Le Cameroun a arraché son billet pour les quarts de finale de la CAN 2025 au terme d’un combat âpre face à l’Afrique du Sud, finalement domptée 2-1 dimanche à Rabat. Une victoire qui dépasse la simple qualification et ouvre désormais un duel annoncé : l’audace contre la puissance.
Elle ouvre la porte à un duel chargé de tension et de symboles : un face-à-face avec le Maroc, pays hôte, favori déclaré et puissance montante du football continental.
D’un côté, les Lions Indomptables, héritiers d’une histoire lourde, en quête de renaissance et de cohérence. De l’autre, les Lions de l’Atlas, portés par leur public, sûrs de leur force et déterminés à imposer leur loi sur “leur” CAN.
Entre les deux, un choc qui dépasse le simple cadre sportif. Un rendez-vous où se mêlent prestige, mémoire et affirmation de puissance. Et où chaque geste, chaque duel, chaque souffle comptera.
– Du désordre à la révolte –
Arrivés au Maroc avec une tanière sens dessus dessous, les Lions Indomptables montent en puissance. Face aux Bafana Bafana, malmenés pendant une mi-temps, ils ont fini par s’imposer avec autorité. Une victoire qui confirme leur montée en régime.
Le Cameroun, cinq fois champion d’Afrique, avançait à l’aveugle depuis un an et demi, plombé par un conflit ouvert entre le ministère des Sports et Samuel Eto’o, président de la Fédération.
Dans ce chaos, les Lions ont débarqué dans la CAN sur la pointe des pieds, sans repères, sans certitudes. Une équipe en doute, mais pas résignée.
Habitué à briller dans l’adversité, le Cameroun se retrouve en quarts de finale. Un renouveau largement lié à David Pagou, nommé seulement vingt jours avant le début de la CAN pour remplacer le Belge Marc Brys, dont il était l’adjoint. Une transition express, mais décisive.
Pagou, homme de l’ombre et fidèle d’Eto’o, fils de militaire, a remis de l’ordre dans la tanière. Il a exigé de ses joueurs une discipline de soldats pour traverser ce tournoi. Un message clair, sans fioritures.
Pour cela, il s’est appuyé sur une ossature très jeune, composée de joueurs prometteurs entièrement tournés vers le collectif. Les talents confirmés, eux, ont été laissés de côté. Un choix fort, assumé, qui change le visage des Lions.
Ce sont d’ailleurs deux de ses jeunes pousses qui ont marqué face à l’Afrique du Sud.
– La relève prend le pouvoir –
Le premier éclair est venu de Junior Tchamadeu. À 22 ans, le latéral, autrefois boudé par Marc Brys puis remis en selle par Pagou, a incarné le retournement de destin de cette équipe.
À la 34e minute, sur un corner mal repoussé, une frappe de Carlos Baleba est déviée, et Tchamadeu surgit pour ouvrir le score, presque à contretemps, presque à contre-logique.
Ce but raconte plus qu’une action. Il symbolise la réhabilitation d’un joueur, la confiance retrouvée et cette capacité typiquement camerounaise à renaître là où on ne l’attend plus.
Dans un match où le Cameroun subissait, ce geste a inversé l’élan, comme un rappel que les Lions savent mordre même dans la tourmente.
Et puis, la jeunesse a encore frappé. Christian Kofane, 19 ans, prodige du Bayer Leverkusen et novice en sélection avant cette CAN, a offert au Cameroun un second souffle.
À la 47e minute, il a surgi au-dessus de la défense pour catapulter de la tête un centre précis de Mahamadou Nagida, entré après la blessure de Darlin Yongwa. Un geste puissant, net, qui a fait basculer le match.
Ce but n’est pas seulement celui d’un jeune talent. Il symbolise une génération qui s’affirme, qui ose, qui bouscule la hiérarchie. Dans un match tendu, cette action a marqué un basculement : l’instant où les Lions Indomptables ont compris qu’ils pouvaient imposer leur loi, même avec des visages nouveaux. Une promesse pour la suite et peut-être un signe du destin.
– Epassy tient la baraque, l’espoir renaît –
Après la fougue des buteurs, l’expérience a pris le relais. Dévis Epassy, seul trentenaire aligné au coup d’envoi, a repoussé à deux reprises les offensives sud-africaines (62e, 69e). Deux arrêts décisifs qui ont maintenu le Cameroun à flot.
Epassy, 32 ans, n’a rien pu faire en fin de match lorsque Evidence Makgopa a repris à bout portant un centre d’Aubrey Modiba (2-1, 88e). Mais la réaction sud-africaine arrivait trop tard. Le Cameroun tenait déjà sa qualification.
Hugo Broos, leur sélectionneur, ne remportera pas une seconde CAN dans sa carrière. Il avait déjà soulevé la CAN en 2017… avec le Cameroun.
À l’époque, il dirigeait une équipe sans repères, sans certitudes, mais qui avait fini par décrocher le dernier titre du pays à ce jour. Un rappel qui nourrit aujourd’hui bien des espoirs.
La similitude entre les parcours de 2017 et de 2025 rallume déjà les espoirs. Les supporters camerounais, bouillants et versatiles, se prennent à rêver. Et ils encensent aujourd’hui une équipe qu’ils critiquaient encore il y a quelques jours.
Vendredi, à Rabat, le Cameroun arrivera en outsider assumé. Les Lions Indomptables défieront un Maroc solide, mais laborieux vainqueur de la Tanzanie (1-0) plus tôt dans la journée. Un duel déséquilibré sur le papier. Et pourtant, un match piégé pour les Lions de l’Atlas.
Source: Agence France-Presse
















