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Dans l’est de la RDC, le « calvaire » des enfants aux mains des rebelles ADF

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Ils ont été recrutés de force par des rebelles ADF, un groupe armé qui multiplie les massacres dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) et vécu des mois voire plusieurs années de « calvaire ».

Deux mineurs libérés des ADF (Allied Democratic Forces) et qui espèrent rejoindre leur famille livrent un témoignage inédit à l’AFP sur les méthodes de ce groupe à la réputation d’extrême brutalité.

Paluku, un frêle garçon de 12 ans, a passé 2 mois au sein du groupe qui a attaqué son village et tué sa mère, avant de le capturer avec son frère et sa soeur, à l’extrême nord de la province orientale du Nord-Kivu.

Edouard a 17 ans. Il en avait 12 quand les ADF l’ont kidnappé et a passé plus de quatre ans dans ce groupe formé à l’origine par d’anciens rebelles ougandais réfugiés en RDC et qui a fait allégeance à l’Etat islamique.

Les deux garçons témoignent sous couvert de l’anonymat, dans un centre spécialisé dans la prise en charge des mineurs enrôlés de force et dont l’AFP a choisi de ne pas divulguer l’emplacement, pour éviter d’éventuelles représailles. Leurs récits ont été confirmés par des sources sanitaires et sécuritaires.

Visage rond, carrure trapue et débit galopant, Edouard raconte sans filtre quatre années: « On a souffert terriblement », lâche-t-il. Après leur capture, Edouard et Paluku ont été envoyés dans l’une des bases des ADF isolées dans les denses forêts du nord-est congolais où ces insaissables rebelles évitent les patrouilles de l’armée congolaise et des forces ougandaises déployées à leurs côtés depuis 2021.

Ces bases sont de simple camps de tentes et de bâches, faciles à déplacer en cas d’attaque. Une large majorité des occupants sont des femmes et des enfants, selon des sources sécuritaires. Des otages qui participent au fonctionnement du groupe et servent également de boucliers humains.

A leur arrivée, les nouvelles recrues sont d’abord forcées de se convertir à l’islam et d’apprendre l’arabe, mais aussi l’anglais et le swahili, se souvient Edouard.

« On m’a aussi formé en médecine pour soigner les blessés, et nous avons appris à manipuler les armes et à les nettoyer », décrit-il.

Paluku dit avoir suivi la même formation, et appris comment « voler de la nourriture, des habits et des médicaments pour les ramener au camp des ADF ».

 Coups de fouet 

Les mineurs jouent un rôle central selon des sources sécuritaires, et ceux qui ne rapportent pas de butin s’exposent à de sévères punitions.

Les femmes des commandants ADF, dont certaines sont particulièrement influentes, exercent sur ces jeunes recrues un pouvoir absolu.

Quand les combattants partent en « opération », les plus jeunes comme Paluku sont « censés ramener quelque chose à la femme du chef », dit-il.

Du savon, de l’huile, un pagne… : « Pour y arriver il faut qu’on pille les biens de la population, et si une femme de chef t’accuse auprès de son mari de n’avoir pas ramené ce qu’elle a demandé, elle peut demander que tu sois tué », relate-t-il.

Edouard et Paluku disent avoir subi des châtiments corporels incessants. Filles et garçons sont fouettés ou jetés dans des trous pendants plusieurs semaines à la moindre indiscipline.

« J’ai été puni de coups de fouets parce j’ai refusé d’aller tuer des personnes« , assure Paluku, le regard dans le vide. Edouard, lui, a pris part aux combats avec le groupe, à au moins trois reprises, contre l’armée congolaise ou des milices locales. Il a été blessé à la jambe, et soigné dans la forêt par d’autres membres du groupe.

« On nous frappait surtout lorsque nous perdions nos armes et les munitions, en prétextant que nous les avions inutilement gaspillées ou perdues au front« , raconte-t-il. C’est à cause d’une telle accusation que le « chef » a ordonné qu’Edouard soit fouetté à son tour.

« Je suis tombé malade à cause de ces fouets. J’ai déclaré ouvertement au chef que je n’étais plus en mesure d’aller combattre au front, je l’ai supplié d’envoyer les autres qui sont capables, mais ça l’a mis encore plus en colère et j’ai été fouetté une fois de plus », témoigne-t-il.

Traumatismes 

Ils sont en moyenne une dizaine d’enfants libérés des ADF à arriver chaque mois dans ce centre d’accueil de l’Ituri (nord-est). « Ces enfants ont subi des traumatismes psychologiques et des tortures, et quand ils arrivent ici, la plupart sont agressifs« , explique Madeleine, la psychologue chargée de les accompagner. Après quelques semaines passées avec les autres enfants et les accompagnateurs, « l’agressivité commence à diminuer« , assure-t-elle.

Edouard, lui, était devenu accro aux drogues administrées par les rebelles après sa blessure au combat. Atteint de troubles du langage, il parlait sans cesse et de manière parfois confuse, et « dérangeait les autres pensionnaires« , mais sans jamais montrer de signes d’agressivité, raconte Madeleine.

Au bout d’un an et toujours sous traitement, Edouard parvient à raconter sa terrible histoire avec un sourire timide et un regard vif, en attendant de retrouver sa famille. Paluku, lui, arbore un air plus sombre. Sa sœur est toujours otage du groupe. « Elle est devenue femme d’un des chef ADF« , dit-il.

© Agence France-Presse

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