Son crâne tondu, ses lunettes carrées et son rire espiègle en ont fait une icône. Le Dalaï Lama, qui fête le 6 juillet ses 90 ans, est salué dans le monde entier comme le champion de la liberté du Tibet, sauf en Chine qui en a fait son ennemi.
Tenzin Gyatso, son nom de réincarnation, se présente lui-même comme un « simple moine bouddhiste » mais il a parcouru le monde entier, côtoyant rois ou reines, hommes politiques et célébrités au nom de la cause tibétaine. Chef spirituel autant que politique, il est devenu un symbole mondial de paix, un visionnaire, à l’égal selon ses partisans du Mahatma Gandhi, de Martin Luther King ou Nelson Mandela.
Tout au long de son existence, il a cherché sans relâche depuis son exil indien un compromis avec Pékin sur le sort des Tibétains, une lutte non-violente et pacifiste récompensée en 1989 par le prix Nobel de la paix. Le Dalaï Lama n’a que 23 ans lorsque craignant pour sa vie, il fuit « sa » capitale Lhassa pour échapper à la sanglante répression par les soldats chinois d’un soulèvement débuté sept jours auparavant, le 10 mars 1959.
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Il n’a depuis jamais remis les pieds au Tibet. Sa vie s’organise depuis autour de la ville de Dharamsala, dans le nord de l’Inde, où il a installé un gouvernement en exil.
En juin 1988, il crée la surprise en annonçant qu’il renonce à exiger l’indépendance du Tibet, préférant revendiquer davantage d’autonomie pour son peuple au sein de la République populaire de Chine.
– « Loup en robe rouge » –
Au fil des siècles, le Tibet a alterné les périodes d’indépendance et de contrôle par la Chine.
La « voie moyenne » choisie par le Dalaï Lama, alors vécue par nombre de Tibétains comme une trahison, divise la diaspora et se heurte à une fin de non-recevoir du gouvernement chinois. Un an plus tard, le prix Nobel de la paix asseoit sa popularité sur la scène mondiale.
Le Dalaï Lama est alors l’invité des dirigeants du monde entier et des stars d’Hollywood, comme l’acteur américain Richard Gere. Mais Pékin reste insensible au charme de celle qu’elle qualifie de « loup en robe de moine ». Cette notoriété ne change en rien l’homme qu’il est, selon son traducteur depuis plus de quarante ans, Thupten Jinpa. « Il ne se prend jamais pour quelqu’un d’extraordinaire ».
Même s’il a adouci ses revendications, le chef spirituel et politique s’est toujours refusé à reconnaître que son territoire faisait historiquement partie de la Chine. Une position sur laquelle Pékin fonde encore son refus de dialoguer avec ses représentants.
En 2011, il a alors 76 ans, le Dalaï Lama fait un pas de côté en renonçant à son pouvoir politique. La charge de mener les Tibétains en exil est désormais confiée à un Premier ministre, élu par la diaspora, une rupture historique.
Né le 6 juillet 1935, Lhamo Dhondup, fils d’un couple de modestes fermiers des collines du Nord-Est tibétain, a été choisi à l’âge de 2 ans comme la 14ème réincarnation du chef religieux suprême du bouddhisme. Il devient alors Jetsun Jamphel Ngawang Lobsang Yeshe Tenzin Gyatso, littéralement « Saint Seigneur, Douce Gloire, Compatissant Défenseur de la Foi et Océan de Sagesse ».
– Exil indien prolongé –
Séparé de sa famille, il est emmené à Lhassa et installé au palais du Potala, où il reçoit une austère éducation théologique et philosophique qui le prépare à devenir chef.
Le Dalaï Lama a 15 ans lors de l’invasion du Tibet par les troupes de la Chine communiste, au nom de la lutte contre « les oppresseurs impérialistes » et le « féodalisme », le 7 octobre 1950. Il est alors intronisé à la hâte chef de l’Etat.
En apprenant sa fuite vers l’Inde neuf ans plus tard, le dirigeant chinois Mao Zedong aurait dit: « dans ce cas, nous avons perdu la bataille ». Accueilli par le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru, qui lui offre de s’établir à Dharamsala, le Dalaï Lama est traité comme un invité d’honneur par son hôte, une position qui suscite de vives tensions entre New Delhi et Pékin.
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Redoutant que la désignation de son successeur ne soit prise en main par la Chine, le dirigeant tibétain a laissé plusieurs fois entendre que sa lignée, perpétuée depuis le XIVe siècle, pourrait s’éteindre à sa mort.
Interrogé en 2005 sur sa réincarnation par le Sunday Times britannique, Tenzin Gyatso répond malicieusement: « je reviendrai peut-être en blonde mutine, ou pas du tout ».
Mais il est resté clair sur un point: « aucune reconnaissance ou acceptation ne devrait être accordée à un candidat choisi à des fins politiques par qui que ce soit, y compris en République populaire de Chine », avertit-il.
Toute la communauté tibétaine attend avec impatience sa décision.
Source : Agence France-Presse
















