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Eros Ekwala : L’eau issue des bacs de poisson a l’azote

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Trans Afrique

Eros Ekwala est professionnel en halieutique, spécialiste en aquaculture de production. Il est consultant en ingénierie des projets et du développement local. Formateur accompagnateur, chercheur en écologie, en biodiversité et en environnement… Avec lui, nous parlons du phénomène de la pisciculture ambulante à Douala qui débouche sur la braise des silures.

On assiste aujourd’hui à une prolifération de piscicultures itinérantes avec des silures élevés dans des bacs en matière plastique avec une eau qui stagne. Est-ce une bonne pratique ?

J’imagine que vous voulez parler de la pisciculture hors sol dans les « rece way » ou encore bacs. Ce sont les structures de stockage d’eau d’une capacité variable avec un matériau divers. Il faut préciser que la pratique ne date pas d’aujourd’hui. Et qu’elle est adaptée dans les conditions urbaines où l’eau est une ressource parmi les plus consommées.

Votre question pose deux problèmes majeurs : la matière plastique utilisée et la stagnation de l’eau. Pour le premier, si le choix de la matière est bien fait, cette infrastructure ne pose pas grand problème.

On comprend alors que même s’il s’agit de la bâche, il y a des caractéristiques minimales à respecter. Pour réduire le risque d’impacts négatifs, notamment sur la santé. Pour le second problème, la stagnation de l’eau n’est qu’apparente. Elle ne coule peut-être pas en continu mais en fonction de l’activité dans le milieu d’élevage. Cette eau est évacuée et renouvelée en permanence.

Et quand on sait que ces poissons sont destinés à être consommés sur place par le processus de la braise. La qualité est-elle garantie pour la consommation ?

La qualité de ce poisson est fonction des conditions d’élevage, de la maîtrise de la biologie et des itinéraires techniques des espèces élevées et bien sûr de la capacité de l’éleveur à assurer un confort au poisson ainsi qu’à calibrer une alimentation adéquate qui tiendra compte de nombreux facteurs tels que ; la température, le Ph de l’eau, la taille du poisson, l’espèce…

Ces aptitudes zootechniques associées aux contrôles permanents permettent de garantir au consommateur final un produit de bonne qualité remplissant au moins deux fonctions essentielles : la qualité du gout et la valeur nutritionnelle, qu’on appelle techniquement les propriétés organoleptiques du poisson.

Pisciculture ambulante : L’élevage de silures bat son plein à Douala

Et lorsqu’il faut changer l’eau dans ces bacs en plastique, on la laisse circuler dans la nature. Ou pour certains un tuyau la déverse dans un drain. Quel peut être le risque couru par les populations ?

C’est justement à ce niveau que se pose le problème majeur, la pollution de l’environnement. Parce que cette eau issue des bacs de poisson comporte de l’azote, des nitrates, des nitrites… Et donc la concentration varie en fonction de l’intensité de la pisciculture. Cette eau qui coule alors dans des tuyaux abîmés, comme vous le dites, parfois sur des rues ou des quartiers, constitue un problème de santé publique.

C’est pour cela que les promoteurs piscicoles qui optent pour ces technologies doivent faire preuve de responsabilité sociale. En utilisant les bonnes pratiques piscicoles adaptées aux conditions de la ville. Et en impliquant les professionnels depuis la conception du projet (à son étape préliminaire).

Cependant, au regard de l’ampleur du phénomène dans notre contexte où la pisciculture moderne commence à accrocher. Nous conseillons d’adopter les systèmes recirculés qui permettent de limiter au maximum des évacuations d’eau dans la nature.

Or, la même eau pourra être utilisée autant de fois que le dispositif de traitement restera optimalement fonctionnel. On peut également développer des systèmes hybrides et intégrés. Ici, l’eau de pisciculture est utilisée comme intrant pour produire les maraîchers, par exemple. On peut soit opter pour l’aquaponie, la phytoépuration…

Les gens disent que ces silures et autres poissons élevés dans de telles conditions perdent leur saveur. Que leur répondez-vous ?

