Le Moyen‑Orient s’embrase et, avec lui, le marché mondial de l’énergie. Les frappes contre l’Iran et leurs effets sur les prix du pétrole ravivent la crainte d’un choc énergétique majeur. Entre risques de ruptures logistiques, flambée des primes d’assurance et baril sous pression, les opérateurs redoutent une nouvelle onde de choc capable de rappeler les grandes crises pétrolières du passé.
La question n’est plus théorique. Une hausse des risques au cœur de la région la plus stratégique pour l’or noir peut déstabiliser l’offre mondiale. Et, par ricochet, renchérir sur l’énergie, la logistique et l’inflation. Le dossier iranien redevient central. Et il menace un marché déjà fragile.
Iran, producteur clé sous sanctions : levier stratégique
L’Iran pèse. Le pays figure parmi les dix premiers producteurs mondiaux. Sa production avoisine 3,1 Mb/j, selon l’Opep. C’est loin du pic d’avant 1979, quand Téhéran jouait dans la cour des géants. Mais cela reste déterminant pour l’équilibre global.
Le contraste est saisissant avec les années 1970. À l’époque, l’Iran s’imposait derrière les États-Unis et l’Arabie saoudite. Le basculement politique de 1979, puis les sanctions successives, ont raboté ses volumes et contraint ses débouchés. Le potentiel demeure pourtant élevé.
Autre point clé : un coût d’extraction bas. L’or noir iranien sort du sol à des coûts que seuls certains producteurs du Golfe peuvent contester. À l’opposé, les barils non conventionnels nord-américains coûtent bien plus cher à extraire. Conséquence : dès que les contraintes s’allègent, l’offre iranienne peut remonter rapidement.
Les réserves prouvées du pays se classent tout en haut de la hiérarchie mondiale. À long terme, cela en fait un acteur incontournable. À court terme, cela signifie qu’une atteinte aux infrastructures — aujourd’hui en état fonctionnel — se paierait cash. Indisponibilités. Retards. Signal de rareté.
Reste la menace des sanctions américaines. L’Iran exporte environ 1,3 à 1,5 mb/j, avec des débouchés très concentrés. La Chine absorbe l’essentiel. Ce tropisme limite la flexibilité des volumes et accroît la vulnérabilité commerciale de Téhéran.
Détroit d’Ormuz : goulot mondial, risque maximal
Tout converge vers Ormuz. Le détroit relie le golfe au golfe d’Oman. Il canalise la richesse pétrolière du Moyen-Orient vers le monde. Près de 20 millions de barils/jour y transitaient en 2024, d’après l’EIA. Cela représente environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers.
Sa géographie fragilise tout. Largeur modeste, environ 50 km. Profondeur limitée, sous les 60 m. Un incident, même mineur, peut gripper la mécanique. Une menace crédible suffit à faire dérailler la logistique.
Le risque n’est pas seulement matériel. Il est assurantiel. Dès que la sécurité se dégrade, les primes d’assurance maritime s’envolent. Des navires attendent. D’autres dévient. Le flux se brise. La chaîne d’approvisionnement se tend.
Washington, prudent, a appelé les navires commerciaux à s’éloigner du Golfe face à des « activités militaires importantes ». L’avertissement pèse sur les affréteurs. Mais, à l’inverse, la supériorité navale et aérienne américaine pourrait rétablir rapidement un niveau de sûreté minimal. De quoi relancer, au moins partiellement, le trafic.
Quelles routes alternatives ? Elles restent limitées. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent d’infrastructures de contournement non négligeables. Mais elles ne suffisent pas à absorber un blocage prolongé d’Ormuz. Le goulot demeure systémique.
Vers un embrasement régional ? Le prix comme thermomètre
La riposte iranienne a visé plusieurs villes du Golfe, dont certaines abritent des installations ou des bases américaines. Le message est clair : la profondeur stratégique de la péninsule est exposée.
Les vulnérabilités sont connues. Des missiles à portée intermédiaire peuvent menacer des usines de désalinisation, des hubs d’hydrocarbures, des centrales électriques. Toucher ces actifs, c’est frapper le cœur énergétique et hydrique des économies du Golfe. Le signal aux marchés serait brutal.
Dans un scénario d’escalade, l’effet prix est mécanique. Moins d’offre disponible. Plus de risque. Prime de risque en hausse. Baril qui grimpe. Les précédents historiques parlent d’eux-mêmes : les tensions géopolitiques dans le Golfe débouchent souvent sur des hausses rapides.
Calendrier serré. Une réunion de l’Opep est annoncée dimanche matin entre huit membres du groupe élargi. Le marché du pétrole rouvrira dans la nuit de dimanche à lundi. La séquence sera scrutée. Chaque communiqué comptera.
Dans ce contexte, la perception — autant que la réalité — peut faire le prix. L’ombre d’Ormuz suffit souvent à tendre la courbe des contrats à terme. Et à alimenter une volatilité élevée sur les produits raffinés.
Pression politique : Washington pris en étau
Pour Téhéran, un baril plus cher offre un levier. Plus les prix montent, plus la pression remonte à Washington. Les élections de mi‑mandat américaines se profilent fin 2026. Le coût de l’énergie constitue un marqueur politique puissant.
Le calcul est classique. Les ménages voient la facture grimper. Les entreprises subissent des coûts plus élevés. La Banque centrale reste vigilante sur l’inflation. L’exécutif se retrouve acculé entre impératifs géopolitiques et douleur économique domestique.
Un baril à 100 $ ? Le seuil revient dans les têtes. Il avait été touché au début de la guerre en Ukraine. Dans l’optique américaine, l’éviter redevient prioritaire. Toute stratégie d’endiguement visera donc à sécuriser les flux et à stabiliser les anticipations.
Reste l’équation énergétique globale. Les marges de manœuvre hors Opep sont contraintes. Les stocks jouent un rôle d’amortisseur, mais temporaire. Et la demande, si elle ralentit, ne s’effondre pas. Bref, la sécurité d’approvisionnement redevient un enjeu cardinal.
À retenir
L’Iran produit environ 3,1 mb/j et exporte 1,3–1,5 mb/j, principalement vers la Chine.
Le détroit d’Ormuz supporte ~20 mb/j, soit ~20 % de la consommation mondiale de liquides.
Un blocage ou une hausse des primes d’assurance peut gripper le commerce du brut.
L’Opep se réunit dimanche matin ; le marché rouvre dans la nuit de dimanche à lundi.
La politique américaine surveille le seuil symbolique de 100 $.
Sources : dépêches AFP ; données Opep/EIA citées par l’AFP.
















