Après la chute d’El-Facher au Darfour-Nord, des experts de l’Onu alertent sur un risque accru de famine dans les zones voisines, déjà fragilisées par la guerre du Soudan et les déplacements massifs de civils.
Depuis avril 2023, la guerre entre l’armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a plongé plus de 21 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire à travers le Soudan.
« Les seuils pour la malnutrition aiguë ont été dépassés » à Oum Barou et Kernoi, ont indiqué les experts du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un organisme mandaté par l’ONU et basé à Rome. Ces deux localités se trouvent dans l’Etat du Darfour-Nord, près de la frontière tchadienne.
A Oum Barou, 18,1% des enfants de six mois à cinq ans souffrent de malnutrition aiguë sévère. A Kernoi, ce taux atteint 7,8%. Cette progression s’explique selon les experts par un « afflux massif » de civils après la prise, fin octobre par les FSR, d’El-Facher, dernier bastion de l’armée au Darfour, ville qui se trouve au sud-est de ces deux localités. « Ces taux alarmants font peser un risque accru de mortalité excessive et suscitent des inquiétudes quant au fait que les zones voisines pourraient connaître des conditions catastrophiques similaires », ajoutent les experts.
Insécurité alimentaire aiguë
Ils expliquent que le « déplacement massif » de civils d’El-Facher vers les zones environnantes, a « mis à rude épreuve les ressources » des communautés locales. « Aggravant l’insécurité alimentaire aiguë et la malnutrition ». La prise de la ville par les FSR a été marquée, selon de nombreux rapports, par des massacres, viols et enlèvements. Les deux belligérants sont accusés d’exactions dans le conflit.
Londres a sanctionné six personnes dont des officiers des deux camps. Pour avoir commis des atrocités ou fourni des mercenaires et du matériel militaire. Ces mesures visent « à démanteler la machine de guerre » au Soudan, a déclaré la ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper.
Plus de la moitié des Soudanais confrontés à « une insécurité alimentaire aiguë »
– Stocks bientôt épuisés –
Plus de 127.000 personnes ont fui depuis octobre El-Facher. Assiégée pendant plus d’un an et demi et où l’état de famine avait été déclaré en novembre.
L’Onu avait auparavant déclaré la famine dans trois camps de déplacés autour de cette ville. Dans certaines zones des monts Nouba, dans le sud du pays. Ainsi que dans la capitale régionale Kadougli, dans le Kordofan voisin, désormais le principal front du conflit. Mardi, l’armée a annoncé avoir brisé le long siège de cette capitale du Kordofan-Sud. Elle qui durait depuis près de trois ans.
Des centaines de milliers de personnes au bord de la famine
Les violences dans la région du Kordofan ont placé des centaines de milliers de personnes au bord de la famine. Et ont forcé 88.000 personnes à fuir entre octobre et janvier, selon les chiffres de l’ONU. La guerre a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déraciné environ 11 millions de personnes. Provoquant ce que l’Onu qualifie de « pire crise humanitaire au monde ».
Les Nations unies ont averti que leurs stocks d’aide alimentaire pourraient être épuisés d’ici à la fin mars. Alors que deux tiers de la population ont un besoin urgent d’aide. Les efforts internationaux pour une trêve au Soudan sont jusque-là restés lettre morte. L’armée soudanaise a reçu le mois dernier une nouvelle proposition présentée par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, sans jusque-là l’accepter.
© Agence France-Presse
