En effet, il va de soi qu’un animal élevé n’aura pas la même saveur qu’un animal en condition naturelle. En fait, le poisson n’en fera pas grande exception. Seulement, il existe des mécanismes techniques et beaucoup plus de calibrage nutritionnel pour réduire ces écarts. Le problème est que pour beaucoup de pratiquants moins avertis, le plus important est de grossir le poisson. Pour des professionnels, la pisciculture est une séance. Elle a ses principes et méthodes.

Elle évolue dans le temps. Pour de nombreux Camerounais, le poisson produit localement n’est pas à conseiller. Pourtant, même ce qui nous est importé est aussi produit en pisciculture parfois dans des conditions inimaginables.

Donc le problème de la saveur peut se poser. Mais les professionnels travaillent toujours à réduire les écarts pour un bon confort de consommation. Le hic, c’est qu’il y a de nombreux producteurs ayant un faible niveau de technicité dans le domaine, on peut donc le leur concéder aussi.

Est-ce qu’il faut avoir peur de consommer ces poissons ?

Non, non et non, bien qu’il faille faire attention à ce que nous consommons. Notre sécurité alimentaire en dépend grandement. Je ne pense pas que le poisson produit localement soit plus dangereux que celui qui nous est importé et donc les conditions dans toute la chaîne de valeurs laissent aussi interrogatif.

Nous devons consommer local, et c’est fort de cela que les améliorations sont opérées chaque jour pour mettre les consommateurs locaux à l’abri de certains risques.

Est-ce qu’il y a une différence entre les poissons trouvés dans les rivières ou fleuves et ceux élevés hors des milieux naturels ? A quel niveau se situe la différence ?

Bien sûr que oui. Comme indiqué plus haut, un animal de milieu naturel et un domestiqué auront difficilement le même goût. Même au niveau de l’aspect physique, si l’on est attentif, la différence saute à l’œil. Donc la différence se trouve au niveau de la texture (l’apparence physique). Au niveau du goût et au niveau de la valeur nutritionnelle de la chair tout au moins. Le poisson de milieu naturel sera alors plus sombre, plus vigoureux.

Il aura une chair plus affermie, il sera plus savoureux. Mais attention, il risque d’être plus contaminé que le poisson d’élevage. Puisqu’il est dans un environnement peu contrôlé. Avec les activités humaines qui se déroulent autour des plans d’eau (agriculture avec pesticides, exploitation industrielle…). Aujourd’hui, le fleuve Wouri est une parfaite illustration et ce n’est pas pour faire peur non plus.

Quel est le meilleur cadre pour élever du poisson ?

Comme dans d’autres formes d’élevage, la pisciculture exige un minimum de conditions environnementales allant jusqu’au traitement des déchets qui seront produits dans les fermes. Votre activité de pisciculture ne doit en aucun cas constituer un problème social ou environnemental. Votre eau doit provenir d’une source exempte de pollution.

Alors, dans les projets importants, il est exigé des études d’impact environnemental et social qui indiquent clairement les niveaux de responsabilité des uns et des autres, les types d’activités à mener, leurs impacts et surtout les mécanismes soit d’atténuation soit de remédiation. Cela appelle une fois encore à la responsabilité des investisseurs. Pour le reste, il faut toujours consulter les spécialistes. Et le Cameroun en forme chaque année.

On voit des tailles et les dimensions de silures aujourd’hui qui poussent à l’étonnement. On est là avec des espèces génétiquement modifiées. Cela ne fait-il pas craindre le consommateur ?

Il ne s’agit pas forcément des espèces génétiquement modifiées. Il peut s’agir des géniteurs, des parents destinés à la reproduction. Et même, vous savez, la pisciculture est une activité économique désormais. Et comme tel, les producteurs doivent être à l’écoute du marché pour adapter la meilleure offre. Seulement, si ici les gros poissons posent d’inquiétudes, ailleurs le marché en demande certainement.

Nous sommes dans un contexte de pauvreté. Une ménagère sait qu’un gros poisson lui ferait beaucoup de morceaux pour plusieurs jours et pour toute la famille. Et le second aspect de votre question, vous voyez certainement beaucoup de gros poissons. Aussi, certains pisciculteurs pensent que produire du gros poisson signifie maîtriser l’activité et donc réussir. Or il s’agit de répondre avec efficacité aux besoins du marché.

Des pisciculteurs à l’œuvre
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