Plusieurs semaines après le décès d’Anicet Georges Ekane, sa dépouille reste sous scellés, empêchant toute inhumation. Une situation dénoncée par ses avocats et sa famille, qui y voient un acharnement politique et une atteinte au droit de faire le deuil.
La mort d’Anicet Georges Ekane n’a pas mis fin aux tensions. Au contraire, elle semble avoir ouvert un nouveau front, cette fois autour de sa dépouille. Plusieurs semaines après son décès, l’ancien leader du MANIDEM n’a toujours pas droit à une sépulture, une situation qui choque sa famille, ses avocats et une partie de l’opinion.
Dans une correspondance adressée au ministre délégué à la Défense, chargé de la Gendarmerie, les avocats Hippolyte B. T. Meli et Emmanuel Simbh, agissant pour le compte de la veuve, des enfants, frères et sœurs du défunt, ont demandé l’autorisation de lever les scellés apposés sur le corps. Objectif : permettre enfin l’organisation d’obsèques dignes. Une demande restée sans suite favorable.
Cette restrictions administratives et judiciaires, empêchant la levée de corps et l’inhumation, a ravivé l’indignation. Sur les réseaux sociaux, Me Emmanuel Simbh a dénoncé ce qu’il considère comme un acharnement du pouvoir de Yaoundé, même après la mort. Dans une publication au ton grave et accusateur, il parle d’un « double crime » et d’une « double peine » infligés à Anicet Ekane.
Selon lui, le premier crime est la mort elle-même. Anicet Ekane serait décédé sans avoir été jugé, dans une chambre pourtant surveillée jour et nuit par des gendarmes armés. L’avocat évoque une mort « sans oxygène », une formule lourde de sens qui continue d’alimenter les interrogations.
Le corps demeure sous main de justice
La seconde peine serait « posthume« . Malgré l’extinction légale de l’action publique, le corps d’Anicet Ekane demeure sous main de justice. Me Simbh parle de profanation du corps, surtout parce que la famille et les avocats voulaient pouvoir assister à l’examen médical (autopsie) pour vérifier eux-mêmes la cause de la mort, mais on ne les a pas laissés le faire.
Pourquoi un tel blocage autour d’un corps sans vie ? La question revient avec insistance. Pour l’avocat, la réponse est politique. Il estime que le régime n’aurait jamais pardonné à Anicet Ekane d’avoir investi Maurice Kamto, puis soutenu Issa Tchiroma. Des choix politiques qui, selon lui, continueraient de peser, même après la mort.
Dans son texte, une interrogation revient comme un cri : « veut-on encore punir un mort ? » Ou craint-on que son nom, son cercueil, ou sa mémoire continuent de « faire le désordre » ? Pendant ce temps, une famille attend. Elle ne réclame ni discours, ni justification, mais simplement le droit de pleurer et d’enterrer son proche.
















