Un « guet-apens » tendu à un ministre « candide »: l’ancien ministre Brice Hortefeux s’est défendu mercredi devant la justice française d’avoir volontairement rencontré en Libye le beau-frère de Mouammar Kadhafi afin d’organiser le financement de la campagne Sarkozy.
Le 21 décembre 2005, celui qui était alors ministre délégué aux Collectivités territoriales s’est rendu à Tripoli, deux mois après une visite de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et qui se préparait à la course à l’Elysée, elle-même précédée par un
voyage de Claude Guéant.
A la barre la semaine dernière, l’ex-directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy avait lui aussi raconté être tombé dans le « piège » d’une rencontre surprise avec Abdallah Senoussi.
Nicolas Sarkozy est jugé, depuis le 6 janvier et jusqu’au 10 avril à Paris, aux côtés de onze autres prévenus, pour des soupçons de financement de sa campagne présidentielle 2007 par le dictateur libyen Mouammar Kadhafi (renversé et mort en 2011) en échange de contreparties.
Nicolas Sarkozy conteste tout : pour lui, les accusations des Libyens ne sont qu’une « vengeance » s’expliquant par son soutien actif aux rebelles libyens au moment du printemps arabe qui fera chuter M. Kadhafi, tué en octobre 2011.
Brice Hortefeux, 66 ans, longue silhouette aux larges épaules plantée dans le prétoire, précise d’emblée qu’il n’était « pas demandeur » de ce déplacement qu’il a effectué « sur la période de Noël, parce qu’il y avait un creux dans l’emploi du temps ».
Un télégramme diplomatique mentionnait pourtant que la demande émanait du ministère de l’Intérieur français et l’ambassadeur de l’époque s’est étonné d’une visite qui n’avait « pas grand sens » vu les attributions de Brice Hortefeux, rappelle la présidente Nathalie Gavarino.
Des deux documents signés sur place, le second est « une déclaration d’intention d’une très grande banalité », reconnaît volontiers Brice Hortefeux qui tente de décrire « l’organisation politique » de la Libye à l’époque, certes « très centralisée ».
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Mais les Libyens essayaient alors de « bâtir un mur de respectabilité, c’était une pierre supplémentaire » et sa venue était une « petite touche sur la palet
te » pour « revenir dans le concert des nations », assure-t-il.
Le soir, il s’est rendu chez Abdallah Senoussi, chef des services de renseignement libyen, condamné à perpétuité pour terrorisme en son absence de France pour son rôle dans l’attentat du DC-10 d’
UTA en 1989, qui a coûté la vie à 170 personnes dont 54 Français. Une rencontre « absolument imprévue », jure-t-il.
« On me dit: +vous allez voir un membre de la famille de Mouammar Kadhafi. Je pensais que c’était Saïf al-Islam », l’un des fils du dictateur, dit-il, affirmant avoir été « accompagné » dans la « cohue » jusqu’à une « voiture officielle » dans laquelle il aurait seulement « compris » qui était son futur interlocuteur.
– « Craintif » –
Il soutient ne pas avoir été averti de la dangerosité de ce personnage, visé par un mandat d’arrêt. « Croyez-moi, j’aurais bien aimé, car je connais mon tempérament. On m’aurait mis en garde, je vous garantis que les Libyens, ils étaient pas prêts de me voir ! »
Pendant l’instruction, l’officier de sécurité qui l’accompagnait lors de ce voyage a décrit Brice Hortefeux comme « assez craintif » – « je pense qu’il voulait dire prudent, mais bon », estime ce dernier.
Lors de cette rencontre, Brice Hortefeux est soupçonné d’avoir remis à Abdallah Senoussi le relevé d’identité bancaire d’un compte où aurait été versé de l’argent libyen destiné à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.
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Une « fable », pour Brice Hortefeux qui narre être arrivé dans « une maison » – « pas une cache », ni « une grotte » – où se trouvait l’intermédiaire Ziad Takieddine.
S’en est suivi un échange de « banalités », puis une discussion sur « l’immigration et les frontières ». « Et la conversation s’est limitée à ça ! Quarante minutes, traduction comprise ! » s’emporte le prévenu, pour qui il ne « s’est rien passé ». A aucun moment, « vous n’avez l’idée de faire machine arrière ? » l’interroge la présidente.
« En 2005, j’étais un jeune ministre, pas de plein exercice, en fonction depuis quelques mois à peine », répond après un long silence le prévenu, qui était alors âgé de 47 ans.
« C’est vrai que je ne me suis pas senti investi d’une autorité suffisante pour créer un affront, un problème diplomatique. Est-ce une erreur politique ou morale ? Vu d’aujourd’hui, bien sûr. Mais en 2005 sur l’instant, c’est un peu plus complexe. »
Pour lui, c’est Ziad Takieddine, « l’obligé » d’Abdallah Senoussi, qui les a « piégés », Claude Guéant et lui: « Il nous a utilisés pour démontrer sa crédibilité auprès des Libyens », argue-t-il.
<p>Après cet épisode, il affirme ne l’avoir plus vu « pendant six mois » : « naïf une fois, mais pas deux fois ».
Source: Agence France-Presse
















