colonnes de fumée montent en plusieurs points de la capitale. Elles s’élèvent au‑dessus de Fuerte Tiuna, l’immense enclave militaire de Caracas, et de l’aéroport militaire de La Carlota. Ainsi, la ville révèle l’ampleur des frappes.
Des témoins signalent des frappes à La Guaira, à l’aéroport et au port de Caracas. D’autres parlent d’explosions à Maracaibo, à l’ouest, et à Higuerote, à l’est. Ainsi, les impacts semblent dispersés sur tout le territoire.
Vers 03 h 15, les opérations semblent s’arrêter. Le calme revient brièvement. Mais à 05 h 00, la surprise tombe : le président américain Donald Trump annonce que les États‑Unis ont capturé et exfiltré Nicolas Maduro et la Première dame, Cilia Flores, surnommée la « Première combattante ». Ainsi, la fin apparente des frappes se transforme en coup de théâtre politique.
Où et comment ? Aucune explication. Le silence domine.
Puis vient la prise de parole de Donald Trump sur la chaîne américaine Fox News. C’est là que le récit reprend, unilatéralement, depuis Washington.
Donald Trump raconte une scène qu’il présente comme un assaut contre une forteresse. Un lieu « très fortement gardé », protégé par des portes en acier et un espace de sécurité ceinturé de métal. Il décrit Maduro tentant de s’y réfugier, incapable de refermer la zone avant d’être saisi « tellement vite » qu’aucune défense n’a tenu.
– Quand la guerre devient un récit télévisé –
Dans son récit, Trump dit avoir suivi l’opération en direct, « comme un show télévisé ». Cette comparaison, presque désinvolte, donne à l’intervention une dimension spectaculaire, comme si la capture d’un chef d’État devenait un épisode mis en scène pour l’audience.
À travers ces mots, c’est toute la dramaturgie du pouvoir qui affleure : une opération militaire transformée en spectacle, un moment de guerre raconté comme un divertissement, et un pays réduit à l’arrière‑plan d’une narration contrôlée depuis Washington.
Le jour se lève et l’ampleur de l’attaque apparaît. Des blindés légers sont criblés de balles. D’autres véhicules gisent, calcinés. Certaines zones de la capitale sentent encore la poudre. Des habitants fuient Fuerte Tiuna. Ils parlent de survie, pas de fuite ordinaire.
Impuissante, la vice‑présidente Delcy Rodríguez affirme à la télévision, par téléphone, qu’elle ignore où se trouve Maduro. En parallèle, elle appelle à mettre en place un plan de défense du pays. Ainsi, le pouvoir apparaît fragmenté et sous pression.
Des hélicoptères américains ont pénétré jusqu’au cœur de Caracas pour capturer Nicolas Maduro. L’opération s’est déroulée en pleine nuit, au plus près des centres de pouvoir. Le message est clair : Washington a frappé au centre névralgique du régime.
C’est une surprise. Au Venezuela, on s’était habitué aux menaces de Donald Trump, déjà restées sans effet lorsqu’il avait tenté d’évincer Maduro lors de son premier passage à la Maison-Blanche.
On s’était aussi habitué aux alertes de Maduro, dénonçant sans cesse des coups d’État et des conspirations, réelles ou imaginaires. Rien ne laissait penser que cette fois, tout basculerait.
– Pas de bilan humain –
Trump a progressivement augmenté la pression sur Maduro. Dès le début de son mandat, en 2025, il durcit les sanctions économiques. En août, il envoie une flotte militaire dans les Caraïbes. Il accuse alors Maduro de diriger un cartel de narcotrafiquants, une accusation dont l’existence reste, selon plusieurs experts, à démontrer. Ainsi, la confrontation monte d’un cran mois après mois.
En septembre, Washington lance des frappes contre des bateaux de narcotrafiquants présumés. Ces opérations ont déjà fait plus de 100 morts. La logique d’escalade se confirme, sans que les preuves avancées par les États‑Unis convainquent tous les experts.
À partir de novembre, le plus grand porte‑avions du monde arrive dans les Caraïbes. Le mois suivant, les États‑Unis saisissent manu militari un pétrolier, puis un second. Dans le même temps, les incursions d’avions militaires américains se multiplient, aux limites — parfois au‑dessus — du Venezuela. L’escalade devient impossible à ignorer.
« Yes peace, No war », répétait Nicolas Maduro. Il le criait, le chantait, parfois même le dansait, en public comme à la télévision. Il parlait d’une guerre « psychologique » menée par « Goliath » contre David. Un message devenu rituel, censé rassurer une population habituée aux tensions.
Finalement, après avoir patiemment avancé ses pions, « Goliath » est passé à l’offensive. L’opération lui a permis de concrétiser une menace répétée ces dernières semaines : les jours de Maduro au pouvoir étaient « comptés ». La promesse a été mise à exécution.
Si Donald Trump s’est félicité qu’aucun soldat américain n’ait été tué, le bilan humain côté vénézuélien reste inconnu. L’opacité domine encore, alimentant les inquiétudes sur l’ampleur réelle des pertes.
Le ministre vénézuélien de la Défense, le général Vladimir Padrino López, accuse l’armée américaine d’avoir frappé « des zones résidentielles de population civile ». L’allégation ajoute une dimension explosive au récit déjà tendu de l’opération.
Source: Agence France-Presse
















